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Maroc : la Banque mondiale montre sa voie pour l’émergence

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 15 mai 2017 à 14:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:27

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Après deux ans d’études, la Banque mondiale a présenté ce 15 mai à Rabat, son rapport sur la situation économique du Maroc ainsi que les perspectives pour les deux prochaines décennies. Selon les auteurs du rapport, le Royaume dispose du potentiel nécessaire pour atteindre à cette échéance l’émergence économique à condition toutefois de mener certaines réformes structurelles afin d’accélérer sa croissance économique et parvenir à un développement humain plus inclusif. Des défis donc et une feuille de...

Des lauriers, mais aussi des alertes et une feuille de route pour l'émergence économique. Ce lundi 15 mai à Rabat, la présentation très attendue d'un rapport élaboré par la Banque mondiale sur «Le Maroc à l'horizon 2020 : investir dans le capital immatériel pour accélérer l'émergence économique», a donné lieu à une véritable passe-d'armes entre les experts de l'institution ainsi que ceux du gouvernement.

«Le Maroc est un pays qui réussit  !», a affirmé d'emblée Jean-Pierre Chauffour, économiste principal à la Banque mondiale et auteur principal du rapport lors de la conférence de presse de présentation du rapport qui a enregistré la participation des représentants du gouvernement, du secteur privé, de la société civile ainsi que ceux du monde académique. Au menu des échanges, les conclusions du rapport qui, d'après la Banque mondiale, est le fruit de deux années de recherches et d'analyses menées en étroite collaboration avec les autorités marocaines et les principaux acteurs intervenant dans le développement. «Il tombe à point nommé, à l'heure où le Maroc entre dans une nouvelle phase de son développement», a souligné en ce sens, Marie-Françoise Marie-Nelly, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte.

«Le Maroc pourra accélérer sa croissance économique et créer des emplois, en particulier pour les jeunes, et rattraper son retard sur les pays développés en investissant dans son capital humain, en modernisant son économie et en améliorant les performances de ses institutions publiques».Banque mondiale

Avancées significatives et défis pour l'avenir

D'après le constat dressé par le rapport, le Maroc a mis en avant avoir enregistré, ces quinze dernières années, «des avancées économiques et sociales importantes». Le document cite entre autres les réformes visant à accroître la productivité, à améliorer le niveau de vie, à créer des emplois et à renforcer les institutions. «Ce processus a été appuyé par la Constitution de 2011 qui appelle à consolider les droits des citoyens marocains, à élargir leurs opportunités et à améliorer le cadre de gouvernance du Royaume» a mis en relief le rapport de la Banque de la Banque mondiale. Toutefois, «le pays devra encore approfondir et intégrer ses réformes sectorielles et de la gouvernance s'il veut stimuler son développement et permettre à son économie de converger avec les pays d'Europe du Sud».

«Le Maroc peut devenir le premier pays émergent d'Afrique du Nord d'ici une génération». Marie Françoise Nelly, expert à la Banque mondiale.

Le Royaume est donc en bonne voie en matière de développement économique pouvant véritablement mettre le pays sur la voie de l'émergence économique à condition toutefois de renforcer certaines réformes afin de tirer pleinement profit de son potentiel. Ainsi, la Banque mondiale estime que si le chômage des jeunes reste particulièrement préoccupant, «le Maroc est à même de créer des emplois et de mener les réformes nécessaires pour améliorer la productivité de son économie et les conditions de vie de sa population». C'est pourquoi les auteurs ont plaidé pour que le pays revoie son modèle économique afin, notamment, «de devenir plus compétitif, d'accroître sa productivité et d'instaurer des conditions équitables pour les investisseurs, quelle que soit leur taille».

Feuille de route pour l'émergence

Afin de parvenir à ce que la Banque mondiale qualifie d'objectif stratégique, le rapport estime que le Maroc devra investir davantage dans son capital humain, et notamment dans deux secteurs cruciaux sur le long terme : l'éducation et la santé. La Banque mondiale évoque même l'impérieuse nécessité d'un «miracle éducatif» afin de créer les conditions idoines pour que « les élèves marocains acquièrent les compétences qui leur permettront de s'intégrer sur un marché du travail plus concurrentiel». En ce sens, le mémorandum préconise de moderniser l'ensemble du système éducatif, en se concentrant sur l'amélioration des performances, de la gouvernance et des résultats. D'autres parts, le document a également estimé que le secteur de la santé a lui aussi besoin d'efforts soutenus si le Maroc veut réduire l'écart entre riches et pauvres et disposer d'un système de santé publique efficient et transparent.

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De manière générale, le rapport considère que, pour faire en sorte que la règle de droit soit mieux appliquée et pour placer les citoyens au cœur du modèle de développement, «il faut commencer par renforcer les institutions et le modèle de gouvernance du pays». Pour les auteurs du document, «les services publics doivent gagner en efficience et rendre davantage de comptes, les citoyens doivent être associés à la prise de décisions, et le respect mutuel, la confiance interpersonnelle et le sens civique doivent être renforcés».

Des débats pour un processus participatif

En dépit des bonnes notes pour le Maroc que fait ressortir le document, il n'a pas manqué de soulever certaines critiques notamment auprès des autorités. «Les autorités marocaines ne peuvent pas totalement adhérer aux conclusions de ce rapport» a rétorqué le ministre en charge des Affaires générales et de la gouvernance, Lahcen Daoudi, qui représentait le gouvernement à la cérémonie de présentation du rapport. Si ce dernier reprend, pour l'essentiel, certains obstacles au développement socio-économique du pays notamment l'inefficience du système éducatif, le gouvernement marocain a mis en avant les avancées enregistrées à la suite de la mise en œuvre de plusieurs stratégies sectorielles qui sont en train de porter la croissance du pays notamment en matière industrielle grâce aux Métiers mondiaux du Maroc (MMM). Ce n'est pas la première fois du reste qu'un représentant du gouvernement s'insurge contre ce rapport de la Banque mondiale qui fait grand bruit au Maroc depuis quelque temps. Il y a quelques jours, le ministre de l'Industrie, du commerce et de l'investissement, Moulay Hafid Elalamy, a fait part de son rejet de certains points évoqués par le document de la Banque mondiale estimant  du reste que l'institution de Bretton Woods peut se tromper sur certains égards comme c'était le cas par le passé.

«Le rapport de la BM ne peut pas avoir l'adhésion totale du gouvernement marocain, surtout sur le plan politique». Lahcen Daoudi, ministre marocain des Affaires générales et de la gouvernance.

Dans un cas comme dans l'autre et loin d'amplifier la polémique, les deux parties ont convenu de continuer à travailler ensemble pour accompagner le développement socio-économique du Maroc, l'un des pays de la région érigés en modèle de réformes structurelles par les principales institutions de Breton Woods notamment la Banque mondiale et le FMI.

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«Cette feuille de route tente de décrire la politique et les conditions économiques à même de doper le potentiel de croissance du Maroc. Mais le plus important, c'est que chaque citoyen ait le sentiment qu'il peut et qu'il doit contribuer au développement de son pays, à rendre les institutions inclusives et à promouvoir des opportunités économiques égales» a tenu à expliquer Jean-Pierre Chauffour. L'objectif au niveau de la Banque mondiale, c'est «un processus consultatif et inclusif qui permette à tous les acteurs de discuter et de s'entendre sur ce qu'ils souhaitent pour leur pays d'ici 2040. Nous espérons que les analyses et les projections présentées dans ce rapport auront au moins contribué à lancer ce débat». Au vu des réactions et des débats qui ont suivi la présentation du rapport, cet objectif premier semble presque atteint même si l'essentiel c'est justement d'enclencher une dynamique participative autour des véritables enjeux de développement du pays. Lors de la présentation des conclusions du rapport et à la suite des débats qui ont suivi, la présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc (GCEM), Meriem Bensalah Chaqroun, s'est d'ailleurs inscrite dans cette dynamique que recommande la Banque mondiale et a plaidé pour «l'émergence d'un Maroc nouveau et d'un nouveau contrat social».

Aboubacar Yacouba Barma

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