Pendant longtemps, la courbe enregistrée par les vracs liquides, solides ou encore le trafic de véhicules cristallisait l'attention des places portuaires. Mais ça, c'était avant que le prisme change et que le trafic de marchandises ne constitue plus l'alpha et l'oméga de la bonne santé - ou de la faiblesse - d'un port. En effet, depuis le début des années 2020, les grands ports français que sont Le Havre et Marseille-Fos ont entamé un virage, celui du « port entrepreneur ».
Une expression qui a longtemps interrogé à Marseille-Fos après qu'en 2020, pour la première fois, le nouveau président du directoire en provenance... du Havre, Hervé Martel, en a fait son axe stratégique. L'annonce en 2023 du projet de gigafactory solaire, Carbon, concrétise clairement la vision. Depuis, d'autres projets d'industrie décarbonée - H2V (hydrogène vert), GravitHy (acier vert) ou encore Neocarb (SAF) - ont suivi mais ne sont que la partie émergée de l'iceberg car, comme l'indique Rémi Constantino, directeur général adjoint en charge des grands projets au GPMM, « plus de 60 projets d'industrie décarbonée, de taille plus modeste, sont dans les tuyaux ».
Le tout est le résultat de la réserve foncière savamment orchestrée qui, aujourd'hui, permet à Marseille-Fos de disposer de 709 hectares de foncier sanctuarisés « pour des projets d'envergure », rappelle le président du conseil de surveillance, Christophe Castaner, qui n'hésite pas à placer le curseur aussi sur le volet investissement : si 99 millions d'euros ont été injectés en 2024, un apport en hausse de 30 %, c'est désormais un milliard d'euros sur cinq ans qu'il va falloir consentir pour répondre aux besoins. « C'est un investissement colossal, mais indispensable. »