Rachat de U.S. Steel : feu vert de Trump à un « partenariat » avec Nippon Steel
Agathe Perrier

Donald Trump faisait pourtant partie des fervents opposants au rachat de U.S. Steel par Nippon Steel.
Leah Millis
Agathe Perrier

Donald Trump faisait pourtant partie des fervents opposants au rachat de U.S. Steel par Nippon Steel.
Leah Millis
[Article publié le 8 avril 2025 à 12 h 58, mis à jour le 26 mai 2025 à 9 h 38]
Annoncé, enterré, relancé et finalement approuvé. Le rapprochement entre l'aciériste américain U.S. Steel et son concurrent japonais Nippon Steel va bel et bien pouvoir se faire. Vendredi, quelques minutes avant la clôture de la Bourse de New York, le président américain Donald Trump a annoncé sur son réseau Truth Social que les deux groupes sont parvenus à « un accord pour un partenariat planifié, qui ajoutera 70 000 emplois et 14 milliards de dollars [12,3 milliards d'euros] dans l'économie américaine ».
Le dirigeant américain n'a pas donné plus de détails sur le contenu de cet accord, seulement que « l'essentiel de cet investissement sera réalisé dans les 14 prochains mois ». Il a par ailleurs assuré que ce partenariat permettra à « U.S. Steel de rester américain et de conserver son siège dans la grande ville de Pittsburgh », dans l'État de Pennsylvanie, à l'est des États-Unis.
L'annonce a été saluée par les deux industriels. U.S. Steel a assuré « grandement apprécier la capacité de direction et l'attention personnelle du président Trump pour l'avenir de milliers de métallos et de notre entreprise symbolique », a-t-il déclaré dans un communiqué. Dans un texte distinct, Nippon Steel a aussi applaudi « l'action audacieuse du président Trump en approuvant notre partenariat avec U.S. Steel ». Et d'affirmer : « Nous partageons l'engagement du gouvernement à protéger les travailleurs, l'industrie et la sécurité nationale des États-Unis ».
Les marchés ont également apprécié la nouvelle. Le titre de Nippon Steel est parti à la hausse ce lundi à l'ouverture de la Bourse de Tokyo, prenant +4,67 %, à 3 003 yens (18,50 euros). Celui de U.S. Steel avait bondi de +21,61 % vendredi à la clôture, à 52,17 dollars (45,80 euros).
Ce dénouement a néanmoins de quoi étonner. Car jusqu'au début du mois d'avril, quand il a demandé de relancer l'examen de ce projet de rachat, Donald Trump faisait partie de ses fervents opposants. « Je suis totalement contre le fait qu'US Steel, autrefois grand et puissant, soit acheté par une entreprise étrangère, dans le cas présent par le japonais Nippon Steel », avait-il, en effet, déclaré en décembre dernier sur son réseau Truth Social. Plus tôt lors de la campagne présidentielle, il s'était même engagé à bloquer l'opération si elle n'était pas approuvée d'ici son arrivée au pouvoir, en accord avec ses positions protectionnistes.
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En février dernier, Donald Trump s'était toutefois montré intéressé par une autre option : un investissement de l'entreprise japonaise. « Je ne voulais pas que ce soit racheté mais un investissement, j'adore. Et ils vont faire un gros investissement », avait-il d'ailleurs assuré. Des propos confirmés dans la foulée par le Premier ministre nippon, mais par aucun des deux industriels.
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Pour rappel, faisant face à des difficultés financières, U.S. Steel avait lancé une revue stratégique en août 2023 après avoir reçu plusieurs offres non sollicitées pour un rachat partiel ou total. L'aciériste avait alors rejeté celle portée par son principal concurrent américain, Cleveland-Cliffs, qui valorisait la fusion à environ 10 milliards de dollars (environ 9 milliards d'euros). Et lui avait préféré l'offre de son concurrent japonais Nippon Steel, plus avantageuse : 14,9 milliards de dollars dette comprise (13,6 milliards d'euros).
Avec cette acquisition, Nippon Steel ambitionnait d'augmenter considérablement sa production aux États-Unis dans le but de croître sa production totale. Selon les analystes et les acteurs du secteur, l'attrait pour U.S. Steel s'expliquait notamment par la finalisation proche d'un plan d'investissement coûteux, comprenant l'installation de fours à arc électrique au lieu de hauts fourneaux au charbon, afin de réduire son empreinte carbone.
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Dans la foulée de cette annonce, le projet avait suscité une levée de boucliers au nom de la sécurité nationale et de la nécessité de maintenir le groupe américain, fondé en 1901, entre des mains américaines. Plusieurs parlementaires, aussi bien démocrates que républicains, avaient alors exprimé leur opposition. Dont un certain JD Vance. Celui qui est aujourd'hui vice-président des États-Unis était à cette époque encore sénateur de l'Ohio. Avec deux autres républicains, ils avaient demandé à la ministre du Trésor, Janet Yellen, de bloquer la transaction. Même le président démocrate Joe Biden s'était inquiété pour la « sécurité nationale » et la « fiabilité » de l'approvisionnement en acier.
Face à ces craintes, les deux sidérurgistes ont alors pris la décision de soumettre leur projet au CFIUS. Mais la commission n'est toutefois pas parvenue à trouver un consensus et, en décembre 2024, elle a laissé à Joe Biden le soin de trancher sur son issue.
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Entre-temps, le président démocrate est passé de l'inquiétude à la franche opposition à ce rachat. Son argument : la défense des travailleurs américains. « U.S. Steel est une entreprise emblématique depuis plus d'un siècle, et il est vital qu'elle reste une société américaine, contrôlée et gérée depuis les États-Unis (...) Il est important que nous maintenions des entreprises sidérurgiques américaines solides, opérées par des travailleurs américains », avait-il revendiqué en mars 2024.
Une position dont il n'a jamais dévié jusqu'à la fin de son mandat, apposant son veto début janvier, à quelques jours de la passation de pouvoir à Donald Trump. La décision avait alors été reçue de manière positive par les syndicats, mais pas de la part des deux industriels. Le gouvernement nippon l'avait, lui, jugée « incompréhensible et regrettable ».
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