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ÉconomiePrésidentielle 2017

Présidentielle: le Medef présente ses doléances économiques et sociales

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 14 février 2017 à 15:55 - Mis à jour le 14 février 2017 à 16:09

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Le Medef a présenté un "livre bleu" à destination de l'ensemble des candidats à la présidentielle où il résume toutes ses revendications économiques et sociales pour relancer la croissance et rétablir la "confiance" des entreprises.

Cette fois, c'est la bonne. Le Medef entre de plain-pied dans la campagne présidentielle en publiant son « livre bleu » intitulé « Le monde change, changeons la France ». En 170 pages, l'organisation patronale y résume toutes ses revendications à destination des candidats à l'élection présidentielle. Car pour le président de l'organisation, Pierre Gattaz, il ne devrait y avoir qu'un seul mot d'ordre pour le prochain locataire de l'Elysée : « Faire confiance aux entreprises, c'est la clé » et sans la confiance des entreprises , il ne sera pas possible de retrouver le chemin de la croissance. Or, pour le président du Medef, si l'on applique à la lettre les recommandations patronales, une « croissance de 2 à 3% par an serait possible (...). Sans confiance ni croissance, l'économie française a quand même réussi à créer 200.000 emplois » en 2016, alors « si on met un peu de confiance, c'est le mot magique ».

Éducation, fiscalité, simplification...

Articulé autour de « quatre blocs de réformes », l'ouvrage du Medef ne contient pas de réelles surprises. On y retrouve tout le catéchisme patronal récité par son président depuis plusieurs années : réforme du système éducatif, à travers notamment une revalorisation de l'apprentissage ; refonte de tout le modèle économique et social, via, notamment, un allègement du Code du travail ; simplification de toutes les normes administratives ; modification de la fiscalité pour retrouver la compétitivité.

Si l'on rentre un peu plus dans le détail, notamment sur la fiscalité, le Medef veut en fait amplifier le « pacte de responsabilité » décidé il y a trois ans par François Hollande et qui s'est traduit par des allégements fiscaux et sociaux à hauteur de 40 milliards d'euros pour les entreprises. Il revendique ainsi un taux d'impôt sur les sociétés ramené de 33,3% actuellement à 22% en 2020. Pour l'instant le gouvernement prévoit une première étape de baisse à 28%. Il demande aussi la fin de l'ISF et un taux forfaitaire ("flat tax") de 25% sur les revenus de l'épargne. Le Medef veut aussi supprimer sur cinq ans « la plupart des impôts et taxes sur les facteurs de production ».

Amplifier la loi  El Khomri à la puissance dix

Dans le domaine social, là aussi, il n'y a pas de réelles surprises. L'organisation patronale prône une sorte de loi El Khomri à la puissance dix avec un maximum de latitude laissée aux entreprises pour négocier. Elle milite ainsi pour un accroissement du principe de subsidiarité afin de permettre à l'entreprise ou à la branche le soin de définir les modalités les plus adaptées à la réalité économique. La loi resterait seulement garante des grands principes généraux. De même, le Medef veut donner encore plus qu'actuellement l'avantage à l'accord collectif sur le contrat de travail quand il s'agit de l'organisation de l'entreprise. Il veut aussi fusionner toutes les instances de représentation et de négociation - concrètement le comité d'entreprise et les délégués syndicaux seraient fondus dans une seule instance.

S'agissant de la rupture du contrat de travail, on retrouve aussi toutes les vieilles antiennes patronales. Ainsi, reprenant la première version abandonnée de la loi travail, le Medef souhaite plafonner les dommages-intérêts versés par l'entreprise en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse. Il préconise aussi d' élargir le motif économique de licenciement à tous les cas de réorganisation de l'entreprise. Dans le même ordre d'idée, le Medef demande que soit supprimée la présomption d'absence de motif qui pèse sur l'entreprise lorsque les motifs ne sont pas clairement énoncés dans la lettre de licenciement... Là aussi, il s'agit d'une très ancienne revendication.

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S'agissant de la protection sociale,  le Medef a de la suite dans les idées en demandant, par exemple, un recul de l'âge légal de la retraite à 65 ans à l'horizon 2026 et une durée de cotisation portée à 43 ans.

30 milliards d'allègements sociaux supplémentaires

Le Medef veut aussi poursuivre le mouvement de baisse des cotisations sociales patronales, via, notamment, la transformation « en une seule fois » du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) en allègements de cotisations. Il réclame aussi une nouvelle baisse de cotisations de 30 milliards d'euros.

"Les 30 milliards, nous pensons que ça pourrait se financer par deux points de TVA en plus, c'est-à-dire 16 milliards, et le complément par une baisse des dépenses publiques qui peut se faire rapidement mais étalée dans le temps", a précisé Pierre Gattaz qui ne pense pas qu'il y ait un risque de forte augmentation des prix.

D'une façon plus générale, le Medef estime qu'à l'avenir les prestations universelles (famille, minima sociaux, maladie) devraient être financées par l'impôt ou la CSG tandis que les prestations contributives (retraites, assurance chômage, etc.) devraient continuer de reposer sur les cotisations sociales.

Fillon le plus "pragmatique"

Du classique donc. Reste à savoir quel candidat à la préférence du Medef. Pierre Gattaz s'est bien gardé de répondre directement à cette question mais il a été tout de même extrêmement clair en reconnaissant, qu'à ce stade, le programme économique du candidat officiel de la droite François Fillon était "le plus pragmatique", regrettant que les autres candidats ne proposent pas des solutions pour les entreprises. Il a même moqué Benoît Hamon (PS) qui ose dire qu'il « n' y aura plus d'emplois et plus de croissance, alors que des emplois il y en a partout ». Le président du Medef n'a pas non plus caché que le programme économique de Marine Le Pen lui inspirait de « l'inquiétude, avec son idée de recroqueviller la France sur elle-même ».

Quant à Emmanuel Macron, Pierre Gattaz s'est montré dubitatif, estimant « qu'il y avait beaucoup d'oral mais pas beaucoup de programme  et qu'il ne proposait pas beaucoup de choses sur le plan des mesures ».

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On aura donc bien compris vers quel candidat balance le cœur du président du Medef. On pourra sans doute le vérifier fin mars et début avril au cours de trois journées organisées par le Medef et une dizaine d'autres organisations patronales où seront reçus à tour de rôle l'ensemble des candidats à la présidentielle qui seront invités à passer leur « grand oral » économique.

Jean-Christophe Chanut

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