Theresa May place Boris Johnson à la tête du Foreign Office

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Boris Johnson n'a jamais occupé de charge ministérielle
Boris Johnson n'a jamais occupé de charge ministérielle (Crédits : © Toby Melville / Reuters)
Investie mercredi comme Première ministre britannique, Theresa May a aussitôt fait sensation en confiant le ministère des Affaires étrangères à Boris Johnson, l'ancien maire de Londres et figure de proue de la campagne pour la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne.

Eurosceptique haut en couleurs et très peu diplomate Boris Johnson rebondit donc de manière spectaculaire après avoir renoncé il y a deux semaines à briguer le poste de Premier ministre en raison des oppositions affichées au sein du Parti conservateur.

Son rôle dans les relations futures entre la Grande-Bretagne et le bloc communautaire européen devrait être néanmoins limité, dans la mesure où Theresa May a prévu de créer un nouveau ministère spécialement chargé de la question du Brexit. David Davis, un ancien secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, en sera le ministre.

N'ayant jamais occupé de charge ministérielle auparavant, Boris Johnson n'en devra pas moins contribuer à dessiner le nouveau rôle que la Grande-Bretagne entend occuper dans le monde après son départ de l'Union européenne. Il aura à gérer d'autres dossiers tout aussi complexes, notamment ceux des conflits syrien et ukrainien.

Commentaires sur Obama

Sa nomination risque d'être accueillie avec perplexité, voire consternation dans les chancelleries européennes. N'a-t-il pas, lors de la campagne référendaire, comparé les buts de l'Union européenne avec les visées d'Adolf Hitler et de Napoléon ?

L'homme à la tignasse platine ébouriffée s'est aussi vu taxer de racisme durant la campagne pour avoir suggéré dans un article de presse que le président américain Barack Obama, qu'il avait décrit comme "en partie Kényan", avait un préjugé contre le Royaume-Uni en raison "d'une aversion ancestrale de l'empire britannique".

Dès l'annonce de la nomination de Boris Johnson au Foreign Office, le département d'Etat américain a fait savoir qu'il était impatient de travailler avec lui.

Mais ses commentaires sur Barack Obama pourraient lui valoir quelques moments de gêne à Washington. D'autant qu'il n'a pas été en reste sur Hillary Clinton qu'il a comparée à "une infirmière sadique dans un asile d'aliénés". Tout récemment, il a dit avoir peur de se rendre à New York en raison du "risque réel de rencontrer Donald Trump".

Ses nouvelles fonctions ne semblent pas paralyser Boris Johnson. Interrogé par la chaîne de télévision Sky News pour savoir s'il comptait présenter ses excuses à Barack Obama, l'ex-maire de Londres a choisi de plutôt répondre à l'intervention remarquée qu'avait faite le président américain en faveur d'un maintien du Royaume-Uni dans l'UE pendant la campagne référendaire.

Barack Obama avait dit fin avril que le Royaume-Uni pourrait se retrouver "en queue du peloton" en matière d'accords commerciaux s'il décidait de quitter l'UE. Les Etats-Unis, a dit Boris Johnson mercredi sur Sky, seront un partenaire "en tête du peloton".

Philip Hammond aux Finances

Nommée ce mercredi en fin d'après-midi à Buckingham Palace, quelques minutes après que David Cameron eut remis sa démission, Theresa May a tout de suite rejoint le 10, Downing Street pour distribuer les portefeuilles les plus importants. Philip Hammond, ancien ministre des Affaires étrangères, a été le premier à être nommé, au portefeuille des Finances, signant la disgrâce de George Osborne, fidèle lieutenant de David Cameron.

 Theresa May et son équipe héritent d'un Royaume-Uni sens dessus dessous, profondément divisé, soumis à des turbulences économiques et la pression des dirigeants de l'UE pour que Londres engage au plus vite la procédure de divorce.

 Un sommet avec Merkel, Hollande et Renzi fin août

"J'ai hâte de travailler étroitement avec vous et d'apprendre vos intentions à ce sujet", a réagi le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à peine la nomination de Theresa May officielle.

Un "sommet ou une rencontre" sur les suites du Brexit entre le président français François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel et le président du Conseil italien Matteo Renzi se tiendra fin août en Italie.

Même les pro-Brexit sont impatients. Une cinquantaine de manifestants ont réclamé l'activation immédiate de l'article 50 du Traité de Lisbonne -qui lance le processus de sortie de l'UE- devant Downing Street mercredi soir.

 La 54e Première ministre du pays, et deuxième femme après Margaret Thatcher, est une eurosceptique qui avait rejoint le camp du maintien dans l'UE pendant la campagne référendaire. Elle n'a pas dévoilé son calendrier lors de sa première allocution dans ses nouvelles fonctions.

Fille de pasteur, réputée pour sa détermination, sa force de travail mais aussi une certaine froideur, elle a seulement promis "la justice sociale" et de veiller au maintien de l'unité du pays.

"Vital pour notre industrie d'avoir un bon accès au marché unique" (Cameron)

Elle avait prévenu auparavant qu'elle ne comptait pas activer l'article 50 avant la fin de l'année. Lors de sa dernière séance de questions devant le Parlement, David Cameron l'a invitée à ne pas complètement tourner le dos aux 27 autres membres de l'union.

 "Il est vital pour notre industrie d'avoir un bon accès au marché unique, cela devra être une priorité", a-t-il déclaré, avant de recevoir une ovation debout des députés tories mais aussi de quelques travaillistes.

 Devant Downing Street, pour sa dernière allocution en tant que Premier ministre, il a souhaité à son pays qu'il "aime tant" de "continuer à réussir". Il est ensuite allé remettre, sous l'orage menaçant, sa démission à la reine, en compagnie de son épouse Samantha et de leurs trois jeunes enfants.

"Ca a été le plus grand honneur de ma vie de servir notre pays comme Premier ministre ces six dernières années", a-t-il souligné avant de remercier, très ému, ses enfants et son épouse, "l'amour de (s)a vie".

Pour David Cameron, qui avait prôné le maintien dans l'UE, c'est une nouvelle vie qui commence. Le dirigeant conservateur a remporté deux élections législatives (2010 et 2015), survécu au référendum d'indépendance de l'Écosse... mais restera pour l'Histoire le Premier ministre du Brexit.

 "Je marche dans les pas d'un grand Premier ministre moderne", a assuré Mme May en prenant possession des lieux.

Les premiers jours de son mandat seront scrutés de près par les marchés, déstabilisés par le choc du référendum.

La livre s'est reprise de plus de 4% par rapport à ses plus bas en 31 ans atteints la semaine dernière. Mais la Banque d'Angleterre pourrait assouplir dès jeudi sa politique monétaire afin de faire face à la détérioration des perspectives économiques du Royaume-Uni.

Pendant ce temps, l'opposition travailliste reste secouée par une profonde crise de leadership, énième répercussion du référendum.

Visé par une fronde de ses parlementaires, le chef du parti Jeremy Corbyn a remporté mardi une victoire cruciale: le comité exécutif du parti l'a autorisé à se présenter lors de nouvelles élections pour la direction du Labour prévues cet été.

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a écrit le 15/07/2016 à 9:44 :
L' union Europeenne n'a jamais été pour la GB qu'un grand marché où leurs méthodes libérales se sont imposées, et pour y faire entrer les produits de leur commonwealth, l'Europe aujourd'hui doit leur faire payer ce qu'ils nous doivent, nous devons leur dire 'I want our money back'
a écrit le 14/07/2016 à 17:49 :
Pendant cette période Brexit trois pays et non des moindre en terme de populations et de PIB vont être appelés aux urnes, l'Italie pour un référendum sur la modification du sénat de national à régional , la France pour la présidentielle de mai 2017 et l'Allemagne en élection fédérale vers la fin de l'été début de l'automne qui donnera le nom du futur ou future chancelier(e). Les enjeux nationaux sont très souvent l'axe des campagnes nous pouvons parier cette fois pour les 3 pays que l'Europe sera un enjeu aussi important que le national et pour les eurosceptiques l'enjeu majeur. Pour ma part j'attends de savoir si le Royaume Uni subira sa sortie ou si nos politiques baisserons le pantalon devant la GB. J'attends avec impatience de connaître l'axe que va choisir chaque candidat en France. Cet axe décidera de mon bulletin avec non pas des promesses bidons comme d'habitude mais des actions conformes aux prises de positions pendant la campagne sinon pour la première fois la rue sera mon chemin de bataille. Nous remarquons qu'actuellement aucun candidat ne donne son avis de fond peut-être pense t il passer à côté de ce sujet majeur lors de la campagne pour l'avenir de la France car oui cette affaire Brexit a directement un impact sur le devenir de notre pays.
a écrit le 14/07/2016 à 16:30 :
En le nommant c'est peut être aussi une façon d'éliminer ce brexiteur qui ne va pas tarder à commettre des bourdes et vite lasser les anglais comme d'autres.
a écrit le 14/07/2016 à 11:44 :
La grenouille de bénitier et l'alcoolique, formidable thème de roman à venir ou quand la réalité dépasse la fiction.
a écrit le 14/07/2016 à 10:50 :
Si l'hirsute britannique manque singulierement de sens diplomatique, force est de constater que nos politiques en manquent également. Critiquer de manière outrancière un homme politique (ou une femme) étranger avec lequel on pourrait être amené à travailler dans le futur, relève de la bêtise. Cela évitera de tenter de rattraper le coup en disant que l'on hâte de travailler avec l’imbécile d'hier.
a écrit le 14/07/2016 à 10:10 :
=> La Reine ÉLISABETH II – qui avait discrètement fait connaître ses faveurs pour le Brexit en dépit du strict devoir de réserve auquel elle est astreinte – a reçu avec un plaisir non dissimulé son nouveau Premier ministre, Mme Theresa May, 2e femme à occuper ce poste après Margaret Thatcher.

=> BORIS JOHNSON l’un des principaux leaders du Brexit, dont les discours ont pesé lourd dans le vote – est nommé ministre des affaires étrangères. Cela promet de belles réunions avec les 27 autres États de l’UE ! Et cela ridiculise a posteriori les discours haineux des européistes français qui assuraient que Boris Johnson n’osait pas assumer cette victoire du Brexit qu’il n’aurait conduite que par jeu… !

=> DAVID DAVIS l’un des plus ardents partisans du Brexit, et adversaire acharné de David Cameron, devient ministre en charge de la sortie de l’UE. Il est à noter que cet homme avait démissionné de son poste de député – pour forcer à une élection partielle qu’il avait alors remporté haut la main – afin de protester contre l’érosion des libertés publiques voulue par le Premier ministre britannique travailliste Anthony Blair, dans une loi dite de « contre-terrorisme » (« Counter-Terrorism Bill »)
https://www.upr.fr/actualite/europe/boris-johnson-david-davis-nommes-a-postes-cles-gouvernement-de-theresa-may
Réponse de le 14/07/2016 à 13:05 :
J'ai hâte de voir B. Johnson venir quémander un accès au marché commun avec les "fas.cistes" de l'UE.
50 % du commerce extérieur de la GB se fait avec l'UE tandis que pour l'UE, la GB ne représente que 3% de son commerce extérieure.
Réponse de le 14/07/2016 à 20:28 :
@Patriot9: 1) Le R-U importe plus qu'il n'exporte en Europe (https://www.uktradeinfo.com/Statistics/OverseasTradeStatistics/Pages/EU_and_Non-EU_Data.aspx). 2) The top export destinations of the United Kingdom are the United States ($51B), Germany ($46.5B), the Netherlands ($34.2B), Switzerland ($33.6B) and France ($27B). Je serai donc étonné que l'Allemagne et les Pays-Bas ferment la porte au R-U. Quant à Hollande, c'est un rigolo que personne n'écoute plus en dehors de l'hexagone :-)

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