Emmanuelle Auriolle, économiste, François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, Nicolas Dufourcq, directeur général BPI France, Stéphane Pallez, présidente directrice générale de FDJ United, Jean-Louis Girodolle, directeur général de...
Lors de la table ronde « Vers une souveraineté européenne », qui s’est déroulée lors des rencontres d’Aix-en-Provence, les intervenants ont dressé le constat d’une Europe plusieurs fois « colonisée » par la Chine et les Etats-Unis. Et esquissé quelques pistes pour faire émerger une nouvelle forme de puissance.
Le constat est sans appel. Lors de la table-ronde « Vers une souveraineté européenne », ce vendredi 4 juillet aux Rencontres d'Aix-en-Provence, un triste consensus s'est dégagé. « Pour les Européens, la souveraineté est la capacité à agir pour eux-mêmes et à défendre leurs intérêts collectifs en toute autonomie dans un environnement chahuté, y compris à nos frontières », juge l'économiste Emmanuelle Auriol. « Or, beaucoup de verrous ne permettent pas à l'Europe de l'exercer pleinement. »
Trois verrous principaux
Pour être indépendants, nous avons besoin « de produire les choses dont on a besoin sans dépendance critique ; ou faire des stocks, recycler, multiplier les fournisseurs ». Ce n'est pas le cas, dit-elle, prenant l'exemple d'une énergie européenne plus couteuse qu'ailleurs.
« Deuxièmement, on doit maitriser nos technologies, nos données et nos infrastructures ». Là aussi, c'est un échec : « l'Europe souffre de retards technologiques. On est à la traîne dans l'IA, dans le spatial, dans les semi-conducteurs. C'est un enjeu de souveraineté car on dépend d'entreprises étrangères qui peuvent faire la pluie et le beau temps chez nous, comme on le voit en Ukraine. »
Enfin, « on doit être capable de protéger nos citoyens, nos entreprises et institutions », conclut la chercheuse. Or, nous sommes « en train de payer le dividende de la paix - le fait qu'on n'ait pas investi dans la défense de manière durable est aujourd'hui un problème » dit-elle.
Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, ose même des mots plus durs. « On a été totalement colonisés sur la question du digital, par notre faute, par les acteurs américains à la suite d'échecs stratégiques en 2004-2006, qui ont fait que nous n'avons pas créé de grand cloud européen, alors que nous en avions la possibilité », déplore-t-il. « Nous sommes aussi colonisés sur l'industrie par les Chinois, qui ont 35 % de parts de marché mondial dans l'industrie et qui gagnent un point par an. Ils s'expriment comme s'expriment les puissants à notre égard, avec condescendance », commente-t-il.
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