Alors qu’Emmanuel Macron appelle à dupliquer son modèle sur l’axe Marseille-Lyon, les premiers pas du nouvel ensemble portuaire qui va de Paris au Havre en passant par Rouen sont plutôt encourageants même si les effets du regroupement se feront surtout sentir à partir de 2025. Bilan d'étape en quatre points.Un navire bien armé doit savoir affronter des vents contraires. Vue sous cet angle, la première année pleine d'exercice d'Haropa Port, l'alliance des ports de Paris, de Rouen et du Havre, prouve qu'il vaut mieux naviguer en équipage qu'en solitaire dans un climat tempétueux. Revue de détails de quatre éléments qui inspirent, sinon une confiance aveugle, au moins un certain optimisme dans le développement soutenable du jeune corridor de la vallée de Seine.
1. L'acte de foi du premier armateur mondial
Il y a belle lurette que les grands ports de la vallée de Seine n'avaient pas reçu un tel gage de foi de la part d'un armateur de cette taille. L'année 2022 restera, en effet, marquée par l'engagement de Til, la filiale de l'armateur italo-suisse MSC, d'injecter 700 millions d'euros et de créer 1.100 emplois pour porter ses deux terminaux portuaires havrais aux meilleurs standards mondiaux. Objectif : se mettre en capacité de traiter 4,5 millions de conteneurs par an d'ici à 2028, contre 1,5 million aujourd'hui. De quoi permettre à Haropa d'atteindre - enfin - les 6 millions de « boîtes » que promettait Jacques Chirac lors de l'inauguration du port havrais en eaux profondes... en 2006.
On comprend dès lors le large sourire affiché par Stéphane Raison, patron de l'établissement portuaire unifié. « Pour fréquenter le milieu depuis plusieurs années, je peux vous assurer qu'il n'y a pas eu d'annonce de cette envergure dans le monde depuis un bon moment », commente-t-il. Autre motif de satisfaction pour l'intéressé : la création par Medlog, autre filiale de MSC, d'un terminal trimodal (fleuve, fer, route) dans le port de Bruyères-sur-Oise par où devraient transiter les conteneurs venant de l'estuaire à destination du ventre de Paris. L'assurance de 100.000 de camions en moins sur les routes chaque année, selon Haropa.
2. L'ébauche d'une zone industrielle bas carbone
2022 aura aussi été l'année du lancement officiel du programme ZIBAC (Zone industrielle bas carbone) en réponse à un appel à projets de l'Ademe. Comme son nom l'indique, le but est de diminuer drastiquement les émissions de CO2 industrielles de l'axe Seine, actuellement de 9 millions de tonnes par an. Pierre angulaire de ce projet, le captage, la liquéfaction et le stockage de CO2 dans les aquifères profonds de la mer du Nord. Haropa Port s'est associé aux cinq plus gros émetteurs (Yara, Borealis, ExxonMobil, Total Energies et Air Liquide) pour imaginer une infrastructure qui permettrait dans un premier temps d'extraire 1,5 million de tonnes de gaz carbonique de l'atmosphère, puis 7 millions de tonnes à une échéance plus lointaine.