Traité contre la pollution plastique : les négociations à Genève aboutissent à un échec
CV (avec AFP)

Le Palais des nations à Genève en Suisse où se sont déroulées les négociations.
Benjamin Polge / Hans Lucas
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Le Palais des nations à Genève en Suisse où se sont déroulées les négociations.
Benjamin Polge / Hans Lucas
Dix jours de pourparlers qui se sont terminés... sur un échec. Ce vendredi, les échanges entre les diplomates de 185 gouvernements réunis à Genève n'ont pas permis d'aboutir à un traité contre la pollution plastique. Un échec cuisant pour l'environnement et la diplomatie. « Nous n'aurons pas de traité sur la pollution plastique ici à Genève », a ainsi annoncé en ouverture d'une réunion plénière le représentant de la Norvège, coprésident d'un groupe de pays qui défendait un traité de « haute ambition ».
L'objectif de ce traité : protéger l'environnement et la santé humaine face au danger grandissant de la pollution mondiale de plastique. En 1950, celle-ci atteignait 2 millions de tonnes ; quand la production actuelle représente actuellement quelque 450 millions de tonnes par an. Un chiffre qui devrait tripler d'ici 2060, selon les prévisions de l'OCDE, dépassant ainsi le milliard. Or, moins de 10 % sont, pour l'heure, recyclés.
Au-delà des impacts sur la biodiversité, les discussions au Palais des Nations se sont focalisées sur les dangers que représentent les microplastiques pour la santé humaine. Issues des déchets plastiques, ces particules envahissent les océans, remontent la chaîne alimentaire et, sous forme de nanoparticules, pénètrent dans le sang, perturbant le bon fonctionnement des organes vitaux.
Le président des négociations, l'Équatorien Luis Vayas Valdivieso avait pourtant présenté en 24 heures deux versions différentes d'une proposition de compromis, dont le dernier dans la nuit du 14 au 15 août. Mais les chefs de délégation réunis en session exceptionnelle à l'aube n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur cette dernière version en dépit d'une sensible évolution dans la formulation.
Ce texte, qui comportait encore plus d'une centaine de points à clarifier, constituait une « base acceptable de négociation », avaient indiqué deux sources gouvernementales distinctes interrogées par l'AFP juste après la mise en ligne du texte sur le site onusien des négociations.
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À ce titre, certains membres ont demandé que les textes non retenus ne soient pas joints à une prochaine session de négociations. La Commissaire européenne à l'Environnement Jessika Roswal a estimé en revanche que le travail mené représente une bonne base pour une reprise des négociations.
Tout au long du processus une guerre de tranchées a opposé deux camps qui semblent irréconciliables. Les « ambitieux », dont l'Union européenne, le Canada, l'Australie, beaucoup de pays d'Amérique latine, d'Afrique et d'îles, qui voulaient réduire la production mondiale de plastique et contrôler les molécules les plus préoccupantes pour la santé, afin de réduire la pollution. Concernant le texte présenté la veille, ce groupe avait dénoncé le fait que tout soit renvoyé au niveau national, sans prévoir aucun cadre de coopération internationale pour combattre la pollution plastique.
Des pays qui n'ont pas manqué de manifester leur regret de voir ces pourparlers se conclure sans traité. La représentante de Fidji a ainsi estimé que cet échec « affaiblit le multilatéralisme ». Tandis que la ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier Runacher, s'est dite « déçue » et « en colère », déplorant, dans une déclaration, qu'« une poignée de pays, guidés par des intérêts financiers de court terme et non par la santé de leurs populations et la durabilité de leur économie, ont bloqué l'adoption d'un traité ambitieux contre la pollution plastique ».
En face des « ambitieux », des pays essentiellement pétroliers, comme les pays du Golfe, les États-Unis, la Russie, l'Iran ou la Malaisie, refusaient, en effet, toute contrainte sur la production d'hydrocarbures à la base de l'industrie plastique et toute interdiction de molécules ou additifs dangereux. Ces pays ne supportaient pas que toute la négociation soit basée sur « toute la durée de vie » du plastique, c'est-à-dire depuis la substance dérivée du pétrole jusqu'à son état de déchets. Ils ont mené une guerre de pilonnage pour obtenir le changement du « scope » ou de la portée du texte du traité, qui avait été fixée en 2022 lors de l'assemblée générale Environnement des Nations unies.
Ce n'est, en effet, pas la première fois que les pays tentent de s'accorder sur un traité. Sous l'œil des représentants des industries pétrochimiques présents dans les couloirs, ils avaient déjà échoué une fois à produire un texte commun lors de la dernière séquence de négociations, à Busan en Corée du Sud fin 2024.
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L'absence d'accord a été vivement déplorée par Greenpeace. L'ONG de défense de l'environnement a, en effet, estimé que l'impossibilité de parvenir à un compromis doit être un « signal d'alarme pour le monde ».
« La crise du plastique s'accélère et l'industrie pétrochimique est déterminée à nous sacrifier au profit de ses intérêts à court terme », a-t-elle, en outre, dénoncé dans un bref communiqué à l'issue de l'échec des négociations à Genève. La grande majorité des gouvernements « veulent un accord fort », mais « une poignée d'acteurs mal intentionnés ont été autorisés à utiliser le processus pour réduire à néant cette ambition. Nous ne pouvons pas continuer à faire la même chose et espérer un résultat différent. Hésiter n'est plus une option », a ajouté l'association.
(Avec AFP)
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