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ÉconomieInternational

Royaume-Uni : les conservateurs en quête d'un Premier ministre pour calmer les marchés

Paul Marion

Publié le 24 octobre 2022 à 07:20 - Mis à jour le 24 octobre 2022 à 07:31

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Inflation, déficit, pouvoir d'achat… Le mandat de Liz Truss laisse le Royaume-Uni dans une situation économique plus grave qu'à son arrivée début septembre. Son successeur devra en priorité rassurer les marchés, alors que l'agence Moody's a abaissé vendredi la perspective de la note du pays de « stable » à « négative ». Mais ses marges de manœuvre pour amortir le choc inflationniste s'en trouveront limitées et un retour à la rigueur s'annonce déjà. Rishi Sunak, l'ex-ministre des Finances et l'ex-Premier ministre Boris Johnson sont dans les starting-blocks.

En 2022, le Royaume-Uni aura connu trois gouvernements (et deux souverains). Aucun rebondissement ne semble plus à exclure au regard du spectacle qu'offre la vie politique britannique depuis la rentrée et le départ brutal de Liz Truss, après 44 jours au pouvoir. « Bienvenue en Britalie », ironise la une de The Economist qui compare la valse habituelle des gouvernements de Rome à celle de Londres. On ne connaît pas encore l'identité du futur Premier ministre mais on connaît déjà sa mission : ramener de la stabilité à Londres.

Pour ne pas laisser le pouvoir vacant trop longtemps, les conservateurs tiennent des élections en urgence la semaine prochaine. Leurs 160.000 militants s'apprêtent pour la deuxième fois en deux mois à désigner le Premier ministre. L'ancien ministre des Finances Rishi Sunak, Boris Johnson qui a quitté Downing Street il y a deux mois et la ministre actuelle des Relations avec le Parlement Penny Mordaunt devraient se porter candidats. Ils ont jusqu'à lundi 14 heures pour recueillir le soutien de 100 parlementaires.

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Un vote en ligne d'ici le 28 octobre

Selon le site Guido Fawkes, qui suit de très près les soubresauts de la course, Rishi Sunak avait vendredi soir 103 parrainages, devant Boris Johnson (68) et Penny Mordaunt (25). Ni M. Sunak ni M. Johnson n'ont pour l'heure confirmé leur candidature.

Ensuite, les députés devront soit se mettre d'accord sur deux noms que les 170.000 adhérents du parti devront départager par un vote en ligne d'ici au 28 octobre, soit sur le nom d'une seule personne qui entrerait alors immédiatement à Downing Street.

Si d'ici à lundi en début d'après-midi M. Johnson et Mme Mordaunt ne réussissaient pas à atteindre le seuil des 100 parrainages requis (sur 357 députés), Rishi Sunak deviendrait automatiquement chef du parti et Premier ministre.

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Rassurer les marchés et les Britanniques

Celui qui entrera au 10 Downing Street « devra être calme et compétent pour redonner confiance aux marchés », estime Sophie Loussouarn, professeure de civilisation britannique à l'université Jules Verne d'Amiens. « Sunak avait dénoncé - avant tout le monde - les mesures économiques « fantaisistes » de Liz Truss et cela s'est avéré vrai », rappelle l'universitaire. Lors du scrutin d'août, Rishi Sunak préconisait en effet de réduire en priorité l'inflation sans trop creuser le déficit. Et de ne surtout pas précipiter des baisses d'impôts comme l'a promis et fait à ses dépens Liz Truss.

L'ancien banquier d'affaires jouit des faveurs des bookmakers. Son expérience de banquier d'affaires et son bilan de ministre des Finances pendant le Covid lui donne également une certaine crédibilité auprès des marchés financiers. Mais aussi des citoyens. « Aujourd'hui le déficit public et la dette publique ont augmenté. Le gouvernement conservateur est tenu responsable de cette situation », explique Sophie Loussouarn.

Le vainqueur des élections chez les conservateurs devra bâtir un gouvernement consensuel dans l'urgence. « Le prochain Premier ministre devra surtout ne pas cliver. Dans l'idéal, il faudrait un gouvernement de coalition comme en période de guerre mais les travaillistes ne verront aucune raison de rentrer au gouvernement. Ils veulent laisser les conservateurs boire le calice jusqu'à la lie en attendant les élections générales », observe le président de l'Observatoire du Brexit Aurélien Antoine. « Quoi qu'il arrive, le futur Premier ministre aura des marges de manœuvres très restreintes. Il ne pourra pas faire grand chose à part rassurer les marchés », prédit-il.

Marges budgétaires réduites

Face à l'inflation et à la crise énergétique, l'Etat ne pourra pas tout. Tel est en substance l'avertissement lancé en début de semaine par le ministre des Finances Jeremy Hunt, qui a annulé toutes les baisses d'impôts promises par Liz Truss. Cet ancien ministre des Affaires sociales balaye les rumeurs de retour à l'austérité de 2010. ll admet toutefois la nécessité de prendre des « décisions difficiles » pour tenir rigoureusement les comptes et calmer les marchés. La spécialiste du Royaume-Uni Sophie Loussouarn s'attend en conséquence à des coupes dans les budgets des ministères. Objectif prioritaire du prochain Premier ministre et de son Chancelier de l'Echiquier : corriger l'image d'amateurisme budgétaire laissée par Liz Truss que les Britanniques ont payé cash.

Si le « mini budget » n'a pas eu le temps d'être appliqué, les réactions des marchés à son annonce le 23 septembre ont laissé des stigmates sur la monnaie et la dette. L'absence de chiffrage budgétaire de ce plan estimé à 150 milliards de livres a précipité l'effondrement de la livre, tombée au plus bas face au dollar depuis 1985. Et conjointement fait flamber les taux d'intérêt sur la dette souveraine à 10 ans de 2 à 4%.  L'onde de choc s'est propagée au-delà de la City dans tout le Royaume.

Loin d'être indolores, la hausse des taux souverains a augmenté les intérêts des ménages sur leurs crédits, dont un quart empruntent à taux variable, notamment pour les achats immobiliers. Quant à l'effondrement de la livre, cela alourdit le poids des importations notamment en gaz et en pétrole libellées en dollar. De quoi rogner un peu plus le pouvoir d'achat.

Les errements de Liz Truss et de son ministre Kwasi Kwarteng ont donc fait perdre des milliards de dollars au contribuable et un temps précieux. La violence de la crise énergétique impose néanmoins au futur gouvernement d'agir. Le plafonnement du prix de l'énergie pour six mois devrait être maintenu, mais accessible seulement aux plus pauvres d'après Jeremy Hunt. Contrairement à la France, le gouvernement n'amortira pas tout le choc inflationniste. Pourtant, la gravité de la situation est incomparable des deux côtés de la Manche.

Crise sociale violente mais colère sociale contenue

Les voyants sociaux virent au rouge un par un. Une étude d'une association de consommateur publié dans le magazine Which ? rapporte que la hausse des prix contraint des millions de foyers à sauter des repas. Quant au chauffage, l'université de York alertait sur le fait que 45 millions de personnes se trouveraient en situation de précarité énergétique en l'absence d'aides suffisantes de l'Etat.

La crise sociale couve depuis cet été, rebaptisé « summer of discontent » par la presse. Le mouvement « Enough is enough » contre le coût de la vie a rassemblé des dizaines milliers de manifestants dans les grandes villes britanniques. Pour autant, « la colère sociale est moins forte qu'en France. Les syndicats réunis en congrès lundi et mardi ont exprimé leurs revendications, notamment en réclamant des élections générales, des hausses de salaires pour les fonctionnaires et en appelant à la grève le 3 novembre », raconte Sophie Loussouarn.

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L'attention du futur gouvernement portera ainsi moins sur la rue que sur les marchés. Après S&P et Fitch, l'agence de notation Moody's a abaissé vendredi la perspective de la note du Royaume-Uni de "stable" à "négative" alors que le pays est en pleine crise politico-financière suite à la démission de la Première ministre Liz Truss.

(Avec AFP)

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Paul Marion

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