Ukraine : « Nous voulons isoler financièrement la Russie » pour « assécher les financements » de son économie (Bruno Le Maire)

Un premier round de sanctions face à l'invasion de la Russie en Ukraine est tombé. Il vient en réalité confirmer les premières décisions de l'Union européenne, annoncées quelques heures après l'attaque de la Russie en Ukraine. Les Européens ont notamment décidé de sanctionner le président russe Vladimir Poutine et son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov par un gel de leurs avoirs dans l'UE. Pour autant, l'arme fatale de couper l'accès au réseau bancaire SWIFT reste écartée. Ceux qui s'opposent à une exclusion de la Russie de ce système auront "le sang d'innocents hommes, femmes et enfants de l'Ukraine sur les mains", a affirmé le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba.

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L'Union européenne n'abat pas l'arme financière d'exclure la Russie du système financier SWIFT.
L'Union européenne n'abat pas l'arme financière d'exclure la Russie du système financier SWIFT. (Crédits : Reuters)

[Article mis à jour le vendredi 25 février à 14h40]

Se montrer ferme, tout en évitant des conséquences économiques néfastes qui pourraient toucher, par effet de ricochet, les foyers européens. Tel est le dilemme auquel se trouve confrontée l'Union européenne dont la position officielle est de vouloir "couper tous les liens entre la Russie et le système financier mondial", a affirmé vendredi le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire après l'invasion russe en Ukraine.

Tout en rappelant que l'économie française était "peu exposée à la Russie" et que les sanctions ne toucheraient que "quelques entreprises françaises" Bruno Le Maire a rappelé que "la Russie est un partenaire économique secondaire de la France". Ce sont toutefois près de 500 entreprises qui sont présentes en Russie, dont 35 entreprises du CAC 40. La France est aussi le premier employeur étranger en Russie. Les entreprises craignent notamment une potentielle flambée des prix des matières premières dont l'aluminium, l'acier, le pétrole et le gaz. Le ministre a d'ailleurs consulté jeudi plusieurs fédérations d'entreprises françaises, dont l'automobile, le nucléaire et l'aéronautique.

"Nous voulons isoler financièrement la Russie (...) Nous voulons assécher les financements" de l'économie russe, a assuré Bruno Le Maire.

"Notre objectif est de faire plier l'économie russe, cela prendra le temps nécessaire", a-t-il encore affirmé au lendemain de l'annonce de sanctions européennes.

Swift n'est pas à l'ordre du jour

Pour autant, l'Union européenne n'abat pas l'arme financière - à double tranchant - d'exclure la Russie du système financier SWIFT. Selon le site de l'association nationale russe Rosswift, la Russie serait le deuxième pays après les États-Unis en nombre d'utilisateurs avec quelque 300 banques et institutions russes membres du système. Plus de la moitié des organismes de crédit russes sont représentés dans SWIFT.

Ce que réclame pourtant ardemment le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Concrètement les banques russes se verraient interdites d'utiliser le système SWIFT, un rouage essentiel de la finance mondiale en assurant notamment le transit d'ordres de paiement et de transferts de fonds. "C'est la toute dernière option", a affirmé M. Le Maire.

Ceux qui s'opposent à une exclusion de la Russie du système Swift auront "le sang d'innocents hommes, femmes et enfants de l'Ukraine sur les mains", a jugé le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba dans un tweet.

En cause, les réticences allemandes mais aussi le refus de plusieurs Etats membres dont l'Italie, la Hongrie et Chypre.

"Des étapes supplémentaires sont encore possibles mais nous devons être méfiants quant à leurs effets : c'est à l'économie russe qu'il s'agit de faire subir des conséquences", a souligné le ministre allemand des Finances Christian Lindner, présent aux côtés de son homologue français.

L'Allemagne est particulièrement dépendante de la Russie dans le secteur du gaz, et une exclusion du système SWIFT de Moscou pourrait avoir de lourdes implications sur les approvisionnements de Berlin.

L'efficacité des sanctions

"Malgré cela, il est peu probable qu'elles (les sanctions) suffisent à modifier le calcul de Vladimir Poutine à court terme, étant donné que les marchés énergétiques de la Russie, ainsi que d'autres exportations clés, et l'accès à Swift ont été exclus. Cela explique peut-être pourquoi les marchés américains se sont retournés", envisage Michael Hewson analyste de CMC Markets.

Washington a assuré jeudi que couper la Russie du réseau interbancaire Swift, un rouage essentiel de la finance mondiale, restait "une option". Mais il a précisé qu'une telle décision, réclamée par l'Ukraine, n'était pas soutenue par les Européens.

L'UE préfère garder cette mesure en réserve pour un futur train de sanctions, confirme une source européenne.

Paris va par ailleurs participer à hauteur de 300 millions d'euros à l'octroi d'une aide de l'UE de 1,2 milliard d'euros à Kiev, décidée lundi à Bruxelles.

L'UE va sanctionner Vladimir Poutine, la France les avoirs russes

Les Européens ont décidé vendredi de sanctionner le président russe Vladimir Poutine et son ministre des  Affaires étrangères Sergueï Lavrov par un gel de leurs avoirs dans l'UE, ont indiqué des sources européennes à l'AFP.

Elle va également réduire son accès à des "technologies cruciales", en la privant de composants électroniques et de logiciels, de façon à "pénaliser gravement" son économie, a expliqué jeudi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Ces sanctions toucheront "les transports, le secteur aéronautique, les semi-conducteurs, toutes les technologies sensibles de l'économie russe", a précisé vendredi le ministre français de l'Economie.

Concernant les sanctions ciblant des personnalités russes, la Direction générale des Finances publiques va se charger d'identifier les avoirs en France des personnes visées, a-t-il expliqué.

Lire aussi 11 mnTensions en Ukraine : comment l'Europe peut se passer du gaz russe cet hiver

« 70% du marché bancaire russe » ciblé

« Ces sanctions auront des répercussions maximales sur l'économie et l'élite politique russes. Elles reposent sur cinq piliers: le premier est le secteur financier; le deuxième est le secteur de l'énergie; le troisième est le secteur des transports; le quatrième est le contrôle des exportations et l'interdiction du financement des exportations; le cinquième, enfin, est la politique des visas », a résume Ursula von der Leyen, présidente la Commission européenne.

« Nous ciblons à présent 70 % du marché bancaire russe. »

 En limitant drastiquement l'accès de la Russie aux marchés de capitaux européens, l'objectif est de couper la capacité d'emprunt de la Russie.

« Poutine s'efforce d'asservir un pays européen ami. Et il tente de retracer les cartes de l'Europe par la force. Il doit, et il va, échouer dans son entreprise », a affirmé la Présidente.

Lire aussi 6 mnUkraine: impossible de se passer du gaz russe aujourd'hui, selon Pouyanné (TotalEnergies)

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ZOOM : la prise d'un canal stratégique en Crimée

Les forces russes ont annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle d'un canal vital pour approvisionner en eau la Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie et qui souffrait de pénuries depuis huit ans.

"Grâce à l'utilisation des régiments terrestres et des troupes aéroportées (...), les forces russes ont pu arriver jusqu'à la ville de Kherson ce qui a permis de débloquer le canal Nord-Crimée et de rétablir l'approvisionnement en eau de la péninsule de Crimée", a indiqué l'armée russe.

Les autorités ukrainiennes avaient coupé les vannes de ce canal situé dans la région de Kherson, qui assurait 85% des besoins en eau de la Crimée, peu après l'annexion de la péninsule au printemps 2014.

Depuis, la Crimée faisait face à de graves pénuries d'eau, notamment pendant les périodes de sécheresse en été. Le blocus du canal a également affecté l'agriculture de la péninsule, connue autrefois pour ses plantations de riz et de maïs.

(Avec AFP)

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Commentaires 15
à écrit le 26/02/2022 à 16:54
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Poutine a déjà gagné ; cette agitation ridicule ne va que se retourner contre les agitateurs ; le marché des semis-conductors c'est la chine, les fabless n'ont aucun poids, cela fait longtemps que la Russie travaille à son indépendance de ce coter là...

à écrit le 26/02/2022 à 11:36
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Les politiques français s’impliquent dans un dossier quand c’est bien trop tard (M.Macron a tout de même essayé d’intervenir, même si les décisions étaient malheureusement prises du côté russe). Mais ni la France, ni l’Allemagne ne sont intervenues p...

à écrit le 26/02/2022 à 10:26
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Est-ce enfin le début du sursaut? On a pour la première fois depuis très très longtemps le sentiment d’un peu de lucidité chez nos dirigeants. Leurs certitudes sont ébranlées. Nous avons besoin de cela pour que la situation s’améliore enfin chez nou...

à écrit le 25/02/2022 à 17:59
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"Assécher les financements (...)" : c'est un peu la même stratégie que pour forcer les gens à se faire injecter des cochonneries... sans les obliger formellement à le faire. Avec les finances de la France, la méthode Macron-Véran-Lemaire fonctionne b...

à écrit le 25/02/2022 à 16:57
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Brillant (et ridicule!) commentaire d'un ministre des finances français! Je recevrais plus volontiers les leçons de dirigeants européens respectueux de leurs électeurs en ce sens qu'ils équilibrent l'exécution de leurs budgets. La France, grâce à lui...

le 25/02/2022 à 18:26
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Trump aux usa, "Tout cela arrive à cause d 'une élection truquée", comme en France. Le monde joue au grand chamboultout avec des fous qui ont mis la main sur la plaque occidentale.

à écrit le 25/02/2022 à 16:55
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Il faut voir aussi la responsabilité de la France dans cette affaire. Macron un peu, Le Drian (qui était déjà ministre sous Hollande) beaucoup. Aux accords de Minsk, la France et l'Allemagne étaient garants des accords. Ils étaient sensés veiller à s...

à écrit le 25/02/2022 à 16:37
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Il serait peut-être judicieux d'arrêter cette surenchère de sanctions, qui ne servent qu'à communiquer. Et qui pourraient se retourner rapidement contre nous. Nos dirigeants ont le nez dans le guidon, manquent de recul, et se montent la tête entre eu...

à écrit le 25/02/2022 à 15:32
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Après la presse espagnole, la presse allemande moque Macron et son "coup de fil à Poutine" Le président français Emmanuel Macron avait qualifié ses entretiens avec le président russe Vladimir Poutine de « francs, directs et brefs » rapporte Die We...

à écrit le 25/02/2022 à 15:21
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euh, Lemaire n'a pas encore bien vu que paris n'est plus une place financiere, et encore moins dans le domaine des changes.......a priori il a du rater quelques cours, je pense (et il a oublie que la france de francois hollande est l'ennemi de la fin...

à écrit le 25/02/2022 à 14:28
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Priver un Etat de financements et assécher son économie, c'est un acte de guerre... Il faut simplement être prêt à l'assumer. Mais là...

à écrit le 25/02/2022 à 14:18
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L'UE, caché derr1ère son état de dr0it, son p0litiquement c0rrect et son projet d'én6rgie verte à base d'éol1ennes, n'a touj0urs rien appris...

à écrit le 25/02/2022 à 13:41
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Non pas contente pour cette guerre ce ne sont pas les sanctions mais la diplomatie entre tous pour sortir de tout ça

à écrit le 25/02/2022 à 13:40
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ouah ! La Russie doit être "effrayée" ! Ca fait 8 ans que l'économie Russe est ciblée d'embargos économique .. Ce qui a permis d'ailleurs quelle devienne indépendante sur l'alimentaire, par exemple pendant que la France reçoit son paracétamol de C...

à écrit le 25/02/2022 à 13:32
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Les technocrates sont à l’œuvre. Peuvent-ils seulement imaginer que Mr Poutine a déjà scénarisé et anticipé ce qu'ils appellent des "sanctions". Tant que Mr Poutine sera soutenu par la Chine qui analyse la réaction occidentale en se frottant les main...

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