Royaume-Uni : en pleine polémique, le Premier ministre défend son budget
latribune.fr
Le gouvernement a assuré qu'il n'augmenterait pas les taxes pour les « gens qui travaillent », une promesse phare de sa campagne, mais l'absence de critères précis pour définir cette catégorie suscite désormais des interrogations.
BENJAMIN CREMEL
Royaume-Uni : en pleine polémique, le Premier ministre défend son budget
Alors que Keir Starmer doit présenter son budget mercredi, le chef du gouvernement a défendu ce lundi certaines mesures controversées.
[Article publié le lundi 28 octobre 2024 à 8h56, mis à jour à 15h04] Opération déminage avant la présentation du budget dans quelques jours outre-manche. Ce lundi, le Premier ministre, Keir Starmer, a défendu quelques mesures de ce texte, aussi attendu que redouté. Et, comme précédemment, il l'a présenté comme « douloureux », avec au menu des hausses d'impôts et des coupes dans les dépenses.
« C'est notre choix : la stabilité pour éviter le chaos, des emprunts pour stimuler la croissance à long terme, des augmentations d'impôts pour éviter l'austérité et reconstruire les services publics », a insisté Keir Starmer dans un discours dans les West Midlands, comté du centre de l'Angleterre.
Mais le Premier ministre s'est affiché confiant, promettant que « des jours meilleurs attendent » les Britanniques. « Sérieusement, il s'agit d'un plan économique qui changera la croissance britannique à long terme », a-t-il assuré.
Ce premier budget pour le gouvernement travailliste, arrivés au pouvoir début juillet, doit être présenté ce mercredi par la ministre des Finances, Rachel Reeves.
Dans son discours, le Premier ministre britannique a une nouvelle fois mis en cause « l'héritage désastreux » des conservateurs. Ces derniers ont été au pouvoir au Royaume-Uni pendant les 14 dernières années. Et Keir Starmer fustige leur gestion du pays, affirmant que son parti est aujourd'hui dans une « situation sans précédent ». « Je ne suis pas prêt à poursuivre la fiction que nous avons connue au cours des 14 dernières années », a-t-il lancé.
Le déficit budgétaire a atteint en septembre 16,6 milliards de livres (20 milliards d'euros), soit 1,5 milliard de plus que prévu, a annoncé ce mardi l'Office national des statistiques (ONS). Et, par rapport au mois d'août, il fait un bond d'environ 21%, puisqu'il s'affichait le mois dernier à 13,7 milliards de livres (16,3 milliards d'euros). Si bien qu'en cumulé depuis début avril, mois où commence l'année fiscale au Royaume-Uni, le pays a emprunté près de 6,7 milliards de livres (8,1 milliards d'euros) de plus que les projections de l'organisme public de prévisions budgétaires (OBR).
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En parallèle, le gouvernement fait face à une dette élevée : elle a atteint 98,5% du produit intérieur brut (PIB) en septembre. Elle flirte depuis des mois avec le seuil symbolique des 100% - qui a déjà été dépassé lors d'estimations provisoires ces derniers mois, avant d'être finalement revu à la baisse. Un niveau qui n'a plus été vu depuis les années 1960. Gonflée notamment par les aides distribuées pendant l'épidémie de Covid-19 et la crise de l'énergie, elle peine à se résorber depuis. Au final, selon la presse britannique et les économistes, l'exécutif devra trouver jusqu'à 40 milliards de livres par an à l'horizon 2030 si elle veut éviter un retour de l'austérité.
Pas de hausses d'impôts sur les «gens qui travaillent»
Le Premier ministre a cependant souligné qu'il ne « s'en servirait pas comme excuse ». Et a dit s'attendre à « être jugé sur (sa) capacité à faire face à cette situation » qui requiert des « décisions difficiles ». Il a répété qu'il n'augmenterait pas les taxes pour les « gens qui travaillent », un engagement phare de sa campagne. Reste que l'absence de critères précis pour définir cette catégorie suscite désormais des interrogations.
« Lorsque les gens consulteront leurs fiches de salaire, ils ne verront pas d'impôts plus élevés », a répété dimanche sur les radios la ministre de l'Éducation, Bridget Phillipson, sans pouvoir donner plus de détails. Le gouvernement fera « tout ce qui est en (son) pouvoir pour protéger le niveau de vie des travailleurs ordinaires, réparer le Service national de santé (ndlr : NHS) et reconstruire » le Royaume-Uni, avait aussi assuré Rachel Reeves, plus tôt dans le mois.
Sans s'étendre sur les mesures qui seront rendues publiques mercredi, Keir Starmer a promis « un financement de 240 millions de livres pour les services locaux susceptibles d'aider les gens à retrouver du travail ». Il a aussi annoncé la fin du plafond de deux livres sur les billets de bus, une mesure qui n'a été financée par les conservateurs « que jusqu'à la fin de l'année 2024 ». Tout en assurant que le billet serait plafonné à trois livres « jusqu'à fin 2025 ».
Selon la presse britannique et les économistes, la ministre des Finances devra trouver jusqu'à 40 milliards de livres par an à l'horizon 2030 si elle veut éviter un retour de l'austérité. C'est pourquoi, en plus des coupes dans les dépenses, le nouveau gouvernement devrait augmenter les cotisations sociales patronales. Une mesure qui affecterait les grandes mais aussi les petites entreprises. Cette possibilité a soulevé de nombreuses critiques de l'opposition. Dimanche, le député conservateur Chris Philp, interrogé sur la chaîne ITV, a accusé les travaillistes d'avoir « trompé le public » pendant la campagne.
Du mieux pour la croissance
L'horizon n'est cependant pas totalement sombre pour l'exécutif britannique. En témoignent les révisions à la hausse des prévisions de croissance britannique pour cette année faites par les institutions internationales. Mi-octobre, le FMI a indiqué s'attendre à ce qu'elle atteigne 1,1% en 2024, soit 0,4 point de plus que sa précédente estimation datant de juillet. Prévision identique actualisée précédemment par l'OCDE, qui l'a d'ailleurs relevé de 0,7 point par rapport à sa prévision de mai.
Prudence cependant. Le PIB britannique a moins progressé qu'estimé au deuxième trimestre. Il a finalement augmenté de seulement 0,5% sur cette période, contre une première estimation de 0,6%, selon des chiffres de l'ONS, publiés fin septembre. Soit moins bien qu'au premier trimestre où il avait enregistré une hausse de 0,7%. Ainsi, entre avril et juin, la croissance a été tirée par les services, mais moins qu'initialement estimé, tandis que la production manufacturière et la construction ont chuté davantage que ce qui avait été d'abord mesuré, d'après l'ONS.