Syrie : Washington promet des "sanctions infernales" à la Turquie

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Un lance-roquettes multiple dans une séquence de tir depuis un lieu inconnu, c'est ainsi, dans une vidéo (dont cette image est extraite) diffusée via Twitter le 9 octobre 2019, que le ministère de la Défense turc illustre son message sur les premiers succès de son opération militaire en Syrie contre les Kurdes baptisée Printemps de la Paix (Peace Spring).
Un lance-roquettes multiple dans une séquence de tir depuis un lieu inconnu, c'est ainsi, dans une vidéo (dont cette image est extraite) diffusée via Twitter le 9 octobre 2019, que le ministère de la Défense turc illustre son message sur les premiers succès de son opération militaire en Syrie contre les Kurdes baptisée "Printemps de la Paix" (Peace Spring). (Crédits : Reuters)
Promettant de faire "payer très cher" à la Turquie son offensive, le sénateur républicain Lindsey Graham et son collègue démocrate Chris Van Hollen ont dévoilé mercredi une proposition visant à sanctionner sévèrement Ankara si l'armée turque et ses supplétifs ne se retirent pas de Syrie.

"Sanctions infernales", "anéantissement" économique: en lançant une offensive militaire contre des forces kurdes en Syrie, la Turquie pourrait s'exposer très rapidement à des mesures punitives américaines qui risquent de plonger les deux pays alliés dans une crise sans précédent.

C'est le Congrès qui est monté sans attendre en première ligne, dès le début de l'opération turque.

Républicains et démocrates choqués par l'abandon des Kurdes

Promettant de faire "payer très cher" à la Turquie son offensive, le sénateur républicain Lindsey Graham et son collègue démocrate Chris Van Hollen ont dévoilé mercredi une proposition visant à sanctionner sévèrement Ankara si l'armée turque et ses supplétifs ne se retirent pas de Syrie.

L'influent Lindsey Graham, qui soutient d'ordinaire Donald Trump mais l'accuse d'avoir "honteusement abandonné" les Kurdes, a promis des "sanctions infernales", "de grande ampleur, draconiennes et dévastatrices", contre l'économie et l'armée turques.

Trump en pleine opération rétropédalage

Le président américain, lui, est resté plus en retrait. Sur le plan militaire, il a en effet laissé le champ libre à l'opération turque en annonçant dimanche le retrait des forces américaines déployées dans le nord-est syrien, près de la frontière avec la Turquie.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a d'ailleurs annoncé mercredi avoir lancé son offensive moins de deux heures après que son homologue américain eut confirmé que ses "50 soldats" concernés avaient bien "quitté" la zone.

Mais face aux critiques unanimes, dont les plus virulentes viennent, une fois n'est pas coutume, de ses propres rangs républicains, l'ex-homme d'affaires installé à la Maison Blanche a durci le ton.

Où est la "ligne rouge" ? La crédibilité de Trump en question

"Si la Turquie fait quoi que ce soit dont j'estime, dans ma grande et inégalable sagesse, que cela dépasse les bornes, je détruirai et anéantirai complètement l'économie de la Turquie", a prévenu lundi Donald Trump.

Mercredi, appelant Recep Tayyip Erdogan à agir de manière "rationnelle" et aussi "humaine" que possible, il a réitéré sa mise en garde toute conditionnelle. Si le président turc mène cette opération "de manière injuste, il paiera un énorme prix économique", a-t-il assuré.

Problème: où Donald Trump place-t-il la ligne rouge?

"Avec l'ambiguïté des menaces de Trump et sa réticence passée à sanctionner la Turquie, Erdogan estime avoir une grosse marge de manoeuvre", dit à l'AFP Nicholas Danforth, expert au German Marshall Fund of the United States.

L'armée turque fait fi des menaces de sanctions américaines

De fait, le spectre des sanctions n'a pas empêché l'armée turque d'aller de l'avant.

Sur Twitter, les forces armées turques annonçaient hier "avoir touché un total de 181 cibles terroristes au moyen de leurs forces aériennes et terrestres, dans le cadre de l'opération baptisée Peace Spring".

Aux messages contradictoires émis par le président américain ces derniers jours s'ajoute son ambivalence ancienne à l'égard de la Turquie et de son dirigeant, qu'il vient d'inviter à Washington pour le 13 novembre et avec lequel il espérait conclure un accord commercial.

Donald Trump s'est montré réticent à punir Ankara pour l'acquisition des missiles antiaériens russes S-400, alors même que le Congrès estime que ces sanctions devraient être automatiques. Mais le même Trump a aussi renforcé les taxes douanières sur des produits turcs à l'été 2018 pour obtenir -- avec succès -- la libération du pasteur américain Andrew Brunson longtemps détenu en Turquie.

Une fuite en avant pour Erdogan "plus vulnérable que jamais"?

"Si Erdogan franchit une ligne rouge qui existerait dans l'esprit impénétrable de Trump, des sanctions pourraient tomber sans préavis", estime Nicholas Danforth.

Or, en 2018, les précédentes mesures, pourtant relativement symboliques, avaient eu des conséquences désastreuses pour l'économie déjà fragile de la Turquie, faisant plonger la livre.

Recep Tayyip Erdogan, "plus vulnérable que jamais" après des défaites électorales, "sait que les Etats-Unis peuvent faire beaucoup de mal à l'économie turque", explique Gönül Tol, directrice du Centre d'études turques au cercle de réflexion Middle East Institute. "Mais il a tellement investi dans sa relation avec le président Trump qu'il veut croire en la force de leur alchimie."

Avoirs turcs, visas, embargos... les parlementaires américains tapent fort

La vraie menace, pour Ankara, semble pourtant venir des parlementaires américains.

En présentant son texte mercredi, Lindsey Graham s'est dit certain d'obtenir un "fort soutien des deux bords politiques", remontés par l'inaction de l'exécutif.

La proposition parlementaire tape très fort: gel des avoirs aux États-Unis des plus hauts dirigeants turcs, y compris du président Erdogan, et restrictions à l'octroi de visas américains; embargo sur les ventes d'armes américaines et étrangères à Ankara; mesures punitives contre le secteur énergétique turc; et enfin mise en oeuvre sans délai des sanctions liées à l'achat des S-400.

Pour Gönül Tol, si cette menace se concrétise, "les relations américano-turques vont tomber au plus bas".

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Commentaires
a écrit le 13/10/2019 à 19:55 :
Des missiles pour les kurdes antichars est pour les avions parachutées vites des mines
a écrit le 10/10/2019 à 20:35 :
1°) Sanctionner la Turquie financièrement, économiquement et en bloquant toute fourniture d'arme et de munitions.

2°) Armer les kurdes de Syrie avec de quoi transformer les avions et les tanks turques en boites de conserve contre promesse de ne pas envahir le territoire Turque.

3°) Arréter tout financement européen pour les migrants en Turquie puisque Ankara s'en sert comme outil de chantage. Redéployer ces financements en direction des peshmerga avec mission d'assurer la sécurité des populations syriennes réfugiées, toutes éthnies, toutes religions confondues. Faire en sorte que l'ONU puisse garantir des larges zones à l"abri de daesh, comme de Assad.

4°) reprendre la diplomatie là ou elle était quand Daesh est apparu. El Assad n'est pas et ne peut pas être la solution au conflit, il doit donc partir pour donner au pays une chance de paix et de ne pas rester un camp de base pour Daesh.

5°) La Turquie doit dégager de l'OTAN.
Réponse de le 10/10/2019 à 20:51 :
A contrario la France a toujours voulu sortir de l’OTAN, par quel argument vous « justifiez « que la Turquie doit «  dégagez » de l’OTAN ?

La solution : «  c’est le dialogue des peuples, toutes nations y compris la Turquie ( stop à la Turcophobie et racisme généralisée contre ce peuple Et ce pays) et bien «  entendu » une coalition internationale ( toutes les nations , c’est du bon sens )pour éliminer le daech et les freins contre la paix en Syrie.
a écrit le 10/10/2019 à 20:17 :
D’après les infos pour les populations en Turquie : c’est une opération pour empêcher les terroristes de rentrer en Turquie et pour permettre les millions de réfugiés Syriens de rentrer «  chez eux » car la pression est trop forte en Turquie économiquement

Trump peut accueillir «  les réfugiés Syriens » comme ça la Turquie n’ira pas protéger ses frontières, en dehors ...
Sur la carte géopolitique la Turquie est mal placé dans ce conflit , le mieux , si la Turquie ne fait pas d’opération pour permettre au réfugiés de rentrer chez eux : il reste plus que se partager ces réfugiés entre usa , France et Allemagne ...
a écrit le 10/10/2019 à 19:55 :
Trump est très fort, il s'est mis ces alliés historiques européens à dos, n'a obtenu aucune concession de la Corée du Nord et de la Chine et laisse la Russie avancer ses pions au Moyen-Orient avec son vassal turque tout fier de ses S400 flambants neufs qui évidemment ne représentent aucune menace pour le F35 américain légendaire, parait-il.
a écrit le 10/10/2019 à 19:34 :
La Turquie est depuis longtemps le "porte-avion"avancé des US en Méditerranée-Orientale et un pole important de l'OTAN, soit, un pays sous contrôle général de son "allié" (le notre, par ailleurs) qui n'admet pas les relations avec la Russie et les velléités d'indépendance. En fait, tout ce que de Gaulle combattait, Erdogan en fait l'amère expérience mais, concernant le problème Kurde, il s'agit d'une opération qui ne peut être considérée comme typiquement Turque et laissée dans leurs mains. Le peuple Kurde, disséminé dans plusieurs états voisins de la Région depuis la "partition" du Moyen Orient par les Anglais et les Français (accords Sykes-Picot) sans création d'un Etat Kurde, est la victime permanente de ses voisins car son territoire contient l'essentiel des ressources pétrolières…Tout le monde (nous y inclus) fait l'autruche, mène des alliances d'opportunité (comme l'ont fait les US) suivant ses intérêts bien compris, quitte à les laisser tomber dans la foulée. Ainsi les Kurdes seront les victimes de la bisbille entre Turcs et Américains. Mais au fait, si nous avions nous aussi des velléités d'indépendance vis à vis de notre allié US, nous subirions les mêmes menaces et actions agressives. Souvenez-vous le french bashing qui suivit la position de Chirac pour la guerre d'Irak...
a écrit le 10/10/2019 à 16:24 :
Trump est assez Nul, pour faire de Turquie-Russie-Chine ensemble, des alliés.

Et donc Erdogan si rusé n'a plus besoin des USA

Trump a tout raté, et nuit au monde entier depuis le 21 01 2017
a écrit le 10/10/2019 à 14:31 :
Je ne crois pas que Trump sanctionne la Turquie . Pour l'instant le rapport coût/bénéfice est encore en faveur des US, mais ça peut changer, surtout si les turques se servent des armes Russes. Dans ce cas le camp de l'Occident se fera un plaisir d'armer les Kurdes.
a écrit le 10/10/2019 à 13:09 :
Tres decu de la trahison de Trump sur ses allies Kurdes.
Cependant je crois, car je ne suis pas un expert, loin de la, me souvenir que ce n'est pas la premiere fois que les USA trahissent leurs allies.....Souvenez vous de Mossadegh et apres du Shah d'Iran.
Ca ne m'etonne plus que les Etats Unis soient hais par d'autres pays....
a écrit le 10/10/2019 à 11:19 :
Trump vient de Twitter à propos des Kurdes... : “And as somebody wrote in a very, very powerful article today, they didn’t help us in the Second World War, they didn’t help us with Normandy as an example...they’re there to help us with their land and that’s a different thin...".....on en reste scotché.
Mais quel "very, very powerfull idiot " !
a écrit le 10/10/2019 à 9:56 :
Il serait amplement temps que les américains se rendent compte du danger que représente un président ignare et incompétent sur des sujets aussi graves que les relations internationales !
Réponse de le 10/10/2019 à 14:47 :
@ le loup
Les Américains "de base" ont le Président qu'ils méritent puisqu'ils sont comme lui, ignares, incompétents, bien que dans leur cas ce ne soit pas de leur faute, mais à un système d'éducation perfectible, à des médias sans éthique, à cause des idées néolibérales et d'un American Dream cauchemardesque, mais toujours bien orchestré.
A tous ces culs bénis Bible en main, on à envie de " leur pardonner parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font" et en même temps "chasser les marchands du Temple" Amen. La messe est dite ...et la cabane risque fort de tomber sur la niche du chien.
Réponse de le 10/10/2019 à 19:43 :
LeLoup; parce-que vous croyez qu'aux Etats-Unis, le Président décide de tout, tout seul? Cela c'est du bla-bla médiatique "orienté" et très loin de la vérité. Par ailleurs, les US, mais apparemment nos médias sont mal informés, sont déjà entrés en campagne électorale; tous les communiqués des Républicains, des Démocrates, sont axés sur la campagne et toutes les décisions et déclarations intempestives des uns et des autres sont faites pour cela. C'est à un point tel que les conséquences de leurs actes dans des contrées éloignées, étrangères, font partie du "jeu",. Notre naïveté les amuse beaucoup...
a écrit le 10/10/2019 à 9:43 :
"les promesses n'engagent que ceux qui y croient" surtout si elles viennent des americains....
a écrit le 10/10/2019 à 9:20 :
Une des nombreuses stratégies américains, on sait que Trump veut faire tomber Erdogan comptant sur sa propension à faire n'importe et là il fait n'importe quoi...

C'est le problème avec les gens trop prévisibles, ils ne peuvent que finir par tomber. Je comprends de nombreux turques qui aiment ce président parce qu'il s'oppose aux banques, c'est en effet un signe de courage mais si c'est seulement pour ses intérêts à lui cela ne sert à rien.

"Laisser trainer un désordre afin d'éviter une guerre ne sert à rien, on la retarde toujours à son désavantage" Nicolas Machiavel.

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