Louis n'est finalement pas sorti de la voiture. Ce vendredi matin, l'adolescent de 16 ans a laissé sa mère et sa grand-mère aller déposer les deux bouquets de fleurs dans le hall du lycée Gambetta pour le premier anniversaire de la mort de Dominique Bernard. « C'était trop dur pour lui, expliquent Angélique et Moon. Il n'a pas réussi à venir avec nous. »
En ressortant, elles sont passées devant la bougie posée à l'endroit exact où le professeur de lettres a été poignardé par un de ses anciens élèves radicalisé. Louis, ce jour-là, voit depuis sa salle de classe la suite de la scène, et notamment les coups de couteau de l'assaillant visant d'autres professeurs dans la cour de l'école. « Il y avait des élèves qui faisaient des malaises, qui criaient partout. Lui a gardé son sang-froid, il a mis certains de ses camarades en PLS », raconte sa grand-mère. « Mais en sortant de l'école, il a changé, c'est lui qui était traumatisé », explique sa mère.
Depuis le 13 octobre 2023, Louis ne va plus dans les centres commerciaux, il panique dès qu'une sirène hurle. En seconde l'année dernière à Gambetta, il a depuis changé de lycée, ne supportant plus l'environnement. Les résultats scolaires de ce bon élève jusqu'alors se sont dégradés. « On parle régulièrement du drame avec lui, dès qu'un événement tragique revient dans l'actualité, s'inquiète sa mère. On lui dit qu'il faut qu'il se fasse aider par une psychologue, mais il refuse. » Après l'attentat, une cellule psychologique a été mise en place au sein de l'établissement. Mathis*, élève de première, ne voulait pas y aller. « Moi, je n'avais rien vu de l'attaque, je ne me sentais pas légitime. Je me disais que d'autres avaient beaucoup plus besoin que moi parce qu'ils étaient plus traumatisés. »