Matignon : interminable, la quête d'un Premier ministre se poursuit
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Depuis le début de la semaine, Emmanuel Macron « teste » les noms envisagés auprès des différentes forces politiques.
REGIS DUVIGNAU
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Depuis le début de la semaine, Emmanuel Macron « teste » les noms envisagés auprès des différentes forces politiques.
REGIS DUVIGNAU
[Article publié le mercredi 04 septembre 2024 à 07h39 et mis à jour à 21h01] A l'Elysée ce mercredi, nouvelle journée de tractations et toujours des questions quant au choix du futur locataire de Matignon. Un profil technique, ou finalement plutôt politique ? Xavier Bertrand ou Bernard Cazeneuve ? Ou un troisième prétendant ? De droite ou de gauche ? Habile ou novice pour trouver des compromis dans une Assemblée nationale fragmentée ?
Une chose est désormais acquise : le nom du nouveau Premier ministre ne sera pas connu ce mercredi soir. « Rien pour ce soir, de ce qui m'est dit », a lâché un cadre de la majorité mercredi, en fin d'après-midi alors qu'une annonce paraissait imminente depuis plusieurs heures.
Longtemps donné favori, Xavier Bertrand semble ne plus avoir les faveurs du Palais. Un conseiller ministériel a fait état d'un « blocage » sur le président LR des Hauts-de-France dont le gouvernement risque d'être censuré d'emblée de jeu par le Rassemblement national et le Nouveau Front populaire.
A droite, après avoir campé sur leur refus de toute participation à un gouvernement ou à une coalition, les dirigeants des Républicains avaient finalement ouvert la porte à l'hypothèse Xavier Bertrand... tout en affirmant qu'elle n'était sans doute pas « viable ». Car le RN s'oppose frontalement au patron des Hauts-de-France, qu'il juge trop hostile à ses idées et ses électeurs.
Ce soir, c'est un autre nom à droite qui ressort : celui de Michel Barnier. Ancien ministre sous Jacques Chirac, négociateur du Brexit pour l'Union européenne, il est apprécié de Laurent Wauquiez, le leader de la droite à l'Assemblée, et pourrait éviter la censure.
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Selon une ministre démissionnaire, l'Elysée a échangé avec lui dans la journée, quant d'autres vantent son profil « moins clivant » et « plus consensuel ». « Il est très apprécié des députés de droite sans que ce soit un irritant à gauche. Si Xavier Bertrand coince vraiment, je ne vois pas d'autres pistes que la sienne », glisse-t-elle.
Autre nom qui a tenu la corde ce mercredi : celui du maire de Cannes, David Lisnard. Le président de l'Association des maires de France (AMF) a fait des offres de services, selon plusieurs sources macronistes, et pourrait bénéficier d'une plus grande bienveillance de la part des députés d'extrême droite. Mais interrogé par Ouest-France, David Lisnard, lui-même, indique ce mercredi : « Je ne pense pas que cette hypothèse se présente. »
Du côté de la gauche, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a jugé, lui, au micro de TF1 qu'il fallait une personnalité de gauche au poste de Premier ministre et qu'à ce titre ce serait « une forme d'anomalie » de choisir Bernard Cazeneuve « le seul homme de gauche qui s'est battu contre le Front populaire ». Pour rappel, le PS a écarté mardi soir, lors d'un bureau national, un soutien inconditionnel à un gouvernement Cazeneuve, refusant de s'engager à ne pas le censurer a priori.
« Qu'importe le nom (du Premier ministre), nous voulons abrogation ou moratoire de la réforme des retraites, hausse des salaires et un budget en augmentation pour investir dans les services publics », a plaidé sur RTL le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel.
Depuis le début de la semaine, ce casting en forme de casse-tête a été riche en rebondissements, fausses pistes ou nouvelles idées. A chaque fois, le président Emmanuel Macron « teste » les noms envisagés auprès des différentes forces politiques, afin d'estimer si un gouvernement dirigé par tel ou tel aurait une chance de ne pas être immédiatement censuré par les députés.
Après avoir fait circuler lundi la piste Thierry Beaudet - un homme inconnu du grand public, qui aurait pu devenir un Premier ministre « technique » - l'Elysée penchait mardi soir « plutôt » pour « une solution politique », selon un proche du président.
A gauche, les Insoumis - qui ont refusé mardi de s'entretenir à nouveau avec le président - continuent d'affirmer qu'ils censureront tout autre Premier ministre que Lucie Castets. Si Emmanuel Macron « pouvait se nommer lui-même et cohabiter avec lui-même, il l'aurait fait », a raillé la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot, en confirmant que ses troupes devaient déposer mardi auprès du bureau de l'Assemblée nationale une motion de destitution du chef de l'Etat, qui « outrepasse ses pouvoirs et plonge le pays dans une crise politique qu'il a lui-même créée ».
Une proposition qui a été signée par 81 députés au total, sur 577, a appris l'AFP du groupe LFI. Six écologistes et trois députés réunionnais proches de LFI se sont joints aux 72 élus insoumis à l'Assemblée nationale pour demander officiellement la destitution (article 68 de la Constitution) du président de la République, du fait de son refus de nommer Lucie Castets à Matignon.
Pour Marine Tondelier, patronne d'EELV, « les Français n'en peuvent plus de ce feuilleton institutionnel à rebondissements ». Elle déplore que les noms présentés par le président « incarnent une forme de continuité du macronisme, là où le pays a besoin de l'inverse ».
Sept semaines après la démission de Gabriel Attal, le président de la République est mis sous pression par le calendrier, avec un budget 2025 qui doit être déposé au Parlement le 1er octobre. À ce sujet, le 20 août dernier, pour « assurer la continuité de l'Etat », le Premier ministre démissionnaire Gabriel Attal a fixé à ses ministres les limites des crédits de leurs ministères pour 2025 dans des « lettres-plafonds », afin qu'ils commencent à préparer leurs budgets.
Tous ministères confondus, ces enveloppes financières reproduisent, à l'euro près pour 2025, les dépenses de 2024 (492 milliards d'euros). Ce qui engendrerait, selon Matignon, une économie d'environ 10 milliards d'euros, rien qu'en ne les indexant pas sur une inflation prévisible autour de 2% l'an prochain. Et ce niveau de dépenses est « réversible », avait précisé Gabriel Attal, puisque le nouveau gouvernement pourra l'adapter à sa guise avant la date limite pour présenter le budget 2025.
À noter : dans ce budget, l'actuel locataire de Matignon a prévu de tailler drastiquement dans le ministère de la Transition écologique (Fonds vert et électrification du parc de véhicules électriques) et celui du Travail (aides à l'apprentissage). Une perspective qui fait grincer des dents les ministres concernés, tout particulièrement Christophe Béchu, à la Transition écologique.
Et pour ne rien arranger, la pression est encore montée d'un cran lundi soir avec une nouvelle alerte de Bercy à propos du déficit de la France. Projeté à 5,1% du produit intérieur brut, le déficit 2024 pourrait, à politique constante, finalement atteindre 5,6% cette année, selon des documents de Bercy envoyés aux élus de la Commission des finances de l'Assemblée nationale.
Pour Bruno Le Maire et Thomas Cazenave, ce dérapage est lié à deux facteurs principaux : une envolée des dépenses des collectivités locales, mais aussi des prévisions de recettes fiscales, qui pourraient ne pas être au rendez-vous, « compte tenu de l'évolution de la composition de la croissance, moins favorable aux recettes fiscales ».
Première conséquence, d'après les ministres de l'Economie et du Budget démissionnaires : le surcroît de dépenses des collectivités pourrait donc « dégrader les comptes 2024 de 16 milliards d'euros » par rapport à la trajectoire de déficit envoyée à Bruxelles au printemps.
Mais quelques heures après la révélation de ces chiffres, plusieurs représentants des collectivités locales françaises se sont s'indignés unanimement de chiffres « démagogiques et faux » de Bercy. Dans un communiqué publié hier soir, l'Association des maires de France (AMF) a ainsi dénonce la situation « désastreuse des comptes de l'État » et souligne en outre que la dette des collectivités « est stable depuis 30 ans voire même en légère diminution, passant de 9% du PIB en 1995 à 8,9 % en 2023 ».
Gabriel Attal, Premier ministre démissionnaire depuis 50 jours et en passe de quitter Matignon, souhaite dans Le Figaro que son successeur « transforme l'essai » des chantiers qu'il n'a pu terminer en raison de la dissolution.
Le nouveau chef de file des députés macronistes entend laisser sur son bureau tous les projets de loi promis. « Ces textes sont prêts, nous avons lancé ces chantiers. C'est désormais au prochain gouvernement qu'il appartiendra de transformer l'essai », affirme Gabriel Attal.
Il cite le projet sur la justice des mineurs, celui sur la « désmicardisation », sur la dite « taxe lapin » que devront payer les patients qui n'honorent pas leurs rendez-vous médicaux, sur le logement et l'augmentation de la part des habitats intermédiaires.
Si le nouveau Premier ministre ne reprenait pas ces projets, il affirme qu'il ne « renoncerait pas à agir » sur ces sujets au Parlement, avec des propositions de loi ou des amendements au projet de loi de Finances.
Alors que la situation politique fait du surplace, Edouard Philippe a choisi, dans une interview accordée au Point, d'ouvrir un nouveau front de son côté en officialisant mardi soir sa candidature à la présidentielle de 2027.
« Je me prépare pour proposer des choses aux Français. Ce que je proposerai sera massif. Les Français décideront », explique notamment le président du parti Horizons et Premier ministre d'Emmanuel Macron de 2017 à 2020. Sur le fond, l'ancien pensionnaire de Matignon évoque en particulier « quatre périls » auxquels la France doit faire face dans la période actuelle : « démocratique », « budgétaire », « l'immobilisme » et « l'ordre public et la sécurité ».
Interrogé par ailleurs sur Matignon et les hypothèses Xavier Bertrand et Bernard Cazeneuve, le maire du Havre répond qu'il soutiendra « tout Premier ministre choisi dans un espace politique qui va de la droite conservatrice à la social-démocratie ». « Tous les partis de gouvernement devraient avoir pour objectif principal de favoriser la stabilisation de la vie politique », exhorte encore dans cette interview Edouard Philippe.
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Un message notamment adressé à son ancienne famille politique des Républicains : « La droite doit s'engager. En refusant de participer à ce bloc central, elle précipite l'ensemble vers la gauche », souligne-t-il.
(Avec AFP)
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