Semi-conducteurs : les Etats-Unis intensifient leur guerre économique contre la Chine

Les restrictions imposées par les Etats-Unis sur les exportations de semi-conducteurs vers la Chine touchent désormais les ingénieurs américains employés par les entreprises chinoises. L'administration Biden veut empêcher Pékin d'acquérir un avantage technologique dans les puces, notamment celles plus sophistiquées pour le secteur militaire et l'intelligence artificielle.
Robert Jules
(Crédits : Reuters)

43 cadres supérieurs de nationalité américaine employés par 16 sociétés chinoises de semi-conducteurs cotées à la Bourse de Shanghaï, Naura TechnologyAMECGigadeviceKingsemi... vont devoir choisir entre garder leur emploi ou perdre leur citoyenneté américaine. Ces cadres, dont certains occupent des postes de direction dans ces sociétés, ont pour la plupart des compétences de haut niveau acquises durant des décennies dans des sociétés américaines de la Silicon Valley.

Nouvelles règles

Cette interdiction fait partie des règles mises à jour par le département du Commerce américain au début du mois d'octobre qui imposent de fortes restrictions aux exportations de puces produites aux Etats-Unis. L'administration Biden veut restreindre l'accès chinois aux puces américaines, mais également aux cerveaux de ces ingénieurs de haut niveau. Le but est de rendre beaucoup plus difficile pour les entreprises technologiques chinoises la possibilité d'attirer de telles compétences. Ces nouvelles règles concernent aussi les laboratoires de R&D installés par certaines entreprises chinoises aux États-Unis comme les géants Tencent et Alibaba, présents à Seattle et dans la Silicon Valley.

« Nos actions protégeront la sécurité nationale et les intérêts de la politique étrangère des Etats-Unis tout en envoyant un message clair selon lequel le leadership technologique américain est une question de valeurs ainsi que d'innovation », avait justifié sans détour la secrétaire adjointe au Commerce pour les exportations, Thea Rozman Kendler, lors de l'annonce des restrictions d'export.

Cette pression va aussi s'exercer aussi sur les entreprises des pays tiers comme le néerlandais ASML et les japonais Mitsubishi et Toshiba pour restreindre leurs exportations vers la Chine, même si elles bénéficient d'un an pour s'aligner sur les nouvelles règles.

Le taïwanais TSMC va produire aux Etats-Unis

Quant au taïwanais TSMC, le leader mondial, qui produit à lui seul plus de la moitié des puces utilisées dans le monde, il est doublement concerné. D'abord, parce que l'île revendiquée par la Chine est source de vives tensions avec les Etats-Unis, qui se sont intensifiées depuis la visite en août de la présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi. Ensuite, parce que la Chine représente plus de 10% de son marché en 2020 (17% en 2019). Si TSMC va pouvoir continuer à vendre durant un an ses produits sur le continent chinois, même s'ils contiennent des composants des Etats-Unis, son avenir se dessine vers l'ouest, notamment avec le transfert de technologie. TSMC a d'ailleurs déjà investi dans la construction d'une usine en Arizona dont la production devrait débuter en 2024.

« À court terme, l'impact devrait être gérable pour les producteurs taïwanais et coréens qui ont bénéficié d'exemptions d'un an pour s'approvisionner en équipements pour leurs usines en Chine continentale. Cependant, l'intensification de la rivalité technologique pourrait conduire au découplage de la Chine du reste du monde avec des revenus plus faibles et des coûts plus élevés pour les entreprises de matériel technologique », analyse un rapport de S&P Global Ratings.

La course à la production des puces est devenue un enjeu dans la bataille entre les deux puissances économiques pour le leadership mondial. En promulguant, en août dernier, le Chips and Science Act doté d'un montant de 52 milliards de dollars, le président Joe Biden visait à relancer une production locale de puces dont les pénuries dues aux goulets d'étranglement des chaînes d'approvisionnement post-Covid avaient montrer que le pays n'était plus souverain pour des produits nécessaires au bon fonctionnement de l'économie. Ces puces, qui sont les quatrièmes produits les plus commercialisés au monde derrière les produits pétroliers, sont présentes dans tous les produits numériques, informatiques et électroniques.

Mais l'enjeu est également de garder la suprématie technologique. Il ne s'agit plus d'une mesure protectionniste contre la concurrence étrangère, mais bien d'entraver le développement d'un secteur chinois de semi-conducteurs suffisamment puissant et indépendant qui donnerait à la République populaire un avantage technologique, notamment dans le militaire, l'intelligence artificielle ou encore les super-ordinateurs.

Dépendance de la Chine

Or, aujourd'hui, la Chine reste encore étroitement dépendante des Etats-Unis, de la Corée du Sud, de Taïwan et du Japon, pour assurer le développement de son économie numérique. Selon les données officielles, le secteur représentait une part de 39,8% du PIB chinois en 2021 contre 20,9% en 2012. Les entreprises locales du secteur doivent être des contributrices majeures à la croissance économique. Dans son plan quinquennal (2021-2025), la République populaire vise à porter la valeur ajoutée fournie par ces industries à 10% en 2025 contre 7,8% en 2020.

Dans son programme « Made in China 2025 », le programme élaboré en 2015 par le Premier ministre Li Keqiang, Pékin affichait ses ambitions en matière d'intelligence artificielle, de véhicules autonomes, de technologies de l'information de nouvelle génération, de télécommunications, de robotique ou encore d'aérospatiale, d'ici 2049.

Ce sont ces ambitions que Joe Biden entend aujourd'hui restreindre.

Robert Jules

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 20
à écrit le 22/10/2022 à 22:16
Signaler
On comprend mieux pourquoi Apple choisit l'inde pour son nouvel iPhone (la tribune le 26 septembre)

le 24/10/2022 à 15:02
Signaler
On est en très très loin d'une Inde qui remplace la CHine La production des produits apple n'a pas été délocalisée en Chine, elle est née et conçue en Chine. On verra si l'industrie indienne suivra la cadence et le sérieux des chaines de production...

à écrit le 22/10/2022 à 20:13
Signaler
Bonjour, La guerre économique et industriel est la première marche au conflit Future.... La situation a claire , les USA ne compte pas laissé le liederchip mondiale au chinois communistes . ( S'est préférable pour les démocratie) Malheureusement, ...

à écrit le 22/10/2022 à 19:41
Signaler
Si Biden souhaite véritablement protéger la technologie américaine alors qu'il annule tous les visas des nombreux travailleurs détachés asiatiques (cf. espionnage industriel) résidant en Californie. Pour rappel, la Californie est l'état qui déti...

le 24/10/2022 à 2:01
Signaler
Ce sont essentiellement des sino-américains, californiens, qui ont fondé une bonne partie des boites de semi-conducteurs américains (nvidia par ex, amd, applied....) Sans cette immigration de très haut niveau scientifique, les usa seront largués C'...

le 24/10/2022 à 20:25
Signaler
@tru Totale désinformation... Mis à part nVidia fondé par Jen-Hsun Huang chinois de Tainan (TW), AMD a été fondé par Jerry Sanders américain de Chicago (IL) et Applied Materials par Michael A. McNeilly américain de Whitefish (MT).

le 25/10/2022 à 0:56
Signaler
je m'attendais à une telle remarque car tu es allé chipoter dans les détails, je savais que j'avais faux sur un ou deux dirigeant. Sauf que tu t'es focalisé sur un détail pour émettre un jugement, c'est un procédé qui dénote d'une faible approche int...

le 25/10/2022 à 2:33
Signaler
@tru Les fameux détails de l'histoire ignorés par un fidèle sinophile... Applied Materials, KLA, Texas Instrument, NXP, STMicroelectronics, Analog Devices, Synopsys, Cadence Design Systems, Intel, AMD, Micron, Western Digital, Seagate, Micros...

à écrit le 22/10/2022 à 16:35
Signaler
"les Etats-Unis intensifient leur guerre économique contre la Chine" L'Europe également, la preuve, l'Allemagne veut vendre la moitié du port de Hambourg à une société d'état chinoise. On résiste... à moitié.

à écrit le 22/10/2022 à 10:44
Signaler
Le gâteau se rétrécie les positions se crispent.

à écrit le 21/10/2022 à 20:54
Signaler
De toute façon, nous serons toujours les moutons soit des américains soit des chinois, Assez de cette hégémonie américaine, donc le préfère les chinois (et en plus la bouffe est meilleure)

le 22/10/2022 à 10:28
Signaler
Vous avez raison de préférer un pays totalitaire ….

le 22/10/2022 à 19:44
Signaler
Yabon le pangolin covidé...

à écrit le 21/10/2022 à 20:54
Signaler
De toute façon, nous serons toujours les moutons soit des américains soit des chinois, Assez de cette hégémonie américaine, donc le préfère les chinois (et en plus la bouffe est meilleure)

à écrit le 21/10/2022 à 19:13
Signaler
C'est probablement voué à l'échec. Les chinois ne sont pas loin du niveau américain, et l'état encourage beaucoup la formation de chercheurs compétitifs, tandis que l'occident dégrade constamment le niveau des études supérieures scientifiques.

à écrit le 21/10/2022 à 18:09
Signaler
Carlos Tavares, PDG de Stellantis : "Nous pensons que l’UE a pris des décisions dogmatiques, naïves et qui manquent de pragmatisme. Nous pensons qu'elles sont naïves. (nous aussi). On est en train de dérouler un tapis rouge aux constructeurs chinois”...

le 23/10/2022 à 13:03
Signaler
Bin woué comme ça lui il peut palper 50 millions en fourguant des bagnoles premier prix à 50.000 € produites au Maroc ou du luxe à la française à 100.000 € produit en... Chine. Fut arrêter le délire et prendre ce type pour Oui-Oui..

à écrit le 21/10/2022 à 18:08
Signaler
Ouah les USA ne plaisantent pas dans leur conflit économique avec la Chine 👍et ils ont bien raison, la Chine est le plus dangereux ennemi de l'Occident,. Hélas l'UE bien plus lâche et pusillanime va se faire laminer.

le 21/10/2022 à 21:20
Signaler
Rectification tu semble t'être légèrement égaré : L'occident est le plus dangereux ennemi de la Chine.

à écrit le 21/10/2022 à 17:54
Signaler
Autre regard sur l' évènement par un acteur de la presse libre, non subventionnée ; Lire "Etats-Unis: la stratégie suicidaire de la guerre sur plusieurs fronts – par Philip Pilkington" sur le CDS le Courrier des Stratèges.

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.