Royaume-Uni : Liz Truss « a réussi à aggraver la crise économique »
Paul Marion
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La première ministre britannique Liz Truss et le chancelier de l'Échiquier Kwasi Kwarteng assistent à la conférence annuelle du Parti conservateur à Birmingham, en Grande-Bretagne, le 2 octobre 2022.
Liz Truss est entrée au 10 Downing Street il y a un mois. Très attendue sur la crise économique, la Première ministre a dégainé une baisse massive d'impôts et un plafonnement des factures énergétiques. Mais l'absence de chiffrage budgétaire a ruiné la crédibilité de son gouvernement sur les marchés financiers, jusqu'à amplifier la crise économique.
On prédisait à Liz Truss un automne chaotique. Les présages étaient en dessous de la réalité. A l'image de la mort soudaine d'Elisabeth II deux jours après leur rencontre, rien ne s'est passé comme prévu pendant son premier mois aux affaires. Et quand la Première ministre a voulu reprendre en main la situation économique, celle-ci s'est... aggravée.
L'acmé de ce début de mandat calamiteux a été atteinte le 23 septembre. Au Parlement, le ministre des Finances fraîchement nommé Kwasi Kwarteng a dévoilé un « mini budget » dont il est l'architecte. Ce paquet de mesures économiques s'est fixé deux objectifs : la protection du pouvoir d'achat des ménages et une relance de la croissance.
Liz Truss a ainsi choisi de plafonner les factures d'énergie pendant deux ans à 2.500 livres pour les ménages. Les entreprises verront, elles, leur coût énergétique pris en charge pour moitié pendant six mois. Ces décisions dispendieuses ont été perçues comme un premier revirement chez celle qui n'avait presque pas évoqué de plan anti-inflation pendant sa campagne électorale. Elles paraissaient néanmoins inévitables quand près de 45 millions de Britanniques sont menacés de « pauvreté énergétique » cet hiver, selon l'Université de York.
«Mini-budget»non chiffré, cadeaux fiscaux... et tollé général
Ces milliards qui sortent des caisses publiques ne sont pas compensés par des économies ou des rentrées fiscales équivalentes. La facture totale n'est pas établie. Le « mini-budget » prévoit en plus un stimulus fiscal avec des exonérations pour 45 milliards de livres de charges sociales pour les entreprises et les ménages. L'abaissement du taux maximal d'imposition sur le revenu de 45% à 40%, interprété comme un cadeau à ceux qui souffrent le moins de l'inflation, a provoqué une colère unanime dans le Royaume.
Dix jours d'un feu nourri de critiques, y compris du camp conservateur, ont contraint le gouvernement à remballer sa baisse d'impôt au bénéfice des plus riches. « Liz Truss doit déjà affronter des frondeurs chez les conservateurs. Cette frange craint de perdre l'électorat populaire conquis par Boris Johnson dans les anciens bastions travaillistes du nord de l'Angleterre », analyse l'universitaire Aurélien Antoine, président de l'Observatoire du Brexit, qui pointe la fracture entre la frange populaire du parti conservateur et les autres parlementaires néolibéraux et thatchériens.
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