Pourquoi la Chine abaisse ses taux d’intérêt quand les autres banques mondiales les relèvent

La Banque centrale chinoise a annoncé avoir abaissé l'un de ses taux d'intérêt, le "loan prime rate", référence pour les prêts hypothécaires. Une stratégie à rebours de celle des autres banques centrales aux quatre coins du monde qui ont opté pour un resserrement monétaire pour juguler l'inflation. Mais l'objectif de la Chine, qui a dévoilé ses pires performances économiques depuis deux ans, est tout autre : soutenir l'économie.

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La banque centrale chinoise a annoncé la baisse de l'un de ses taux d'intérêt.
La banque centrale chinoise a annoncé la baisse de l'un de ses taux d'intérêt. (Crédits : Thomas White)

C'est une stratégie à rebours de celles qu'adoptent toutes les banques mondiales. Des Etats-Unis au Royaume-Uni en passant par l'Union européenne, elles sont nombreuses à avoir relevé leurs taux d'intérêt, ou prévoir de le faire. La Banque centrale chinoise vient quant à elle d'annoncer, ce vendredi, qu'elle avait abaissé l'un des siens. Il s'agit du Le "loan prime rate" (LPR) à cinq ans, qui constitue la référence pour les prêts hypothécaires. Il a ainsi été abaissé de 4,6% à 4,45%. Le LPR à un an reste, lui, inchangé à 3,7%. Ce n'est pas la première fois que la Chine opte pour une telle mesure. En janvier, elle avait déjà abaissé, pour la seconde fois, le LPR à cinq ans.

L'information a été bien reçue par les Bourses asiatiques à l'instar de celle de Tokyo qui a terminé en nette hausse ce vendredi, et de celle de Hong Kong. L'indice vedette Nikkei a gagné 1,27% à 26.739,03 points, et avancé sur l'ensemble de la semaine de 1,2%. L'indice élargi Topix a progressé de 0,93% à 1.877,37 points. En Chine, l'indice Hang Seng de Hong Kong gagnait 2,6% vers 08H40, tandis que celui de Shanghai avançait de 1,4%.

Pires performances économiques

Pourquoi abaisser ses taux quand de nombreux pays les relèvent ? Pour la Fed, la Boe ou encore la BCE, la hausse des taux vise à lutter contre l'inflation galopante par un ralentissement de la consommation. Ce resserrement de leur politique monétaire va contracter la croissance avec des conséquences sur l'emploi. Or c'est justement ce que la Chine veut éviter, elle qui a dévoilé, jeudi, ses pires performances économiques depuis deux ans, avec un taux de chômage qui a bondi en avril à 6,1% - proche du record absolu. Ce ralentissement de l'économie met en péril l'objectif de croissance de 5,5% fixé par Pékin. De nombreux économistes doutent que le géant asiatique parvienne à son objectif, qui marquerait en Chine la plus faible croissance depuis 1990 à l'exception de 2020, marquée par la pandémie. Ce ralentissement s'explique par une contraction de la demande et des tensions sur les chaînes d'approvisionnement, provoquées par la crise sanitaire et ses confinements à répétition, notamment dans la grande métropole portuaire de Shanghai. La Chine affronte en effet depuis plusieurs mois un regain épidémique. Or la stratégie "zéro Covid" appliquée par le gouvernement perturbe l'économie chinoise.

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Abaisser ses taux lui permet donc de réduire les coûts d'emprunt sur le marché afin de favoriser les investissements et la demande en logement notamment. Un point essentiel pour l'économie chinoise. L'immobilier et la construction pèsent plus du quart du PIB du pays et servent de locomotive à bien d'autres secteurs, comme l'acier ou l'ameublement. Ils ont joué un rôle clé pour la reprise post-pandémie.

Soutenir les entreprises

Cela vise également à alléger la pression sur les établissements financiers, en les encourageant à accorder aux entreprises davantage de crédits, à des conditions plus favorables -- et donc, in fine, à soutenir l'économie. Selon la banque centrale chinoise, la décision devait permettre d'injecter à long terme 530 milliards de yuans (77 milliards d'euros) dans l'économie. Une aide bienvenue tant la politique mise en oeuvre par Pékin depuis 2020 consistant à durcir les conditions d'accès au crédit pour les promoteurs pour réduire l'endettement du secteur immobilier a fragilisé de nombreux groupes. Certains se retrouvent depuis l'an dernier à court de liquidités, dont le numéro un du secteur Evergrande. La mauvaise santé financière de ce mastodonte a pénalisé par ricochet ses concurrents, les acheteurs hésitant de plus en plus à investir dans l'immobilier. Ces derniers mois, les ventes et les prix des biens immobiliers s'affichent en repli dans de nombreuses villes.

Dans cette même optique, le Premier ministre Li Kequiang a appelé à soutenir les entreprises du secteur technologique et numérique qui souhaitent s'introduire en Bourse, en Chine mais aussi à l'étranger, un revirement de la politique en vigueur. "Tous les services de toutes les localités doivent renforcer leur sentiment d'urgence", a-t-il déclaré mercredi selon la télévision publique CCTV. "Toute mesure appropriée doit être mise en œuvre là où c'est possible", a-t-il ajouté, afin de permettre un "retour rapide à la normale".

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Commentaires 4
à écrit le 20/05/2022 à 12:17
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Le PCC a besoin de financer la retraite d'une population vieillissante ou risque de subir la colère de plusieurs millions d'individus... La création de M. CoViD semble correspondre au cahier des charges pour augmenter le coût de la main d'oeuvre...

à écrit le 20/05/2022 à 12:06
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La bce a relevé ses taux d'intérêt ? La boj aussi ? On m'dis rien à moi ! C'est le gros problème du moment quand on commence à prendre la voix de l'Amérique ou de l'occident pour seuls au monde et que plus rien ne devient distinctif..

à écrit le 20/05/2022 à 8:37
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ils bloquent les ports et la production, donc baissent les taux pour soutenir l'activite.... les economistes devraient aller faire un stage ouvrier en entreprises, ca leur permettrait de comprendre leurs modeles ( pas que dans le monde occidental, he...

le 20/05/2022 à 9:29
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l'occident doit payer la dette des etats unis et comme nous somme dependant du dollard c'est la double peine sans oublier la speculation. des multi national

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