Pologne : opération en cours contre un réseau d'espionnage piloté par la Russie
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es services de contre-espionnage polonais ABW ont fait état ce jeudi d'une opération en cours visant un réseau d'espionnage russe.
KACPER PEMPEL
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es services de contre-espionnage polonais ABW ont fait état ce jeudi d'une opération en cours visant un réseau d'espionnage russe.
KACPER PEMPEL
C'est une nouvelle affaire d'espionnage qui touche les pays de l'Union européenne. Les services de contre-espionnage polonais ABW ont fait état ce jeudi d'une opération en cours visant un réseau d'espionnage russe et menée en coordination avec des services d'autres pays.
Au cours de l'opération, ABW a effectué mercredi des perquisitions à Varsovie et à Tychy (Sud) et a « interrogé des personnes ». L'opération est le fruit d'une coopération entre l'ABW et plusieurs services européens, notamment tchèque, Prague ayant annoncé une opération similaire mercredi.
L'objectif du réseau visé par l'opération était « de réaliser les objectifs de politique étrangère du Kremlin, notamment d'affaiblir la position de la Pologne sur la scène internationale, de discréditer l'Ukraine et l'image des institutions de l'Union européenne », écrit ABW dans un communiqué. Ces objectifs devaient être réalisés via un site internet pro-russe « voice-of-europe.eu ».
L'opération d'ABW est également le résultat d'une mise en état d'accusation en janvier d'un Polonais soupçonné d'espionnage pour le compte des services secrets russes, ont encore indiqué les services polonais.
L'identité de ce dernier n'a néanmoins pas été précisée.
Cette opération intervient juste après que le commandant polonais de l'état-major unique, l'Eurocorps, ait été démis de ses fonctions « avec effet immédiat », a précisé le ministère polonais de la Défense. Et ce, suite à une enquête du contre-espionnage militaire.
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Pour rappel, créé en 1992, l'Eurocorps est un corps d'armée unique en son genre regroupant un millier de militaires issus de six pays membres, dits « nations-cadres » (France, Allemagne, Espagne, Belgique, Luxembourg et Pologne), qui financent et administrent l'organisation. Plusieurs « nations associées » (Grèce, Turquie, Italie, Roumanie et Autriche) soutiennent également l'Eurocorps, lui fournissant des officiers dans l'état-major. Ce corps, dont la mission est de diriger et de coordonner des opérations multinationales de grande ampleur pour le compte de l'UE et de l'Otan, peut commander jusqu'à 60.000 militaires des forces terrestres.
Les services de renseignement ont donc « ouvert une enquête de contrôle » sur l'accès du lieutenant général Jaroslaw Gromadzinski à des informations couvertes par le secret, à la suite « de nouvelles informations sur l'officier », selon un communiqué du ministère de la Défense.
« En conséquence, une décision a été prise de démettre le général Gromadzinski de ses fonctions de commandant de l'Eurocorps et de le rappeler immédiatement dans son pays », a indiqué le ministère. Un autre officier sera désigné pour « assurer la continuité » au poste occupé jusqu'à présent par le général.
Mais aucune précision concernant les nouvelles informations sur le général, ni sur l'enquête en cours, n'a été fournie par le ministère polonais.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, les affaires d'espionnage se sont multipliées. Les services secrets russes ont même fait parler d'eux ces dernières semaines via d'indéniables succès. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé fin février que la Russie avait réussi à mettre la main sur les plans de la contre-offensive ukrainienne de 2023 avant même que celle-ci ne commence, et dont l'échec a porté un rude coup à l'Ukraine.
Autre trophée pour le renseignement russe : la diffusion le 1er mars d'une visioconférence de 38 minutes via le canal commercial Webex entre des officiers allemands, qui discutaient de l'hypothèse d'une livraison à Kiev de missiles de longue portée Taurus. L'épisode a créé un malaise chez les alliés de Berlin et un scandale d'Etat en Allemagne. L'un des participants, qui se trouvait à Singapour, a accédé à la vidéoconférence via « une connexion non autorisée », conduisant à l'interception de cette discussion par les systèmes d'écoute russes, a expliqué le ministre allemand de la Défense, invoquant une « erreur individuelle ».
Après l'effondrement de l'Union soviétique, le renseignement n'a jamais cessé d'être une priorité pour le Kremlin, d'autant plus depuis l'accession au pouvoir de Vladimir Poutine, un ex-agent du KGB en poste en Allemagne de l'Est dans les années 1980.
La première année du conflit en Ukraine a ainsi été marquée par « des expulsions massives » d'espions russes qui œuvraient sous couverture diplomatique en Europe, un vivier évalué à plusieurs centaines d'agents, selon les experts. « Cela a eu un effet sur les opérations », fait valoir le journaliste d'investigation Andreï Soldatov, le fondateur du site internet Agentura.ru.
Mais affaiblis par les expulsions massives d'Europe, les Russes « s'appuient désormais sur des ressortissants étrangers. On voit des Serbes, des Bulgares et quelques autres ressortissants, ainsi que des Autrichiens, par exemple, participer à des opérations russes », explique Andreï Soldatov.
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Selon une publication du groupe de réflexion RUSI, qui siège à Londres, le GRU a réformé la gestion de ses opérations pour améliorer la fiabilité et l'évaluation des informations. Il recrute aussi de nouveaux profils, parfois via des sociétés écrans. D'après cette étude, dans la tradition des informateurs « illégaux » ces recrues n'ont aucun lien passé avec des organismes officiels, ce qui les rend difficilement repérables par le contre-espionnage occidental. Certains sont même embauchés parmi les étudiants étrangers, des Balkans, d'Afrique ou même d'Amérique latine.
Au-delà du recueil classique d'informations sensibles, l'objectif, selon les experts, est de déstabiliser les sociétés européennes, d'affaiblir le soutien à l'Ukraine et de diviser les alliés.
(Avec AFP)
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