Syrie : "Les Américains ont renoncé à assurer la sécurité collective" (Jean-Yves Le Drian)

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Le président Trump et le président Erdogan portent la responsabilité de ce qui est in fine une victoire des parrains d'Astana : Turcs, Russes et Iraniens, amenés à se partager le Nord-Est selon une forme qui reste à déterminer, a fait observer le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.
"Le président Trump et le président Erdogan portent la responsabilité de ce qui est in fine une victoire des parrains d'Astana : Turcs, Russes et Iraniens, amenés à se partager le Nord-Est selon une forme qui reste à déterminer", a fait observer le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. (Crédits : HUSEYIN ALDEMIR)
Jean-Yves Le Drian s'est montré très sévère sur l'attitude des Etats-Unis face à l'offensive turque au Nord-Est syrien. Dur mais juste...

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Jean-Yves Le Drian a tenu, la semaine dernière lors de son audition au Sénat, des propos peu diplomatiques vis-à-vis des États-Unis sur son attitude face à l'offensive turque au Kurdistan. "J'ai vécu, dans des fonctions différentes, deux renoncements américains, le 31 août 2013 [renoncement à un bombardement du régime syrien après une attaque chimique massive dans la banlieue de Damas, ndlr] et le 13 octobre 2019. À deux reprises, les Américains ont renoncé à assurer la sécurité collective. Cela pose la question du lien transatlantique", a jugé le ministre des Affaires étrangères. Cette offensive turque met la sécurité de la France et de l'Europe en jeu, a-t-il rappelé.

"Concernant le manque d'anticipation par les Européens et la France de cette évolution, il faut avoir conscience que nous avions reçu des assurances des États-Unis. Il y a eu un revirement soudain qu'il était difficile d'anticiper", a souligné Jean-Yves le Drian, qui était interrogé sur le manque d'anticipation de l'Europe .

Que s'est-il exactement passé ? Selon Jean-Yves Le Drian, le président Erdogan a averti au cours d'un entretien téléphonique le 6 octobre, le président Trump de ce qu'il comptait faire, à savoir engager une offensive dans le Nord-Est syrien. Le président turque lui a demandé son soutien. "Le président américain a indiqué qu'il n'approuvait pas cette offensive, mais qu'il ne s'opposerait pas à ses plans et, le lendemain, il a ordonné à une cinquantaine de soldats présents sur la zone de se retirer, laissant l'opportunité aux forces turques d'entrer sur le territoire syrien, trois jours plus tard, le 9 octobre, et de le faire sans prendre le risque de menacer la sécurité de soldats américains. C'est ainsi que l'offensive a commencé", a raconté le ministre des Affaires étrangères.

"Les États-Unis servent-ils encore à quelque chose ? On a vu leur inaction suite à l'attaque en Arabie Saoudite le 14 septembre. Le retrait des forces américaines de Syrie est un cadeau fait à la Russie et à l'Iran, et cela envoie un message très inquiétant aux Saoudiens ou aux Israéliens", a analysé le sénateur de l'Eure, Ladislas Poniatowski (Les Républicains).

Retrait des Américains

Par la suite, l'avancée des forces turques a conduit au retrait, par les Américains, de certains avant-postes les 11 et 12 octobre. Le 12 au soir, les forces démocratiques syriennes (FDS) ont dit aux Américains qu'ils devaient "choisir entre une action permettant d'empêcher les actions aériennes de la Turquie ou un retrait, afin de permettre au régime et à la Russie de s'interposer entre les FDS et les forces turques". "Le président Trump a choisi le retrait, et cette décision a été annoncée, sans aucune coordination avec la coalition dimanche [le 13 octobre, ndlr] à la télévision américaine par le ministre de la défense américain. Voilà la réalité de ce qui s'est passé", a poursuivi Jean-Yves Le Drian. .

"Pour ma part, j'ai eu mon collègue Pompeo vendredi soir [11 octobre, ndlr] au téléphone, avant ce second train de décisions : la logique était alors de tout faire pour enrayer la progression turque et mettre en oeuvre des mesures très fortes afin d'éviter que l'offensive ne se poursuive ; le lendemain, la position inverse était retenue", a expliqué le ministre.

La conséquence logique de la décision américaine de retrait, "c'est le retour du régime syrien et de la Russie dans le Nord-Est syrien". Les modalités de ce retour sont en train de se dessiner. "Le président Trump et le président Erdogan portent la responsabilité de ce qui est, in fine, une victoire des parrains d'Astana : Turcs, Russes et Iraniens, amenés à se partager le Nord-Est selon une forme qui reste à déterminer", a fait observer Jean-Yves Le Drian. "C'est évidemment un tournant majeur dans le conflit syrien, et il conviendra d'en apprécier les conséquences, y compris sur le plan politique", a-t-il conclu. Ce qui pose "la question du lien transatlantique", a estimé le ministre.

"Les États-Unis adressent des signaux contradictoires. À l'inaction après l'attaque des raffineries de l'Aramco a suivi la décision d'envoyer 3.000 soldats américains en Arabie saoudite. Il est certain qu'il va falloir réfléchir à la relation transatlantique. Il faudra aussi que les Russes assument leur responsabilité dans la situation", a estimé Jean-Yves Le Drian.

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Commentaires
a écrit le 23/10/2019 à 13:53 :
Mr Le Drian fait un constat réaliste. Enfin bon, l'Europe s'est positionnée comme un vassal militaire des USA depuis la guerre froide. Pendant la guerre froide, c'était une attitude compréhensible puisque l'Europe n'avait pas les moyens de résister à une attaque de grande ampleur de l'armée rouge. Mais maintenant la guerre froide est terminée, nous devons nous émanciper militairement, l'Europe doit renforcer sa coopération militaire.
a écrit le 23/10/2019 à 10:06 :
Si je ne peux pas me passer du trollage du peine à penser vous virez mon commentaire de base vous ne l'instrumentalisez pas.

Sinon je vois que vous avez du temps à perdre, c'est bien ça fait plaisir de voir qu'il n'y a pas que des boulots d'exploités...
a écrit le 23/10/2019 à 9:55 :
Le fait que les USA ne jouent plus aux gendarmes du monde est une bonne nouvelle parce que ça fera du bien aux USA et ça responsabilisera les autres. Le soutien aux saoudiens et à Al Qaida contre les sovietiques, les guerre en Irak et l'Afghanistan devraient nous rappeler que les USA ont fait plus de mal que de bien dans cette region.
La politique de Trump au moyen orient est meilleure que celle des Bush et d'Obama.
Tout simplement les USA n'ont rien à y faire parce que en 2020 ils seront exportateurs nets de petrole.
La transition est douloureuse, mais il y a toujours un prix à payer.
a écrit le 23/10/2019 à 5:43 :
Et si cela était simplement une victoire du camp du Bien ? à force d'être à la remorque des US (lisez les rapports de nos officers supérieurs détachés là-bas, c'est éclairant) on finit par s'imaginer qu'ils sont une sorte de grand frère, qui viendra toujours à votre secours…. sauf que le "grand frère" n'est pas de votre famille, c'est aussi simple que ça. Et pour commencer ils ne nous aiment pas, car nous ne parlons pas la même langue qu'eux (lisez et écoutez un peu ce qui se dit à-bas)
Il faudrait déjà m'expliquer pourquoi nous devrions préférer les Américains aux Russes - car ce qu'on nous expédie depuis des années de l'autre côté de l'Atlantique, on pourrait s'en passer : discrimination positive, droits des LGBT, films débiles et violents qui abrutissent ceux qui les regardent, malbouffe, et vous connaissez tout le reste. Et arrêtez de nous dire qu'ils sont venus à notre secours lors de la 2°GM, c'est un peu usé tout ça (et intéressez-vous à l'invasion du Maroc par les anglo-saxons, ça donne à réfléchir - si c'était à refaire, ils nous bombarderaient pareil, sans regrets)
Tout ça pour dire que moi en tout cas (je vis dans la région) je me réjouis de la situation actuelle, qui est une immense victoire pour Poutine (qui disait : "je ne vais pas discuter des affaires du monde avec des gens qui confondent l'Autriche et l'Australie)
Les Lithuaniens et d'autres doivent se poser quelques questions, comme certains Ukrainiens qui ont quitté leur famille naturelle pour se vendre à l'Oncle Sam.…
Quant à Le Drian, son dépit aussi est rafraichissant "on s'est plantés, mais c'est qu'on nous avait promis que…"
a écrit le 23/10/2019 à 2:02 :
Je vous signale encore une fois, Trump est un anti guerre et sait très bien qu-en cas d-une nouvelle escalade de la guerre va fortement affaiblir la première puissance mondiale et que d-autres défis l-attendent *la Chine et la Russie*. Déjà qu' ils sont en retard très avancés par rapport à la capacité des forces nucléaires russes qu' aujourd'hui s-ajouté la Chine. Donc en s-opposant à la Russie, en cas de conflit avec la Chine en aucun cas il pourra compter sur le soutient de la Russie,cet enveloppe est perdue d-avance, déjà qu' il envoit des chars aux frontières de la Russie est une erreur capitale. TRUMP joue des nerfs un peu trop loin et se retire mais n-est pas un homme de guerre et qu' il ne tire pas trop les ficelles, à force de jouer avec le feu on finit par se brûler les doigts.
a écrit le 22/10/2019 à 15:09 :
Poutine se tord de rire !!!
a écrit le 22/10/2019 à 14:28 :
Trump se soucie du peuple (rapatriement des usines délocalisées) et des soldats (pas de mise en danger inutile). L'histoire montre que les interventions pseudo-humanitaires des "bien pensants" (qui ne risquent pas leur propre vie) se révèlent pires que la neutralité.
Macron ferait mieux d'épargner nos soldats et de s'occuper des millions de sans abris.
a écrit le 22/10/2019 à 13:41 :
"a fait observer le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian."

Heu... c'est pas lui sur la photo ! Ni TRump ni Erdogan non plus, je prends de l'avance... :-)
Réponse de le 22/10/2019 à 13:57 :
Vos commentaires éclairés sont une source quotidienne de divertissement. Merci pour ce moment.
Réponse de le 22/10/2019 à 15:17 :
je sais bien que c'est volontairement voyant et grotesque mais que ce soit dans un sens ou l'autre je refuse toute instrumentalisation de mon commentaire donc soit vous diffusez ma réponse au multipseudos soit vous supprimez mon commentaire de base.

C'est irréfutable comme demande et vous le savez parfaitement
a écrit le 22/10/2019 à 12:20 :
Quelle différence avec l'abandon des Cambodgiens face aux Khmers rouges, ou celle des Vietnamiens livrés aux VietCong ?
La liste des alliés abandonnés par les USA est longue et n'a pas fini de s'allonger. Il serait temps d'en prendre acte, aussi bien en Asie qu'en Europe.
a écrit le 22/10/2019 à 12:16 :
Si elle a renoncé a la sécurité collective, elle renonce aussi a sa stratégie du chaos dans les zones qu'elle ne peut contrôler!
a écrit le 22/10/2019 à 11:50 :
"Les États-Unis servent-ils encore à quelque chose ?""les Américains ont renoncé à assurer la sécurité collective". Transposé à la République cela donne : l'Etat sert-il encore à quelque chose? L'Etat a renoncé à assurer la sécurité collective. Sauf que le monde n'est pas une république.
a écrit le 22/10/2019 à 11:44 :
Rien de neuf sous le soleil concernant la "fiabilité" et les "assurances" des Etats-Unis d'Amérique. A commencer par le refus de la part du sénat américain de ratifier le traité de Versailles en 1920. Les USA n'ont pas d'alliés, ils ont des vassaux, et les traitent comme tels.
a écrit le 22/10/2019 à 10:40 :
Jean-Yves Le Drian se propose-t-il de déclarer la guerre à la Turquie?
Réponse de le 22/10/2019 à 10:53 :
toujours en donneur de leçon et en paroles
Réponse de le 22/10/2019 à 13:45 :
Simpliste votre raisonnement
a écrit le 22/10/2019 à 10:04 :
"il faut avoir conscience que nous avions reçu des assurances des Etats-Unis"
...comme les kurdes donc?
N'est ce pas justement le rôle de la diplomatie d'estimer la parole des uns et des autres?
De ne pas se contenter d'un alignement aussi automatique que stupide?
Pour ce qui est du "revirement soudain" des USA des propos de TRUMP l'avait assez clairement annoncé non?
a écrit le 22/10/2019 à 9:48 :
Quels succès de nos politiques militaires ces dernières années nous permettent-ils d'avoir des certitudes sur ces questions? Intransigeance en ce qui concerne nos territoires (faire respecter nos frontières européennes notamment), et pour le reste...
a écrit le 22/10/2019 à 7:40 :
Turcs, Russes et Iraniens, amenés à se partager le Nord-Est selon une forme qui reste à déterminer... que raconte-t-il comme bêtise celui là, ils rendront simplement les territoires ou ils se trouvent aux Syriens, lorsque ceux (américains, français...et leurs alliés ) c'est à dire ceux qui voulaient créer un Kurdistan (rien qu'en Syrie bien sur) et faire des partitions dans le reste du territoire pour par exemple gérer au mieux leur projet d'oléoduc Qatari, auront été boutés hors de Syrie.
Quand aux américain, Daech est une de leur création au même titre que Al-Qaïda, crée, financée et armée par eux pour faire la pige aux Russes, puis plus tard déstabiliser le Moyen Orient avec leurs révolutions des couleurs.
Réponse de le 22/10/2019 à 13:47 :
@st Thomas: vous êtes un bisounours vous, c'est bien c'est rafraichissant.

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