Entre poursuite des investissements assumée et absence de prise de position publique, les entreprises tricolores ne semblent pas franchement décidées à suivre la consigne du président de suspendre, en pleine guerre commerciale, leurs investissements aux États-Unis.
« Ce qui est important, c'est (...) que les investissements à venir ou annoncés ces dernières semaines soient un temps suspendus tant qu'on n'a pas clarifié les choses avec les États-Unis d'Amérique », a réclamé Emmanuel Macron, jeudi 3 avril, aux représentants des filières impactées par les nouveaux droits de douane réunis en urgence à l'Élysée.
Mais quelques jours après l'appel du chef de l'État français, force est de constater que les entreprises tricolores n'y ont, pour l'instant, pas répondu favorablement. Et ce, malgré l'insistance du ministre de l'Économie, Éric Lombard, priant les patrons bleu blanc rouge de faire preuve de « patriotisme ». « Il est clair que si une grande entreprise française acceptait d'ouvrir une usine aux États-Unis, ce serait donner un point aux Américains », a ainsi mis en garde, vendredi, le locataire de Bercy sur BFM TV.
Suspendre les investissements aux États-Unis... Voilà une demande de l'exécutif bien difficile à satisfaire pour le patronat. Car la France figure sur le podium des investisseurs européens outre-Atlantique. Selon les chiffres de la Direction générale du Trésor (Bercy), l'Hexagone était le cinquième investisseur étranger en 2023 - derrière le Japon, le Canada, l'Allemagne et le Royaume-Uni -, avec 370 milliards de dollars d'investissements directs à l'étranger (IDE). « C'est 1,5 % de notre PIB qui représente les exportations vers les États-Unis », a rappelé, lui-même, Emmanuel Macron lors de la réunion d'urgence à l'Élysée jeudi.
Spécialiste de la conception, de la production et de la distribution de matériaux, Saint-Gobain fait partie de ces entreprises tricolores qui ne comptent pas renoncer au marché américain. Et pour cause : 34 % de son résultat d'exploitation provient de l'Amérique du Nord (États-Unis et Canada) où le groupe a investi autour de 7 milliards d'euros depuis 2020, dont plus de 300 millions d'euros de capex en 2024. « Nos investissements se font pour répondre à la demande locale. Nous produisons localement pour le marché local. Nous n'allons pas suspendre les investissements engagés », indique l'entreprise à La Tribune. En février, Saint-Gobain avait annoncé un investissement de 40 millions de dollars pour construire une usine dans l'État de New York.
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Jean-Victor Semeraro, César Armand et Giulietta Gamberini