Poutine accueilli en grande pompe en Mongolie, malgré le mandat d'arrêt de la CPI
latribune.fr
Vladimir Poutine a été accueilli ce mardi après-midi par son homologue Ukhnaa Khurelsukh sur l'imposante place Gengis Khan d'Oulan-Bator. (photo d'illustration)
Vladimir Poutine a rencontré ce mardi son homologue mongol à Oulan-Bator. lI s'agit de la première visite officielle du président russe dans un pays membre de la Cour pénale internationale, depuis l'émission d'un mandat d'arrêt à son encontre. Son déplacement apparaît comme un acte de défiance envers la CPI, l'Ukraine, ainsi que de nombreux pays occidentaux et organisations de défense des droits de l'Homme.
[Article publié le mardi 3 septembre 2024 à 10h26, mis à jour à 15h31] Vladimir Poutine est bien arrivé en Mongolie, malgré le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). Le président russe a été accueilli lundi soir dans la capitale mongole par la garde d'honneur, et ce, sans être arrêté à sa descente de l'avion.
Il a ensuite été reçu ce mardi après-midi par son homologue mongol, Ukhnaa Khurelsukh, sur l'imposante place Gengis Khan d'Oulan-Bator, lors d'une fastueuse cérémonie en présence des délégations des deux pays. Une fanfare a interprété des airs militaires et les hymnes nationaux russe et mongol devant les deux dirigeants, debout près de soldats mongols en tenue traditionnelle.
Des manifestants ont toutefois exprimé leur mécontentement quant à cette venue de Vladimir Poutine. Dès lundi après-midi, certains ont brandi une bannière sur laquelle était écrit « Faites partir le criminel de guerre Poutine ». Ce mardi, les forces de l'ordre mongoles ont empêché une autre manifestation de se tenir trop près du dirigeant russe. « Nous avons essayé de manifester contre le criminel de guerre Poutine, mais nous avons été détenus illégalement pendant cinq heures », a déclaré à l'AFP Tsatsral Bat-Ochir, membre de l'organisation NoWar movement, opposé à l'invasion russe en Ukraine. Selon un responsable de la police, N. Batbayar, des manifestants ont été interpellés pour avoir voulu pénétrer dans une « zone de sécurité » autour de la visite de Vladimir Poutine, précisant qu'il « ne s'agissait pas d'arrestations ».
Un acte de défiance envers la CPI
Ce déplacement apparaît en tout cas comme un acte de défiance du président russe envers la CPI, l'Ukraine en guerre, ainsi que de nombreux pays occidentaux et d'organisations de défense des droits humains qui ont demandé son arrestation. Vladimir Poutine est en effet visé depuis mars 2023 par un mandat d'arrêt pour des suspicions de déportation illégale d'enfants ukrainiens vers la Russie. De facto, La Mongolie, membre de la CPI, était donc tenue de l'arrêter, selon le Statut de Rome qui a fondé la Cour.
Le gouvernement mongol n'a fait aucun commentaire sur une éventuelle arrestation du dirigeant russe. Sur les réseaux sociaux, un porte-parole du président a démenti des informations de presse, selon lesquelles la CPI aurait envoyé un courrier demandant aux autorités locales de mettre le mandat d'arrêt à exécution lors de cette visite.
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Dans ce contexte, Vladimir Poutine a salué, aux côtés de son homologue mongol, « l'attitude respectueuse » de la Mongolie envers leur « héritage historique commun » et assuré que les deux pays avaient des « positions proches » sur « de nombreuses questions d'actualité internationale ».
La colère de Kiev
Kiev a de son côté réagi avec colère : le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Georguiï Tykhiï, a qualifié de « coup dur » pour la légitimité de la CPI. Il a déclaré que Kiev ferait pression pour que le pays soit puni.
« La Mongolie a permis au criminel inculpé d'échapper à la justice, partageant ainsi la responsabilité de ses crimes de guerre. Nous travaillerons avec nos partenaires pour veiller à ce que cela ait des conséquences pour Oulan-Bator », a-t-il déclaré dans un message publié sur les médias sociaux.
Une colère partagée par le procureur général d'Ukraine, Andriï Kostine. « Aujourd'hui, Poutine a humilié la Mongolie en l'utilisant avec cynisme comme monnaie d'échange dans son jeu géopolitique », a-t-il réagi sur X. « Assurer la sécurité d'un criminel sape l'essence même du système judiciaire mondial et enfreint sérieusement les valeurs des pays démocratiques. En refusant d'arrêter Poutine, la Mongolie a délibérément mis à mal son statut international », a-t-il estimé.
Le Kremlin s'affichait, lui, confiant, assurant la semaine dernière n'avoir « pas d'inquiétude » quant à une éventuelle arrestation de son président. « Bien entendu, tous les aspects de la visite ont été soigneusement préparés », avait-il ajouté, vantant l'« excellent dialogue avec nos amis mongols ». Le fait que le président russe n'ait pas été arrêté n'est d'ailleurs pas vraiment une surprise. « Il est évident qu'il n'y avait aucune chance d'arrêter M. Poutine », selon l'analyste politique Bayarlkhagva Munkhnaran auprès de l'AFP. Pour la Mongolie, « le scandale actuel lié au mandat d'arrêt de la CPI n'est qu'une question secondaire par rapport à la nécessité de maintenir des relations sûres et prévisibles avec le Kremlin », a-t-il ajouté.
Pour rappel, la Mongolie, autrefois dans le giron soviétique, n'a pas condamné l'invasion russe en Ukraine et s'est abstenue lors des votes sur ce conflit aux Nations unies. De son côté, Moscou ne reconnaît pas la CPI et a toujours fermement rejeté les accusations portées par cette juridiction contre le président russe.
Des sanctions limitées à une remontrance verbale
La Cour basée à La Haye aux Pays-Bas avait rappelé la semaine dernière que ses pays membres ont l'« obligation » d'interpeller les individus visés par un mandat d'arrêt. Comme tous les autres États parties au Statut de Rome qui a fondé la CPI, la Mongolie « a l'obligation de coopérer » avec elle, avait déclaré à la presse un porte-parole de cette juridiction, Fadi el-Abdallah.
Mais dans les faits, elle ne peut pas les forcer : quand un pays membre ne remplit pas ses obligations vis-à-vis de la CPI, cette dernière peut saisir l'Assemblée des États parties qui se réunit une fois par an, mais dont les éventuelles sanctions se limitent essentiellement à une remontrance verbale. Dans le passé, d'autres individus faisant l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour, comme l'ex-président soudanais Omar el-Béchir, se sont rendus dans des pays signataires du Statut de Rome, sans être inquiétés. La Mongolie l'a pour sa part signé en 2000, avant de le ratifier en 2002.
De riches ressources naturelles convoitées
Démocratie enclavée entre deux pays autoritaires, la Russie et la Chine, la Mongolie a des liens culturels étroits avec Moscou ainsi qu'une relation commerciale importante avec Pékin. Les deux puissances convoitent notamment ses riches ressources naturelles et veulent y accroître leur influence, tout comme les Etats-Unis.
En amont du voyage, le dirigeant russe a souligné les « projets économiques et industriels prometteurs » entre les deux pays, dans un entretien avec le journal mongol Unuudur partagé par le Kremlin. Parmi ces projets : la construction d'un gazoduc trans-Mongolie reliant la Chine et la Russie, a-t-il cité. Il s'est aussi dit « intéressé par la poursuite d'un travail substantiel » en vue d'un sommet trilatéral avec la Chine.