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Maroc / Capital immatériel : « Une thérapie de choc est nécessaire pour un miracle éducatif », estime la Banque mondiale

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 21 octobre 2017 à 10:35 - Mis à jour le 21 octobre 2017 à 11:36

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La Banque mondiale vient de publier son mémorandum sur l’évolution de la situation socioéconomique du Maroc ainsi que ses perspectives à l’horizon 2040. Si le Royaume a réalisé d’importants progrès ces dernières années, il lui reste encore du chemin à faire pour prétendre à l’émergence. Selon les auteurs du rapport, c’est en investissant dans son capital immatériel notamment la jeunesse et l’éducation que le Maroc pourrait relever le défi.

C'est un rapport qui tombe à point nommé pour le gouvernement marocain puisqu'il contribuera à enrichir le débat sur les pistes pour un nouvel modèle économique. Un ambitieux chantier auquel s'attellent les autorités depuis les derniers discours du roi Mohammed VI qui a estimé que le modèle économique actuel ne permet pas encore de répondre aux défis sociaux et à réduire les inégalités. En somme malgré une croissance relativement résiliente grâce à la mise en œuvre de stratégie sectorielle dont certains ont fait leur preuve, elle reste encore peu vigoureuse et surtout non inclusive.

C'est le constat dressé par la Banque mondiale dans le mémorandum économique qu'elle vient de publier sur la situation socioéconomique du Maroc et ses perspectives pour les deux prochaines décennies. Sous le titre : « Le Maroc à l'horizon 2040 : Investir dans le capital immatériel pour accélérer l'émergence économique », le rapport expose les réformes de la gouvernance économique susceptibles de faciliter la mise en œuvre d'un scénario ambitieux mais réaliste, capable d'accélérer la croissance économique de manière durable et de réaliser un développement social et humain plus inclusif. « Les progrès réalisés par le Maroc au cours des quinze dernières années sont indéniables, comme l'attestent l'accélération de la croissance économique, l'amélioration du niveau de vie moyen de la population, l'élargissement de l'accès aux services publics de base ou encore le développement considérable des infrastructures» constate le document. Toutefois, si de nombreux indicateurs économiques sont encourageants, le rapport fait ressortir que ce n'est cependant pas le cas de l'intégration économique et sociale des jeunes. Le chômage chez les 25-35 ans représente en effet un défi de taille pour le Maroc car seul un jeune sur deux dans cette tranche d'âge dispose d'un emploi, lequel est par ailleurs souvent informel ou précaire.

Feuille de route

Les grandes lignes du rapport de la Banque mondiale ont été présentées en mai dernier et ont soulevé une vive polémique dans le pays surtout avec les critiques formulées par certains membres du gouvernement. Ce qui n'empêche pas la pertinence du travail qui vise avant tout à enrichir le débat comme l'a fait relever Marie-Françoise Marie-Nelly, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte. « Le rapport est l'aboutissement de deux années de recherches et d'analyses menées en étroite collaboration avec les autorités marocaines et des parties prenantes clés dans le pays. Il tombe à point nommé, à l'heure où le Maroc entre dans une nouvelle phase de son développement. Nous nous réjouissons de contribuer aux efforts que déploie ce pays en direction des objectifs de développement durable » s'est-elle justifiée.

Sur la base de son analyse de la situation, les auteurs du rapport ont ainsi dressé une liste de recettes qui sont de nature à permettre au Maroc de parvenir à une croissance inclusive d'ici à 2040. Il s'agit entre autres d'améliorer les institutions d'appui au bon fonctionnement des marchés ainsi que les services publics, d'investir dans le capital humain mais aussi dans le capital social.

« Cette feuille de route tente de décrire la politique et les conditions économiques à même de doper le potentiel de croissance du Maroc. Mais le plus important, c'est que chaque citoyen ait le sentiment qu'il peut et qu'il doit contribuer au développement de son pays, à rendre les institutions inclusives et à promouvoir des opportunités économiques égales, ainsi que l'égalité entre hommes et femmes et la confiance interpersonnelle, et à bâtir avec confiance l'avenir du Maroc», explique Jean-Pierre Chauffour, économiste principal à la Banque mondiale.

Capital immatériel

Il reste encore donc du chemin à faire pour le Maroc pour accéder au statut de pays émergent. La bonne nouvelle c'est que le Royaume a déjà posé les jalons de son développement avec aujourd'hui, un niveau de vie des marocains comparable à celui des années 1950. « Le pays a engagé des réformes visant à accroître la productivité, à améliorer le niveau de vie, à créer des emplois et à renforcer les institutions » met en évidence le document qui souligne que ce processus a été appuyé par la Constitution de 2011 qui appelle à consolider les droits des citoyens marocains, à élargir leurs opportunités et à améliorer le cadre de gouvernance du Royaume. Le défi d'aujourd'hui pour le royaume, c'est de parvenir à « approfondir et intégrer ses réformes sectorielles et de la gouvernance s'il veut stimuler son développement et permettre à son économie de converger avec les pays d'Europe du Sud ».

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Des solutions existent ainsi que les voies à suivre pour y parvenir fait relever le rapport qui constate par exemple que si le chômage des jeunes reste particulièrement préoccupant, « le Maroc est à même de créer des emplois et de mener les réformes nécessaires pour améliorer la productivité de son économie et les conditions de vie de sa population ». Les auteurs du rapport ont par conséquent et en plus des solutions qui font consensus plaidé également pour une révision de  son modèle économique afin de devenir plus compétitif, d'accroître sa productivité et d'instaurer des conditions équitables pour les investisseurs, quelle que soit leur taille. « Cela permettra au secteur privé de prospérer et de créer des emplois, en particulier pour les jeunes et les femmes » a estimé la Banque mondiale pour qui le vrai enjeu, c'est d'investir dans le capital immatériel notamment l'éducation, où une « thérapie de choc est nécessaire pour un miracle éducatif ».

Aboubacar Yacouba Barma

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