Venezuela : la nouvelle monnaie hyperdévaluée entre en vigueur

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« Le 20 août, le plan de redressement économique va démarrer avec une reconversion monétaire, à savoir cinq zéros en moins », avait annoncé le président vénézuélien, Nicolas Maduro, au cours d'une réunion de son cabinet, le mercredi 25 juillet.
« Le 20 août, le plan de redressement économique va démarrer avec une reconversion monétaire, à savoir cinq zéros en moins », avait annoncé le président vénézuélien, Nicolas Maduro, au cours d'une réunion de son cabinet, le mercredi 25 juillet. (Crédits : Reuters/Ueslei Marcelino)
Les nouveaux billets vénézuéliens, qui comptent cinq zéros de moins que les anciens, sont arrivés ce lundi 20 août. Il s'agit selon le président Nicolas Maduro, de « faciliter les transactions financières » mais aussi de « protéger » le bolivar. Pour tenter de sortir le Venezuela de la crise, le chef d'Etat vénézuélien a également annoncé la multiplication du salaire minimum par 35.

[Article publié le 17 août 2018, mis à jour le 20 août]

L'heure est venue pour le Venezuela de reprendre la situation en main. La nouvelle monnaie vénézuélienne, nommée le « Bolivar souverain », est entrée vigueur ce lundi 20 août, première étape d'un plan de relance du président Nicolas Maduro qui tente de faire face à une profonde crise économique. La veille au soir, les transactions bancaires électroniques avaient d'ailleurs été suspendues pour faciliter sa mise en place.

« Nous invitons la population à prendre toutes les dispositions nécessaires », avait indiqué le ministre de l'Intérieur, Néstor Reverol qui assure que 95% des outils informatiques « sont adaptés » à ce changement.

Le gouvernement vénézuélien n'a toutefois pas précisé combien de temps durera cette suspension. Pendant cette période, les établissements bancaires ne seront pas en service et de nombreux commerces n'ouvriront pas, du fait de leur dépendance au bon fonctionnement des cartes de crédit. Au Venezuela, le paiement électronique s'est en effet généralisé car les retraits d'argent aux distributeurs automatiques sont très limités.

Cette mesure fait partie du plan de redressement économique du pays, annoncé fin juillet par le chef d'Etat vénézuélien, Nicolas Maduro, qui avait alors reconnu l'échec de sa politique économique. Selon lui, il est nécessaire de passer par une dévaluation monétaire afin de contrer les conséquences de l'hyperinflation qui frappe le Venezuela : cinq zéros vont ainsi être supprimés de la monnaie vénézuélienne, le bolivar.

L'actuel plus gros billet, qui était de 100.000 bolivars, deviendra une pièce de 1 bolivar souverain (Bs.S). Cependant, l'actuel billet de 500 bolivars sera conservé : il deviendra ainsi la plus grosse coupure. Les autres nouveaux billets seront de 2, 5, 10, 20, 50, 100 et 200 bolivars souverains (Bs.S). Il y aura aussi une autre pièce, celle de 50 cents.

Par ailleurs, le bolivar souverain sera indexé à la valeur du « petro », la crypto-monnaie créée par le président Maduro pour contourner le manque de liquidités et tenter de contrer les sanctions financières adoptées par Washington.

Cinq zéros en moins pour « un nouveau système financier et monétaire stable »

A l'origine, le gouvernement n'était supposé retirer que trois zéros au bolivar. Cette mesure, qui devait entrer en vigueur le 4 juin, avait été ensuite reportée au 4 août à la demande de la Banque centrale. Finalement, Nicolas Maduro a jugé cette dévaluation insuffisante et a renchéri sur le nombre de zéros à supprimer.

« Le 20 août, le plan de redressement économique va démarrer avec une reconversion monétaire, à savoir cinq zéros en moins », avait déclaré le président vénézuélien lors d'une réunion de son cabinet, le mercredi 25 juillet.

Cette mesure permettra d'avoir « un nouveau système financier et monétaire stable ». Elle devrait également faciliter les opérations du quotidien, que ce soit pour les transactions bancaires ou les petits achats. Au Venezuela, il est, en effet, fréquent que les supermarchés fassent payer les consommateurs en plusieurs fois, la limite par transaction étant fixée à 20 millions de bolivars.

« Les systèmes informatiques sont en surchauffe, aucune plateforme ne supporte une telle quantité de transactions. Un effondrement [du système] est possible », avait ainsi déclaré une source bancaire anonyme à l'AFP.

Selon des experts interrogés par l'AFP, enlever cinq zéros à la monnaie vénézuélienne pourrait, certes, éviter dans l'immédiat un effondrement du système de paiement, mais cette pratique aurait ses limites. Il ne s'agirait même que d'une « rustine » sur une économie déjà très mal en point. Le directeur de l'institut Econometrica, Henkel Garcia, cité par l'agence, estime que la durée de vie des nouveaux billets vénézuéliens ne dépassera pas les six mois.

« Ils seront bientôt obligés de supprimer d'autres zéros», a-t-il prédit à l'AFP.

Par ailleurs, le plan de relance économique annoncé par Nicolas Madura en juillet comprend également des mesures que son parti socialiste avait pourtant rejetées dans le passé, telles qu'un assouplissement du contrôle des changes pour attirer les capitaux étrangers ainsi qu'un nouveau système pour fixer le prix de l'essence. Cette dernière mesure entrera d'ailleurs en vigueur lundi 20 août, en même temps que l'arrivée des nouvelles coupures.

Une inflation de 1.000.000% d'ici la fin 2018

Mais ce plan de redressement pourrait s'avérer insuffisant au vu de la gravité de la crise. Le Fonds monétaire international (FMI) avait publié, le 23 juillet dernier, une note de blog très pessimiste sur la situation économique du pays. Le FMI prévoit, entres autres, une inflation de 1.000.000% d'ici la fin de l'année et un PIB qui devrait s'effondrer de 18%.

« Nous projetons une poussée de l'inflation de 1.000.000% d'ici la fin 2018, ce qui signifie que le Venezuela est dans une situation similaire à celle de l'Allemagne en 1923 ou à celle du Zimbabwe à la fin des années 2000 », a commenté dans un blog Alejandro Werner, un des responsables de l'institution de Washington, alors qu'au printemps dernier, il anticipait déjà une inflation de 13.000%.

En juillet déjà, l'inflation atteignait 82.700% selon l'agence Reuters à Caracas. Il fallait l'équivalent d'un salaire mensuel minimal d'un Vénézuélien (qui est de 1,5 dollar au taux du marché noir, la référence de facto) pour s'acheter un kilo de viande. Un kilo d'ail valait 32 millions de bolivars (10 dollars au taux du marché noir) et une paire de lunettes coûtait jusqu'à un milliard de bolivars, soit environ 300 dollars au taux du marché noir. La débâcle économique du pays aurait déjà fait fuir 2,3 millions de Vénézuéliens environ selon l'ONU, alors que près de 90% de la population vit sous le seuil de la pauvreté, d'après une étude publiée par trois grandes universités vénézuéliennes. Beaucoup d'entre eux auraient trouvé refuge dans les pays voisins, tels que le Brésil ou la Colombie.

Réformer en profondeur le Venezuela

Nicolas Maduro a admis récemment l'échec de sa politique économique, mais ne se dit toutefois pas entièrement responsable de cette débâcle et accuse les Américains de vouloir « isoler économiquement » son pays avec de violentes sanctions économiques. Il s'en prend également à l'entreprise publique pétrolière PDVSA qui mènerait « une guerre économique ». Le Venezuela, qui tire 96 % de ses revenus du pétrole, a vu sa production s'effondrer de moitié au moins en un an et demi.

En mai dernier, pour tenter d'amortir les effets de l'hyperinflation et répondre à la grogne sociale qui ne cesse de prendre de l'ampleur dans le pays, le président Maduro avait annoncé pour la troisième fois en un an une hausse du salaire minimum mensuel, qui était cette fois-ci de 95%. Lundi 20 août, le chef d'Etat vénézuélien a décidé de réitérer cette stratégie pour tenter de sortir le pays de la crise, en multipliant le salaire minimum par 35. Le revenu minimum passera alors de 5,2 millions (moins d'un dollar au taux du marché noir) à 180 millions de bolivars (28 dollars environ au taux du marché noir).

Lire aussi : Venezuela : Maduro augmente le salaire minimum de 50%

Selon plusieurs économistes, les récentes hausses salariales décidées par le président Maduro ne feraient qu'alimenter plus encore la hausse du coût de la vie. La situation ne se résoudra, selon eux, qu'avec de véritables changements de la politique monétaire et économique du pays.

« La seule façon pour sortir de l'hyperinflation, c'est avec des réformes économiques profondes. C'est de cette manière qu'on y a mis un terme dans tous les autres cas », a déclaré Henkel Garcia à l'AFP, qui fait référence au Zimbabwe, dont l'inflation avait atteint un sommet record en 2008 de 231.000.000% .

Pour redresser la situation au Venezuela, le cabinet Econometrica estime également qu'il faudrait injecter entre 20 et 30 milliards de dollars par an durant deux ou trois ans.

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a écrit le 21/08/2018 à 16:31 :
Intéressant, c'est notre ! futur proche Juin 2022 : " Le Modèle Vénézuelien, est LE Modèle pour la France, et Le Modèle que j'instaurerai en France " : Proclamation de l'Extrême-Gauche-Communiste, MELENCHON.
a écrit le 21/08/2018 à 15:17 :
Ne faudrait-il pas plutôt parler de nouvelle monnaie hyper-réévaluée (et non hyper-dévaluée) : que je sache, pour la même valeur nominale, la nouvelle monnaie devrait permettre d'acheter plus (et non moins) de biens et services et/ou de dollars...
a écrit le 20/08/2018 à 12:37 :
Il serait intéressant que l’on analyse aussi les incidences de toutes les actions menées par les EU depuis quelques années dans le but de détruire un régime partageux proche de leurs frontières....mais c’est un sujet peu ´´journalistiqué’´ comme le blocus de Cuba pourtant condamné maintes fois par l’ONU.
Réponse de le 20/08/2018 à 17:24 :
Ce sont les USA qui ont soufflé à Chavez et à Maduro de nationaliser les entreprises et de se rendre complètement dépendant du pétrole ?
Les entreprises en question ont alors cessé de produire les unes après les autres et le pays a du importer massivement des biens alors qui'l les produisait sur son sol avant.

Les USA ont-ils aussi ordonné à Chavez d'établir un budget de l'Etat qui nécessitait un baril à plus de 120$ pour qu'il soit équilibré ?
a écrit le 20/08/2018 à 9:51 :
Absolument TOUS les régimes socialistes ont fini de la même manière, dans la misère, la violence, la corruption et la pénurie de tout.

Mais on trouve encore des gauchistes pour supporter ce genre de politique qui en fait revient à fixer les prix plutôt que de laisser les acteurs trouver les points d'équilibres au jour le jour.

D'ailleurs à ce jour, nous vivons dans un régime monétaire socialiste grâce aux banquiers centraux qui fixent les taux d'intérêt donc le prix de l'argent, c'est à le prix qui détermine les autres prix.

La France quant à elle commence à expérimenter les conséquences du tout état : dette hors de contrôle, pénurie d'enseignants, pénurie de policiers, pénurie de médicaments, pénurie de main d'oeuvre dans de plus en plus de secteurs, chute du niveau éducatif, balance commerciale de plus en plus dégradée y compris sur les services de haut niveau... nous y allons gentiment car l'Euro tient encore mais une fois seul c'est à dire sans la caution allemande que vaudra le franc ?

Bravo les politiques et la noblesse d'Etat vous savez comment détruire un pays à petit feu.
a écrit le 20/08/2018 à 4:59 :
maduro ferait bien de retourner conduire son bus.
Réponse de le 20/08/2018 à 8:53 :
Grâce à son excellente politique le pays n'a plus les moyens d'acheter ni de réparer les bus.
a écrit le 19/08/2018 à 9:14 :
excellent!
la neo ultra gauche francaise est ravie, vu que c'est tous d'ardents supporters de ce petit pere des peuples a l'ideologie qui n'a rien d'ultraliberale!
les keynesiens sont ravis, l'inflation permet de faire de la depense publique payee par personne, ce qui est parfait!
sinon, la famine organisee, la misere, et tout le reste, c'est dans les ecrits de Lenine, grand defenseur de la veuve et de l'orphelin, comme chacun sait a gauche, entre deux lecons de morale baveuse pour les autres!
ils voulaient du socialisme, ils l'ont!
la france fera pareil, mais sans petrole pour se procurer des currencies !
a écrit le 18/08/2018 à 22:08 :
Un article parfaitement lénifiant sur une belle catastrophe déclenchée par un gouvernement populiste.
Une catastrophe que les journaux de notre belle presse soi-disant libérale n'ont pas vu venir.
Leçon n°1 : pour un gouvernement populiste, c'est toujours de la faute des autres quand ça dérape.
Réponse de le 19/08/2018 à 8:37 :
Quand c'est du populisme de gauche ..! j'ai remarqué que les médias deviennent moins condamnatoires…! bizarre ...
Réponse de le 20/08/2018 à 8:56 :
@pipolino : vrai ! le chavisme a toujours bénéficié d'une forte complaisance médiatique, alors qu'il na cessé de reproduire fidèlement toutes les erreurs économiques qui ont planté les pays d'Europe de l'Est. Mêmes causes, mêmes résultats.
a écrit le 18/08/2018 à 15:18 :
Voilà encore une criminogène socialo/tropical en liberté ,qui a confondu les bienfaits de la propaganda pour tous et les méfaits l'économie marxiste …!
a écrit le 18/08/2018 à 9:36 :
Avant de crier au loup et à l'incompétence, rappelez vous qu'il s'agit ici d'un grand état pétrolier qui subit les sanctions américaines.
Sa situation critique est en très grande part du aux USA. Pourquoi vous croyez qu'il a créé la crypto monnaie pour son pétrole ? Sachant qu'il y a déjà le pétrodollar...
On peut dire ce qu'on veut de Maduro, il essaie de sauver son pays.

Voilà ce qu'il en coute de s'opposer à la Finance. Plus on attend, plus on va le payer cher.
Celui qui renonce à sa liberté pour avoir la sécurité ne mérite aucune des deux.
Réponse de le 18/08/2018 à 15:21 :
Faut 'il rire ou pleurer ou les deux en même temps…! pour subir la lecture de pareilles fadaises…?
Réponse de le 18/08/2018 à 15:21 :
Faut 'il rire ou pleurer ou les deux en même temps…! pour subir la lecture de pareilles fadaises…?
Réponse de le 19/08/2018 à 9:17 :
commentaire pathetique...... chavez a mis tout le monde dehors quand le petrole etait haut
ils ont fait du ' social' en redistribuant l'argent ( surtout aux copains, d'ailleurs..... puis ils ont fait semblant de decouvrir que pour extraire le fiuel lourd de l'orenoque, il faut des investissements et des competences.....
et le socialisme s'arrete quand il n'y a plus ni l'argent ni les competences des autres........
arretez d'accuser les etats unis pour rien
ce type ruine son pays volontairement et cree la misere volontaire, comme le preconisait lenine, et comme c'etait deja le cas du bon vieux temps beni de l'urss
Réponse de le 19/08/2018 à 17:09 :
Si les dirigeants du Venezuela avaient été compétents, ils n'auraient pas placé sciemment leur pays face à la colère des USA. Il fallait être réaliste et se douter que le rapport de force était tel que le Venezuela ne pouvait pas se permettre une telle chose.
Réponse de le 20/08/2018 à 9:54 :
bien sur, Maduro n y est pour rien.
Quand le petrole etait au plus haut, c est de la faute des USA s ils ont tout depensé au lieu de faire des reserve ou investir.
Ne pas avoir lutté contre la corruption c est aussi de la faute des USA. Bon je reconnais que c est dur d envoyer ses copains en prison (ou la jouer a la Staline avec une balle dans la nuque)

Signalons quand meme que parmi les pays producteurs de petrole, c est celui qui est dans la pire situation. Et si Maduro reste au pouvoir avec de tel resultats, c est qu il a reussit a transformer une democratie en quasi dictature
a écrit le 17/08/2018 à 22:13 :
"1.000.000%"
Merci d'écrire les nombres correctement : en français, on ne met pas un point, on met un espace.
a écrit le 17/08/2018 à 20:00 :
Je me pose la question pourquoi notre grand économiste des Insoumis!! M. Mélenchon très proche jusqu'à vanter la politique vénézuélienne ne se propose t il pas pour redresser le pays avec la fameuse et dont on peut dire fumeuse constituante si chère à nos bras cassés des Insoumis. Allez M. Mélenchon pour une fois pas de blablas mais une occasion de montrer vos compétences en terme d'économie.
Réponse de le 18/08/2018 à 15:27 :
Mélenchon est en off … il voulait prendre des vacances au Fort de Brégançon ..mais il a dû se soumettre à l'évidence , qu'il ne sera jamais président même en rêve , bien qu' après le règne de normal 1er ,tout était envisageable ….
a écrit le 17/08/2018 à 19:57 :
la cryptomonnaie petro est elle impactée par cette devaluation?
Réponse de le 19/08/2018 à 8:41 :
C'est surtout les vendes du Monopoly ..qui sont impactées ;-)
a écrit le 17/08/2018 à 19:26 :
15 ans de nationalisation et de confiscation de tous les moyens de productions par l'état a aboutit à un exode des grandes marques mondiales qui avaient investies en perte, puis contrôle arbitraire des banques et des flux financiers au profit des chavistes et plus tard ruine des grossistes et des commerçants en les forçant a vendre en dessous des prix de revient en les accusant de spéculer.
Ayant détruit tout le système économique et productif par démagogie, populisme et idéologie, le gouvernement a même le culot de mettre la faute sur la compagnie pétrolière qu'il a lui même nationalisé et dont les dirigeants sont nommés par Chavez et Maduro.

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