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ClimatEnergie & Environnement

Tensions en Ukraine : comment l'Europe peut se passer du gaz russe cet hiver

latribune.fr

Publié le 16 février 2022 à 17:24 - Mis à jour le 16 février 2022 à 17:27

Toujours pas d'accord sur la fourniture de gaz russe a l'ukraine

"Les Russes n'ont aucun intérêt à arrêter les livraisons."

© Gleb Garanich / Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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EN CINQ QUESTIONS. En cas de décision de Moscou de réduire ou cesser ses livraisons de gaz pour peser dans le conflit avec l'Ukraine, l'Union européenne affirme qu'elle est capable de se passer de son premier fournisseur. Derrière cette déclaration, se cachent d'autres enjeux, tels les moyens de pression de l'UE, les nouveaux contrats d'approvisionnement qu'elle devra alors nouer avec d'autres pays fournisseurs, ou encore les conséquences sur l'économie russe. Cinq questions autour de cette ressource au cœur des tensions diplomatiques entre l'Otan et la Russie.

Alors que la menace d'un conflit à la frontière ukrainienne plane toujours sur l'Europe, la question de l'approvisionnement du continent en gaz  se pose. Déjà, l'Allemagne, où la part de gaz russe représente plus de la moitié de ses importations (55%), s'est alertée il y a quelques jours du niveau de ses réserves, tombées à 35%, contre 82% en 2022. Or, outre-Rhin, on estime qu'une réserve de 40% ne permettrait pas de faire face qu'à sept jours de températures polaires... De même, les livraisons de gaz russe vers l 'Europe sont actuellement en dessous de la moyenne de l'année dernière. Aussi, si la Russie décidait de stopper ses livraisons en représailles, les conséquences sur les prix du gaz pour le consommateur final seraient immédiates.

Déjà, en France, les prix de l'énergie (gaz, électricité, pétrole) ont bondi de 19,7% en janvier après 18,5% en décembre rapporte l'Insee. De quoi réveiller le spectre de la crise pétrolière de 1973 : "le choc gazier est comparable au choc pétrolier de 1973", a affirmé le ministre de l'Economie Bruno Le Maire début février, en référence à cette période qui a amorcé la spirale d'une croissance atone et de chômage de masse.

Aussi, pour éviter le scénario noir, l'UE s'active.

"Nous avons examiné les hypothèses d'un arrêt partiel ou complet des approvisionnements degazrusse",en cas d'escalade des tensions autour de l'Ukraine, "et je peux dire aujourd'hui que nous sommes en sécurité pour cet hiver", a indiqué ce mercredi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devant les eurodéputés réunis en session plénière à Strasbourg.
  • Quel est le poids du gaz russe en Europe ?

Quel est le poids du gaz russe en Europe ?

La Russie représente 40% des importations en gaz de l'ensemble des Vingt-sept, indique Eurostat. Malgré de grandes disparités entre les Etats, le gaz russe représente aussi 20% de la consommation de l'Union. Le russe Gazprom a ainsi livré 50,2 milliards de mètres cubes, rien que pour l'Allemagne en 2021. Les quantités sont aussi importantes vers l'Italie, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, le Danemark, la Finlande et la Pologne.

De fait, l'Europe s'approvisionne encore massivement en gaz traditionnel. Sur toutes les importations de gaz vers le continent en 2020, 74% ont été acheminées par gazoduc (les pipelines), et seulement 26% sous la forme de GNL (selon EIA, agence américaine de l'énergie), soit du gaz naturel liquéfié acheminé par des navires-méthaniers.

Sur ce marché des achats de GNL, les pays européens sont clients des Etats-Unis. L'offensive américaine sur ce marché est d'ailleurs notable : en 2021, les importations européennes de GNL ont représenté 28%, contre 16% en 2019, selon Eurostat.

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Résultat, les Occidentaux s'efforcent actuellement de trouver des solutions alternatives à cette dépendance aux pipelines russes, notamment en augmentant les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL). Mais les capacités de regazéification en Europe (Royaume-Uni compris) sont de quelque 19 milliards de m3 (mmc) par mois. Avec environ 8 mmc en moyenne déjà utilisés, il reste environ 11 mmc de capacités qui peuvent encore être mobilisés. Soit pas tout à fait assez pour compenser les quelque 14 mmc par mois venus actuellement de Russie...

Les terminaux français de regazéification sont par exemple "saturés" actuellement, mais ce n'est pas le cas partout : "il reste des pays avec des capacités significatives disponibles, notamment l'Espagne et le Royaume-Uni", précise Vincent Demoury, délégué général du Groupe international des importateurs de gaz naturel liquéfié (GIIGNL).

  • En cas de conflit, quels sont les moyens de pression de l'UE, alliée des Etats-Unis ?

En cas de conflit, quels sont les moyens de pression de l'UE, alliée des Etats-Unis ?

A court terme, pour dissuader la Russie d'attaquer, les États-Unis ont révélé fin janvier une série de sanctions inédites qui ciblent des livraisons de gaz naturel russe en Europe. Ces sanctions américaines pourraient porter sur le blocage des investissements et des transferts de technologie.

Au cœur des tensions diplomatiques entre la Russie et les Etats-Unis se trouve le projet russe Nord Stream 2, ce gazoduc aux dimensions pharaoniques qui doit relier la Russie à ses pays acheteurs européens. Celui-ci est achevé mais pas encore mis en service.Et pour cause, les Etats-Unis y sont farouchement opposés.

En cas d'invasion russe en Ukraine, Joe Biden a promis de "mettre fin" au gazoduc controversé sans préciser comment les Etats-Unis pourraient couper cette infrastructure sous-marine reliant directement la Russie à l'Allemagne, surtout si Berlin s'y opposait.

Le pipeline long de 1.230 kilomètres est un élément de pression pour les deux camps. Certaines voix ont ainsi accusé la Russie de sciemment livrer le minimum de gaz par ses gazoducs afin d'obtenir le lancement du tube controversé Nord Stream 2.

  • La France risque-t-elle la pénurie ?

La France risque-t-elle la pénurie ?

En matière d'approvisionnement, la France n'est pas la plus exposée au gaz russe, contrairement à d'autres pays de l'UE. En effet, alors que la consommation énergétique de l'Hexagone repose à 21% sur cette source d'énergie, la Norvège demeure son principal fournisseur de gaz, loin devant le pays de Poutine.

Aussi, la France peut se tourner vers le GNL grâce à ses quatre terminaux méthaniers, ces installations permettant de le regazéifier. Ce n'est pas le cas de l'Allemagne qui a annoncé la semaine dernière développer la construction de terminaux méthanier pour importer du gaz liquéfié via la mer, afin de réduire sa dépendance au gaz russe. Le pays ne dispose d'aucun équipement de ce type pour l'instant.

Enfin, face au risque de pénurie, Barbara Pompili, la ministre française de la Transition écologique a suggéré fin janvier à l'UE - dont la présidence est assurée par la France pendant six mois - d'établir "des règles plus strictes sur le stockage du gaz". Le modèle français, qui assure un remplissage des réserves pour l'hiver, pourrait ainsi être étendu.

Mais l'approvisionnement de la France ne suscite pour l'instant pas d'inquiétude particulière, a affirmé début février GRTgaz, le principal gestionnaire du réseau gazier national. Concrètement, les stockages étaient « bien remplis » au début de l'hiver, à hauteur de 95%, a précisé Thierry Trouvé, le directeur général de GRTgaz. 

Reste qu'une perturbation plus importante de l'offre russe aurait aussi d'autres effets sur les cours, déjà agités.

  • Quels sont les autres pays fournisseurs ?

Quels sont les autres pays fournisseurs ?

La Commission européenne l'assure : des contacts ont été pris avec d'autres pays "prêts à augmenter leurs exportations de gaz naturel liquéfié" et développé les infrastructures gazières dans l'UE.

Le Japon s'est ainsi positionné en annonçant qu'il allait livrer à l'Europe certaines de ses importations de GNL. Plusieurs navires-citernes qui devaient originellement transporter du GNL au Japon ont déjà mis le cap vers l'Europe et devraient y arriver ce mois-ci, et d'autres devraient les imiter en mars, a déclaré devant la presse à Tokyo le ministre japonais de l'Économie début février

Par ailleurs, vendredi, une délégation de l'UE était en Azerbaïdjan dans le cadre des efforts européens pour diversifier en accéléré les sources d'approvisionnement et réduire la dépendance au gaz russe. L'Azerbaïdjan va augmenter les livraisons de gaz vers l'Union européenne via le Southern Gas Corridor (SGC), un complexe de trois gazoducs reliant l'Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie, la Grèce, l'Albanie et enfin la mer Adriatique, en arrivant en Italie.

"Je veux remercier l'Azerbaïdjan pour ses efforts visant à augmenter les livraisons de gaz vers l'Union européenne via le Southern Gas Corridor (SGC). L'Azerbaïdjan a répondu à l'appel, confirmant sa fiabilité", a déclaré sur Twitter la commissaire européenne à l'Énergie, Kadri Simson, depuis Bakou.

De plus, il y a le Qatar qui compte parmi les premiers exportateurs mondiaux de GNL. Il est engagé dans une politique d'expansion, visant à accroître sa production annuelle de gaz de 77 millions de tonnes à 127 millions de tonnes d'ici à 2027, tout en cherchant de nouveaux marchés.

Le Qatar est donc prêt à apporter son aide à l'Europe "en cas de besoin", de la même manière qu'il est "est prêt à soutenir [ses] partenaires du monde entier en cas de besoin", a indiqué le ministre de l'Energie Saad alKaabi ajoutant qu'avant d'en arriver là, son pays espérait bien sûr que les tensions en Europe liées à l'Ukraine pourront trouver une solution diplomatique. Il a toutefois précisé : "Le volume de gaz dont l'UE a besoin ne peut être remplacé unilatéralement par qui que ce soit, sans perturber l'approvisionnement d'autres régions du monde."

L'Australie dit aussi être prête à envoyer du gaz naturel en Europe.

"En matière de volumes (deGNL), les trois mastodontes aujourd'hui sont le Qatar, l'Australie et lesÉtats-Unis", indique Vincent Demoury (GIIGNL). "Donc c'est majoritairement ces trois pays qui auraient de la flexibilité pour produire plus, ou rediriger vers l'Europe des volumes traditionnellement dirigés vers d'autres marchés."
  • Quelles conséquences pour l'économie russe ?

Quelles conséquences pour l'économie russe ?

La part du secteur gazier dans la production industrielle nationale ne cesse de croître en Russie, pour atteindre 38,9% en 2018, selon l'OCDE. Troisième producteur d'énergie fossile dans le monde, le pays a vu les revenus du secteur pétrole et gaz - principalement régulé par Moscou - contribuer à 36% de son budget fédéral en 2016.

"Une suspension totale des exports gaziers (...) impliquerait des risques graves à long terme pour la stabilité financière de la Russie et son influence politique en Europe, car l'UE répondrait probablement de manière agressive en diversifiant son approvisionnement énergétique", affirme le cabinet Eurasia Group.

"Les Russes n'ont aucun intérêt à arrêter les livraisons", conclut-il.

En décembre, pour s'assurer de nouvelles parts de marché, le président russe Vladimir Poutine a demandé au géant pétrolier Rosneft de présenter d'ici mars un projet de livraison de gaz à l'Europe, un monopole détenu pour l'instant par Gazprom.

Dans le pays, les emplois liés au secteur sont nombreux. Le premier producteur et exportateur de GNL est russe. A la faveur d'une flambée historique des prix énergétiques, il a vu son bénéfice net multiplié par six. Son chiffre d'affaires a ainsi augmenté de plus de 62% sur un an à 1.157 milliards de roubles (13,6 milliards d'euros) en 2021.

Conséquence, la population russe subit une inflation qui flambe depuis des mois, s'affichant en janvier à 8,7% sur un an, a indiqué l'agence Rosstat. Après une courte pause en fin d'année, elle a battu un nouveau record depuis début 2016. L'inflation mine le pouvoir d'achat des Russes, qui ont peu d'épargne, ce qui s'avère un casse-tête pour les autorités, les poussant à introduire des mesures comme des quotas d'exportations ou un contrôle gouvernemental des prix de certains aliments.

Dans le même temps, Moscou a annoncé mardi un début de retrait des dizaines de milliers de soldats russes massés depuis plusieurs mois aux frontières ukrainiennes, puis mercredi la fin de manœuvres militaires et le départ de certaines de ses forces de la péninsule ukrainienne annexée de Crimée.

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Mais "l'Otan n'a pas encore vu de signes d'une quelconque réduction des troupes russes, et si le Kremlin choisit la violence contre l'Ukraine, notre réponse restera forte et unie", a mis en garde la présidente de la Commission européenne.

(Avec AFP)

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