La Chine va intensifier le soutien fiscal direct aux consommateurs en 2025. Une démarche qui a surtout pour objectif de booster sa croissance, attendue à l'un de ses plus faibles niveaux depuis des décennies.
Stimuler la consommation : telle est la priorité de la Chine afin de faire décoller la croissance, l'année prochaine. Pour y parvenir, le gouvernement va « augmenter considérablement » les fonds provenant des obligations spéciales à très long terme, a précisé l'agence de presse gouvernementale Xinhua, ce lundi 16 décembre, citant un fonctionnaire de la Commission centrale des affaires financières et économiques. Aucun détail n'a toutefois été dévoilé concernant le montant de la subvention. Cette démarche doit permettre de soutenir les améliorations industrielles et le programme d'échange de biens de consommation en 2025.
Concrètement, les mesures se concentreront sur l'augmentation des revenus des ménages, soutenus par des dépenses fiscales accrues. Mais aussi sur une meilleure sécurité sociale, la création d'emplois, des hausses des salaires et des retraites, de meilleures subventions pour l'assurance médicale et des politiques natalistes. Au total, 150 milliards de yuans (19,59 milliards d'euros) provenant de ces obligations ont été alloués pour soutenir les biens de consommation en 2024. Comme par exemple financer le changement de son réfrigérateur ou de sa télévision. Le revenu global des ventes généré par ce programme a dépassé les 1.000 milliards de yuans jusqu'à présent. Il a ainsi eu un « très bon » effet cette année, estime Xinhua.
Une consommation toujours atone
Pour l'heure, les répercussions ne sont pas encore perceptibles. L'inflation en Chine a atteint +0,2% sur un an en novembre, selon le Bureau national des statistiques (BNS). Et cela fait des mois qu'elle évolue aux alentours de ce niveau, reflétant une consommation domestique atone.
Cibler le soutien à la consommation intérieure pour conforter pleinement la santé de l'économie chinoise est prôné depuis plusieurs mois, par de nombreux économistes. La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a ainsi prévenu en octobre que la croissance économique chinoise pourrait se situer « bien en dessous » de 4% en l'absence de réformes majeures.
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Or, le gouvernement chinois vise encore plus. « D'après les opérations économiques actuelles, nous prévoyons une croissance économique annuelle d'environ 5% », a déclaré le fonctionnaire chinois à Xinhua. Un niveau qui ferait rêver nombre de pays occidentaux, mais qui serait décevant pour la Chine, après une croissance de 5,2% l'année dernière.
La croissance économique de la Chine restera freinée« sans un changement radical du comportement des particuliers en matière de dépenses », a prévenu John Evans, analyste chez PVM.
Mais cela ne devrait pas aller en s'améliorant. « La Chine connaît une transformation structurelle. Les périodes de croissance très élevée que nous avons connues au cours des dernières décennies appartiennent au passé », a récemment souligné Famke Krumbmüller, du cabinet de conseil EY. Un avis partagé par Françoise Huang, économiste pour l'assureur Allianz Trade.
« Les ménages en Chine ne dépensent pas de la même manière qu'avant, avec plus de dépenses dans les services, moins dans les biens », a-t-elle expliqué.
Plus globalement, c'est l'ensemble de son économie que la Chine tente de relancer depuis plusieurs mois, à grand renfort d'annonces. Et particulièrement son secteur immobilier. Pendant deux décennies, il a représenté un quart de son produit intérieur brut (PIB). Or, il est en proie à une crise profonde depuis quelque années. Les promoteurs souffrent depuis 2020 d'un durcissement par Pékin des conditions d'accès au crédit. Une décision qui a entraîné la mise à l'arrêt de chantiers, désormais inachevés. Et, surtout, un recul des prix qui déprécie la valeur d'un bien, dissuadant les Chinois d'investir dans la pierre.
Dans ce contexte, des mesures ont été promises, notamment des incitations fiscales sur les transactions immobilières, des baisses de taux d'intérêt et l'assouplissement de certaines restrictions à l'achat de logements. Ce qui semble commencer à porter ses fruits. Selon des données officielles publiées ce lundi, les prix de l'immobilier ont baissé en novembre au rythme le plus lent depuis 17 mois.
Fort de ce début de succès, le fonctionnaire chinois a appelé à l'adoption rapide de mesures politiques visant à stabiliser le marché immobilier. Il a aussi demandé à ce que les gouvernements locaux bénéficient d'une plus grande autonomie pour l'achat de logements. Et « en tant qu'élément clé de la demande intérieure, la Chine dispose encore d'une grande marge de manœuvre en matière d'investissement », a-t-il ajouté. L'horizon est peut-être en train de se dégager pour la première puissance asiatique.