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En Russie, malgré l'inflation et la guerre, la consommation a bondi de 5,9% en février, affirme Rosstat

latribune.fr

Publié le 31 mars 2022 à 12:51 - Mis à jour le 31 mars 2022 à 17:06

Moscou

La situation de la Russie risque de se détériorer fortement dans les prochains mois sous l'effet des dures sanctions occidentales visant Moscou qui vont encore accélérer l'inflation galopante, ce qui va véritablement miner le pouvoir d'achat des...

Reuters

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En dépit de facteurs a priori contraires (inflation forte, conflit en Ukraine...), non seulement la consommation en Russie a progressé en février sur un an, mais le chômage s'est également (un peu) amélioré, selon l'institut statistique russe Rosstat. Des chiffres surprenants à première vue. Explication.

Théoriquement, lorsque l'inflation augmente, le pouvoir d'achat des consommateurs est pénalisé et la consommation baisse. Mais les chiffres publiés mercredi par l'institut des statistiques Rosstat dans son rapport mensuel présentent un tableau bien différent: en effet, malgré des facteurs a priori contraires comme une inflation forte, mais aussi les premières secousses du conflit en Ukraine ainsi que l'essoufflement de la reprise économique post-pandémie, la consommation en Russie a progressé de 5,9% en février sur un an, selon Rosstat, contre 3,6% en janvier sur un an - une très forte progression donc.

La population russe a anticipé l'invasion de l'Ukraine

Mais l'institut statistique russe explique que cette hausse de la consommation résulte d'une situation d'exception. En effet, en février, l'inflation a atteint 9,15% sur un an, soit un record depuis début 2016. Une accélération par rapport à janvier, quand l'inflation avait déjà atteint 8,7% sur un an, pulvérisant déjà ce record depuis début 2016. Cette flambée continue a bien sûr renchéri les produits alimentaires de base (sucre, huile, céréales) mais également généré une inquiétude croissante sur l'avenir, poussant les Russes à faire des stocks de denrées.

On pourrait dénier à ces chiffres de février l'influence de la guerre avec l'Ukraine puisque celle-ci n'a débuté que fin février, le 24. Mais, en fait, les Russes ont aussi anticipé l'invasion de l'Ukraine par leurs forces armées avec les conséquences prévisibles de ce conflit sur l'approvisionnement. Dans une économie de guerre, il y a des pénuries, des raretés, de grands problèmes d'approvisionnement. Le moral des entreprises et des ménages plongent. Et même si le Kremlin a pendant longtemps minimisé sa volonté d'attaquer l'Ukraine en parlant d'opérations, la population redoutait déjà l'éclatement du conflit, ce qui donc aussi contribué à ces achats de précaution.

Une profonde récession attendue en Russie

La situation risque toutefois de se détériorer fortement dans les prochains mois sous l'effet des dures sanctions occidentales visant Moscou pour son intervention militaire en Ukraine et la fermeture de nombreuses enseignes d'entreprises occidentales. Car lesdites sanctions vont encore accélérer l'inflation déjà galopante, ce qui va véritablement miner le pouvoir d'achat des Russes. Et globalement, les économistes s'attendent globalement à un effondrement de la consommation au mois de mars et les prochains mois.

La Coface, spécialiste de l'assurance-crédit entreprise notamment à l'export et à ce titre grande experte du risque pays, explique pourquoi elle s'attend à une profonde récession de la Russie:

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« Ces sanctions exercent une pression à la baisse considérable sur le rouble russe, qui s'est déjà effondré, et entraîneront une flambée de l'inflation des prix à la consommation. Le niveau plus élevé de l'inflation érodera le pouvoir d'achat des consommateurs russes, ce qui entraînera une baisse réelle de la consommation privée, le moteur traditionnel de la croissance (50 % du PIB). »

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La guerre va provoquer une récession de -20% en Ukraine, -10% en Russie cette année, selon la Berd

Quant à l'OCDE, pour qui l'invasion de l'Ukraine par la Russie constitue une crise humanitaire majeure qui affecte des millions de personnes, et un grave choc économique, elle explique, dans une note de mars 2022 sur les conséquences économiques de la guerre en Ukraine, qu'il est encore difficile d'en estimer la durée et l'ampleur:

« L'ampleur potentielle de l'impact probable sur la demande intérieure en Russie et en Ukraine est extrêmement incertaine, mais vraisemblablement substantielle. De précédents épisodes en Russie, tels que la crise financière de 1998 et les suites de l'annexion de la Crimée en 2014, se sont accompagnés de baisses considérables de la demande intérieure, comprises entre 10% et 15%. Au vu du renforcement des sanctions infligées à la Russie après son invasion de l'Ukraine, le ralentissement de l'économie russe pourrait être encore plus prononcé que lors de ces précédents épisodes. »

Le taux de chômage s'améliore, autre chiffre paradoxal

Autre bon chiffre publié hier par Rosstat, celui du taux de chômage qui a baissé à 4,1% en février, contre une petite hausse à 4,4% en janvier. Là aussi, Rosstat explique que ce « bon » chiffre est en fait la conséquence de principalement deux facteurs qui ont provoqué un certain manque de main-d'œuvre: le départ de nombreux migrants conjugué à la surmortalité provoquée par la pandémie de Covid-19.

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Le 18 mars, la Banque centrale russe a indiqué a annoncé maintenir son taux directeur à 20% pour contrer l'inflation et affirmé que de nouvelles prévisions sur le PIB et l'inflation seraient rendues publiques en avril, jugeant pour l'heure "extrêmement difficile" d'en faire du fait de l'effet des sanctions.

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