UE, Inde... Les pays victimes de la politique commerciale de Trump resserrent leurs liens
latribune.fr
Le Canada et l'Union européenne ont déjà un accord de libre échange. Les dirigeant européens et Justin Trudeau se félicitent de l'adoption du CETA en 2016. (Photo d'illustration)
L'Union européenne va renforcer sa coopération avec le Canada et l'Inde. Une manière de rapprocher les pays ciblés par les droits de douane de Donald Trump.
Va-t-on vers la création d'un groupe de parole transatlantique ? Alors que Donald Trump poursuit son offensive commerciale, le Canada et l'Union européenne intensifient leur rapprochement stratégique. En visite à Bruxelles ce mercredi, le Premier ministre canadien Justin Trudeau doit rencontrer la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi qu'António Costa, président du Conseil européen.
Objectif : coordonner une réponse face aux nouvelles barrières tarifaires imposées par les États-Unis sur l'acier et l'aluminium, tout en développant des alternatives économiques.
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a multiplié les mesures protectionnistes. Lundi, il a annoncé l'entrée en vigueur de droits de douane de 25 % sur l'acier et l'aluminium importés aux États-Unis, une décision qui touche directement les exportations canadiennes et européennes. Ces hausses tarifaires doivent s'appliquer à partir du 12 mars, menaçant des industries déjà fragilisées par les tensions économiques internationales.
Face à cette offensive, Ursula von der Leyen a dénoncé des mesures « injustifiées » et promit une réponse « ferme et proportionnée ». Le Canada, principal fournisseur d'acier et d'aluminium aux États-Unis, est lui aussi en première ligne. Justin Trudeau a déclaré vouloir travailler avec ses « partenaires et amis internationaux » pour défendre les intérêts canadiens et européens.
Un front commun pour diversifier les échanges
Ce rapprochement entre l'UE et le Canada s'inscrit dans une stratégie plus large. Ottawa et Bruxelles cherchent à limiter leur dépendance aux États-Unis en renforçant leurs relations commerciales avec d'autres partenaires. Ces dernières semaines, l'Union européenne a multiplié les initiatives : un nouvel accord avec le Mexique, la relance des négociations commerciales avec la Malaisie, et un rapprochement avec le bloc sud-américain du Mercosur.
L'Inde est également une priorité. Ursula von der Leyen prévoit d'y effectuer son premier déplacement officiel de son second mandat, dans le but de renforcer les liens économiques entre les deux régions. Lundi, Antonio Costa, président du Conseil européen, a aussi discuté avec le président sud-africain Cyril Ramaphosa pour explorer de nouvelles pistes de coopération économique.
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Selon un haut responsable européen, l'UE veut envoyer un message clair :
«Nous pouvons commercer avec le monde entier. Si vous fermez vos marchés, nous avons d'autres partenaires.»
Une réorientation stratégique accélérée
Cette dynamique de diversification n'est pas nouvelle, mais elle s'est considérablement accélérée avec la réélection de Trump. Le protectionnisme américain pousse Bruxelles et Ottawa à revoir leur positionnement. Pour le Canada, cela signifie trouver de nouveaux débouchés pour ses exportations.
« Nous pourrions déplacer certains volumes d'aluminium vers l'Union européenne, où il n'y a pas de droits de douane et où ils ont besoin de métal », a déclaré Jean Simard, président de l'Association de l'aluminium du Canada.
Dans ce contexte, le sommet entre Justin Trudeau et les dirigeants européens vise à formaliser des initiatives concrètes. Bruxelles et Ottawa ont déjà un accord de libre-échange en vigueur, mais ils pourraient chercher à l'élargir pour renforcer la résilience de leurs économies face aux politiques de Washington.
Le différend commercial entre les États-Unis et ses alliés de longue date pourrait donc déboucher sur des opportunités. C'était déjà ce qu'expliquait Cyrille Bret, enseignant à Sciences Po et chercheur à l'Institut Jacques Delors au lendemain de l'élection de Donald Trump.« Le choc de Trump II peut être paradoxalement salutaire pour les Européens. Mais cette potentielle thérapie de choc ne peut réussir que sous certaines conditions très difficiles à remplir. Que les Européens oublient un instant leurs craintes justifiées et leur déception amère, pour exploiter la crise géopolitique que provoque dès maintenant cette élection. Les Européens doivent s'imposer une discipline de fer en matière de coordination sur les principaux dossiers sécuritaires (Ukraine, Israël), économiques (IA, énergie, tarifs douaniers) et diplomatiques (sanctions, dialogue avec le Sud, organisations multilatérales) », analysait ainsi le chercheur.