Allemagne : la guerre en Ukraine devrait impacter le PIB de 90 milliards d'euros en 2022 et 2023

Initialement prévue à un niveau de 4%, la croissance du PIB allemand pour 2022 est désormais estimée par l'institut IfW Kiel à à 2,1%. Un coup de frein dans la reprise économique du pays, plombée par la guerre en Ukraine. En France et dans l'ensemble de la zone euro, les prévisions ont également été abaissées.

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Les conséquences du conflit en Ukraine devraient amputer le PIB de « quelque 90 milliards d'euros cette année et l'année prochaine » d'après l’institut IfW Kiel.
Les conséquences du conflit en Ukraine devraient amputer le PIB de « quelque 90 milliards d'euros cette année et l'année prochaine » d'après l’institut IfW Kiel. (Crédits : HANNIBAL HANSCHKE)

Les annonces se suivent et se ressemblent. Après la Banque centrale européenne (BCE) pour la zone euro, la Confédération helvétique pour la Suisse ou encore la Banque de France pour l'Hexagone, c'est au tour de l'institut IfW Kiel de déjà anticiper une baisse des prévisions de croissance pour l'Allemagne.

L'institut économique indépendant a en effet indiqué, ce jeudi 17 mars, que les conséquences du conflit en Ukraine devraient amputer le PIB allemand de « quelque 90 milliards d'euros cette année et l'année prochaine » et « retarder au deuxième semestre le retour au niveau d'avant-Covid » de la première économie européenne. Les économistes, qui prévoyaient jusqu'ici une croissance de 4% cette année, l'ont divisé par deux, à 2,1%. L'IfW s'attend également à une inflation record de 5,8% en 2022.

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L'Allemagne bénéficie « de forts effets de rattrapage » liés à la levée de la plupart des restrictions sanitaires, note néanmoins Stefan Kooths, directeur adjoint de l'IfW. « La guerre pèse sur la conjoncture par la hausse des incertitudes, de nouvelles tensions sur les chaînes d'approvisionnement et une nouvelle hausse des prix des matières premières », notamment l'énergie, explique l'IfW. Dans la branche automobile, pilier de l'industrie et de toute l'économie allemande, le manque de pièces détachées produites en Ukraine a par exemple entraîné des arrêts de la production.

Le gouvernement devrait annoncer une rallonge budgétaire de plusieurs milliards d'euros pour des mesures de soutien de l'économie et à la population, confrontées à la flambée des prix de l'énergie. Pour le moment « nous ne connaissons pas encore les conséquences macroéconomiques de la guerre en Ukraine », a observé mercredi le ministre des Finances Christian Lindner. Le ministre de l'Économie Robert Habeck avait déjà relevé début mars les « importantes répercussions » que les sanctions prises par les Occidentaux contre la Russie ne manqueraient pas d'avoir sur l'économie allemande.

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Confiance en berne en France

La Banque de France a elle aussi dégradé, le 13 mars dernier, ses prévisions macroéconomiques pour 2022 et 2023. Après un fort rebond en 2021 à 7%, la croissance du produit intérieur brut (PIB) tricolore devrait marquer le pas à 3,4% cette année (-0,2 par rapport à décembre dernier) et 2% l'année prochaine (-0,2 point) dans un scénario dit "conventionnel". Ce scénario s'appuie sur des hypothèses arrêtées le 28 février dernier.

Dans un scénario plus "dégradé", la croissance de l'activité pourrait ralentir à 2,8% (-0,8 point) en 2022 et 1,3% en 2023 (-1 point). « Dans ces deux scénarios, les chocs subis par l'économie française sont importants même s'ils s'estompent progressivement à l'horizon 2024 », résument les statisticiens. Le niveau élevé de la croissance au regard du choc s'explique en grande partie par l'acquis de croissance grâce au redressement qui s'est opéré tout au long de l'année 2021.

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La guerre provoque « un choc de prix, d'incertitude et de confiance », a résumé Julien Pouget, chef du département de la conjoncture à l'Insee, lors d'une présentation de la dernière note de conjoncture de l'Institut national de la statistique.

Dans ce document, l'institut a dévoilé les premiers résultats de ses dernières enquêtes sur l'évolution du moral des ménages et du climat des affaires. Réalisées entre le 25 février et le 14 mars, elles montrent une chute des perspectives d'activité des entreprises, en particulier dans l'industrie, la crise attisant l'inflation et les difficultés d'approvisionnement de certaines matières premières. De même, les ménages craignent une baisse du niveau de vie en France et une dégradation de leur situation financière, alors que traditionnellement les enquêtes réalisées juste avant une élection présidentielle sont propices à l'optimisme.

L'Insee se montre prudent sur ses prévisions économiques, et ne se risque plus à anticiper le niveau de la croissance du deuxième trimestre. Elle l'attendait jusqu'ici à 0,6%. Il confirme en revanche sa prévision de croissance de 0,3% pour le premier trimestre, qui reposerait essentiellement sur la reconstitution de leurs stocks par les entreprises, tandis que la consommation des ménages devrait reculer de 0,5% et leur pouvoir d'achat de 1,4%.

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Prévisions à la baisse en Suisse

En raison du conflit en Ukraine, le gouvernement suisse a aussi revu à la baisse sa prévision de croissance du produit intérieur brut pour 2022, à 2,8% (hors événements sportifs), contre un taux de 3% attendu auparavant. Le groupe d'experts de la Confédération helvétique, qui est chargé de réaliser les prévisions conjoncturelles pour le ministère de l'Économie et met à jour ses estimations tous les trois mois, a en revanche maintenu sa prévision à 2% pour 2023 (hors événements sportifs), tout en l'entourant de précautions compte tenu des « gros risques » qui pèsent sur la conjoncture mondiale avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Le conflit « touche cependant une économie suisse qui a déjà retrouvé des couleurs », a-t-il précisé, insistant sur le fait que la conjoncture intérieure se redresse et que le marché du travail suit, lui aussi, « une évolution favorable ». Les conséquences directes de la guerre devraient rester limitées pour la Suisse compte tenu des « interdépendances économiques » plutôt « faibles » avec la Russie et l'Ukraine, a relevé le ministère.

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-0.5% pour la zone euro

La semaine passée, la Banque centrale européenne (BCE) a, elle aussi, taillé dans sa prévision de croissance pour la zone euro, l'abaissant à 3,7% pour 2022 (contre 4,2% auparavant). Sa prévision d'inflation a, au contraire, été remontée à 5,1% (contre 3,2% estimée auparavant).

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a également indiqué qu'il fallait s'attendre à une baisse des « projections de croissance mondiale », sans toutefois avancer de chiffres. Ces derniers seront dévoilés le mois prochain, lors des réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. En janvier, la prévision du FMI avait déjà été ramenée à 4,4% pour 2022, contre 4,9% en octobre et près de 5,9% l'an passé.

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« Sans la forte poussée de croissance après la pandémie, l'économie européenne se contracterait cette année », a par ailleurs indiqué Stefan Kooths, directeur adjoint de l'IfW.

En 2021, les économies européennes ont enregistré de beaux niveaux de croissance, surtout après les plongeons de 2020 à cause du Covid-19. La France a ainsi vu son PIB rebondir de +7%, devant l'Italie (+6,5%), l'Espagne (5%) ou encore l'Allemagne (2,7%).

(Avec AFP)

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Commentaires 3
à écrit le 18/03/2022 à 5:43
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N'importe quoi. L'Allemagne est sortie ruinée, dévastée et dépeuplée des 2 dernières guerres mondiales.

le 18/03/2022 à 9:11
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Le peuple allemand a été rincé et aura fortement payé pour les dégâts causés par son oligarchie qui elle s'est copieusement enrichie grâce au régime nazi tandis que c'est elle qui a installé hitler au pouvoir et pour ça en plus, faire toujours plus d...

à écrit le 17/03/2022 à 15:13
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Pauvres allemands habitués à ce que les guerres en Europe leur rapporte de l'argent et non leur en coûte.

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