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La Tribune DimanchePolitique

Qui est Michel Barnier, vieux routier de la politique et nouveau locataire de Matignon ?

Pauline Chateau

Publié le 05 septembre 2024 à 11:28 - Mis à jour le 05 septembre 2024 à 15:12

Âgé de 73 ans, Michel Barnier a pris ses premières fonctions ministérielles en 1993.

Âgé de 73 ans, Michel Barnier a pris ses premières fonctions ministérielles en 1993.

Reuters

Le Quotidien Numérique

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Au soixantième jour de la crise institutionnelle découlant de la dissolution de l’Assemblée nationale, le chef de l’Etat a nommé Michel Barnier au poste de Premier ministre. Âgé de 73 ans, l’homme politique a débuté sa carrière politique dans les années 1970, en tant que conseiller général de la Savoie. Il a ensuite été ministre pour la première fois en 1993, puis trois fois sous les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, avant d'occuper, à deux reprises, le poste de Commissaire européen. Portrait.

[Article publié le jeudi 5 septembre à 13H28 et mis à jour à 13H52]. L'hypothèse de sa nomination avait commencé à bruisser dans la soirée mercredi. Elle est désormais confirmée. Par le biais d'un communiqué de presse, la présidence de la République a annoncé, ce jeudi, la prise de poste de Michel Barnier.

Le septuagénaire est considéré comme un vieux routier de la politique française et européenne et s'est forgé la réputation d'écouter, argumenter et de chercher à convaincre. « Derrière un air lisse se cache une personnalité torturée. C'est un inquiet et il a besoin d'être conseillé. Il tire sa force d'une équipe de collaborateurs en qui il a une totale confiance », explique ainsi un de ses proches.

Marié et père de trois enfants, Michel Barnier rappelle volontiers qu'il est un « montagnard », manière de transformer en atout ce qui, en France, peut constituer un handicap: ne pas faire partie du sérail parisien et ne pas sortir de l'ENA mais, dans son cas, de l'Ecole supérieure de commerce de Paris.

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Âgé de 73 ans, il a pris ses premières fonctions ministérielles en 1993, en tant que ministre de l'Environnement du gouvernement Édouard Balladur, après avoir été élu local, puis député. Il a ensuite été ministre à trois reprises sous les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.

Il a également été commissaire européen à deux reprises - chargé des Politiques Régionales et du cadre financier (1999-2004), puis responsable du Marché Intérieur et des Services (2009-2014).

Entre 2016 et 2021, il a occupé un poste ô combien sensible : négociateur de la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, le Brexit. Une fonction pour laquelle il a été salué à Bruxelles, au point que son nom avait circulé pour succéder à Jean-Claude Juncker en 2019 à la tête de la Commission européenne. Et ce alors qu'il avait échoué face à ce dernier en 2014 dans la course à la présidence de l'institution lors du congrès du Parti populaire européen (PPE, droite).

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Un partisan du référendum

Il est brièvement réapparu en 2021 dans la vie politique française en se portant candidat à la primaire de son parti, Les Républicains (LR), pour la présidentielle de 2022. Son programme prévoyait notamment un « moratoire » sur l'immigration. Interrogé par La Tribune en novembre 2021, il avait alors détaillé sa volonté d'instaurer « un référendum (...) pour pouvoir consulter le Parlement tous les ans pour qu'il décide du quota de personnes qu'on souhaite accueillir chez nous ». Mais ce virage droitier, alors qu'il avait longtemps été positionné sur une ligne centriste du gaullisme, ne lui avait pas réussi. Il n'était ainsi pas parvenu à convaincre les militants qui lui ont préféré Valérie Pécresse.

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Concernant l'Europe, celui qui était, encore il y a peu, conseiller spécial d'Éric Ciotti au sein de LR, a salué le discours d'Emmanuel Macron à la Sorbonne le 25 avril dernier. Il s'est ainsi dit en accord avec sa volonté de voir les Vingt-Sept investir davantage dans l'économie, afin de concurrencer les protectionnismes chinois ou américain. Il a néanmoins souligné que son « discours aurait gagné en crédibilité s'il avait été tenu quelques mois plus tôt, hors du contexte électoral. Le fait que le chef de l'État soit suspecté de voler au secours de sa liste enlève de la force au discours ».

«Je ne lui en fais pas le reproche, mais cela nourrit une forme d'ambiguïté, a-t-il pointé, tout en soulignant, auprès de La Tribune,des points communs, sur le fond, avec les priorités des Républicains et de notre candidat, François-Xavier Bellamy, mais aussi des différences. »

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La classe politique déjà sceptique

Son profil est loin de faire l'unanimité au sein de la classe politique. Il présente un avantage certain, dans la mesure où il permet la participation de la droite à une coalition de gouvernement, et ainsi, d'éviter une censure à l'Assemblée, selon un conseiller élyséen.

« Il est très apprécié des députés de droite sans que ce soit un irritant à gauche », a appuyé une ministre démissionnaire qui a échangé avec Michel Barnier, auprès de l'AFP.

Emmanuel Macron « fait du Jurassic Park en permanence, c'est-à-dire aller rechercher des fossiles à qui on essaie de redonner vie », a, néanmoins, taclé de son côté le député Jean-Philippe Tanguy au micro de France inter, avant que la nomination soit confirmée. Il « est non seulement un fossile, mais un fossile fossilisé de la vie politique, tout ce qu'il a pu faire est un échec », a-t-il ajouté, laissant entendre que le RN ne lui laisserait pas sa chance.

Le vice-président du parti, Sébastien Chenu, lui, n'a pas fermé la porte. Tout en soulignant que Michel Barnier « ne fait rêver personne » et que l'ancien commissaire européen est « soumis à la doxa européenne », il a indiqué qu'il « attend de voir » au micro de BFMTV et RMC jeudi matin. « Est-ce que Michel Barnier s'engage sur la proportionnelle ? Pas sûr, car il vient d'une famille, Les Républicains, qui est très hostile à la proportionnelle », a-t-il toutefois alerté.

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Quelques minutes avant la nomination de l'homme politique, le RN avait néanmoins fait savoir qu'il attendrait sa « déclaration de politique générale » avant de se prononcer sur une censure.

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De son côté, la gauche a souligné que le destin d'un gouvernement Barnier dépendrait avant tout de la position du RN. « On sait à la fin qui décide : elle s'appelle Marine Le Pen. C'est à elle que Macron a décidé de se soumettre », a ainsi fustigé la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier au micro de France info.

Pauline Chateau

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