Le retour des Vénézuéliens exilés est l’un des enjeux de l’élection présidentielle qui se déroule aujourd’hui.Tamara Almeida ne parvient pas à retenir ses larmes. Assise dans l'air frais de la petite salle communautaire du barrio San Blas de Petare, cette ancienne chaviste convaincue souhaite une chose plus que tout autre : « J'aimerais que mes proches reviennent vivre à mes côtés, pouvoir les embrasser. Mais pour ça, il faut que la situation économique s'améliore ici. »
Comme la plupart des foyers de Petare, labyrinthique quartier populaire niché sur les collines qui bordent l'est de Caracas, la quinquagénaire compte plusieurs membres de sa famille vivant à l'étranger. « Mon frère vit au Chili depuis sept ans, ma nièce et ma petite-fille de 12 ans ont traversé la jungle du Darién [entre la Colombie et le Panama] pour rejoindre les États-Unis », raconte l'éducatrice, les yeux voilés par la tristesse.
Perte de 80 % du PIB en une décennie
Alors que les électeurs vénézuéliens votent aujourd'hui pour élire leur président, l'opposition à Nicolás Maduro, rangée derrière l'ancien diplomate Edmundo González Urrutia, a fait de la réunification familiale l'axe fort de sa campagne, au même titre que le redressement économique du pays. En dix ans, environ 7,7 millions de Vénézuéliens, soit près d'un quart de la population, ont choisi le chemin de l'exil selon la plateforme de coordination pour les réfugiés vénézuéliens (R4V). Comme la majorité d'entre eux, les proches de Tamara Almeida ne sont pas partis par choix mais « par obligation » : « Mon frère ne trouvait pas de travail ici. S'il avait pu, il serait resté. »
Le Venezuela a perdu près de 80 % de son PIB en une décennie, et dans l'inextricable enchevêtrement de baraques de briques et de tôles de Petare, localité déjà largement oubliée des pouvoirs publics, l'effondrement économique s'est fait particulièrement ressentir. Les coupures d'électricité sont quotidiennes ; l'eau ne coule du robinet que deux ou trois jours par semaine. Les revenus sont dérisoires comparés aux prix des produits de base. « Le gouvernement nous donne 130 bolivars de retraite par mois, c'est-à-dire environ 3 dollars, s'indigne Yelitza Rodríguez, tee-shirt de l'opposition sur le dos. Que voulez-vous que je fasse avec ça ?
Gabriel Aguilar envoyé spécial à Caracas