Allemagne : Olaf Scholz appelle tous les partis à faire barrage à l'extrême droite
latribune.fr
« L'AfD nuit à l'Allemagne. Elle affaiblit l'économie, elle divise la société et elle ruine la réputation de notre pays », a dit le dirigeant social-démocrate, dans un message posté sur Facebook, qualifiant d'« amers » les résultats des élections.
Après la victoire de l'extrême droite allemande dans deux élections régionales dans l'est du pays, le chancelier Olaf Scholz a appelé, ce lundi, « tous les partis démocratiques » à former « des gouvernements stables sans l'extrême droite. »
[Article publié le lundi 2 septembre à 7h21, mis à jour à 12h05] Olaf Scholz tente de rassembler toute la classe politique allemande pour faire barrage à l'extrême droite.
Alors que Alternative pour l'Allemagne (AfD) a créé dans le pays un « séisme politique à l'est », selon le quotidien Tagesspiegel, le chancelier allemand a appelé ce lundi « tous les partis démocratiques » à former « des gouvernements stables sans l'extrême droite » dans les régions de Thuringe et de Saxe où l'AfD a obtenu des scores records lors d'élections dimanche.
«L'AfD nuit à l'Allemagne. Elle affaiblit l'économie, elle divise la société et elle ruine la réputation de notre pays», a dit le dirigeant social-démocrate, dans un message posté sur Facebook, qualifiant d'«amers» les résultats des élections.
Pour rappel, le parti d'extrême droite revendique désormais la direction de la région de Thuringe après avoir obtenu 32,8% des voix lors de l'élection régionale dimanche. Ni plus ni moins la plus forte victoire électorale d'un parti d'extrême droite en Allemagne, depuis l'après-guerre. Si le nombre de votants n'y représente que 2,5 % de l'électorat allemand, la portée symbolique du scrutin est énorme. « Il n'y aura plus de politique sans l'AfD », a prévenu Tino Chrupalla, le co-président de ce parti anti-migrants, aux positions pro-russes.
Son chef de file en Thuringe, Björn Höcke, l'une des figures les plus radicales de la formation, se dit « prêt à des coopérations », mais aucun autre parti ne veut s'allier avec lui. Dans cette région, qui avait été la première à porter au pouvoir des nazis, en 1932, l'AfD pourrait disposer d'une minorité de blocage, lui permettant notamment d'empêcher la nomination de juges.
Dans un autre länder, la Saxe, l'AfD progresse de 7 points (30,6%) et se place deuxième, derrière les conservateurs de la CDU (31,9%), qui excluent là aussi toute alliance avec l'extrême droite, mais auront du mal à trouver une majorité au parlement régional de Dresde.
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Percée du BSW, un autre parti anti-immigration
Outre l'AfD, les électeurs ont aussi plébiscité le nouveau parti BSW, très virulent contre l'immigration et qui exige l'arrêt des livraisons d'armes à l'Ukraine. Fondé avant les élections autour d'une personnalité de la gauche radicale Sahra Wagenknecht, il obtient 11,8% en Saxe, et 15,8% en Thuringe.
Le mouvement BSW tente de combiner politiques économiques de gauche et conservatisme sur les questions de société, comme l'immigration et l'environnement. Il va se poser en faiseur de rois dans la formation des gouvernements locaux. Son résultat pourrait entraîner des répercussions bien au-delà des frontières régionales, Sahra Wagenknecht exigeant, en échange de toute alliance, que les gouvernements des Länder refusent le déploiement prévu de missiles américains de moyenne portée en Allemagne.
Le SPD enregistre son pire résultat dans un scrutin régional
Les scores de l'extrême droite dans ces régions où elle s'est enracinée ces dix dernières années constituent un nouveau revers pour les trois partis de la coalition au pouvoir, sociaux-démocrates, verts et libéraux, avant les législatives de septembre 2025. Aux élections européennes de juin, ils avaient été sévèrement battus par l'opposition conservatrice et l'extrême droite.
Le SPD d'Olaf Scholz enregistre en Thuringe son pire résultat dans un scrutin régional, avec un score estimé à 6,1%. Il fait également moins bien qu'il y a cinq ans en Saxe, avec 7,3%. De quoi craindre le pire pour l'élection régionale qui se tiendra le 22 septembre dans le Brandebourg, la région autour de Berlin, actuellement dirigée par les sociaux-démocrates.
L'exécutif paie le mécontentement d'une partie de l'opinion publique, nourri par l'inflation ou encore la transition écologique que tente de mettre en place le gouvernement, sous l'impulsion des Verts. Les disputes continuelles au sein de cet attelage tripartite ne font qu'alimenter son impopularité.
Du côté des Verts, ils sortent du parlement régional de Thuringe, n'étant pas parvenus à dépasser le seuil des 5% nécessaires. Ils se maintiennent de peu en Saxe. « C'est une très grande claque pour l'ensemble du gouvernement et particulièrement pour Scholz », a déclaré à l'AFP Marianne Kneuer, professeur de sciences politiques à l'université technique de Dresde.
Une déroute annoncée
A la déroute annoncée par les sondages s'est ajouté l'impact de l'attentat qui a fait trois morts fin août à Solingen (ouest). L'auteur présumé, un réfugié syrien de 26 ans, aurait dû être expulsé, ce qui a relancé le débat sur l'immigration. En réponse, le gouvernement allemand a expulsé vendredi au petit matin 28 Afghans condamnés pour crimes.
Une première depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, et un message de fermeté sur l'immigration avant ces élections régionales. La coalition du chancelier social-démocrate, qui gouverne avec les Verts et les libéraux, avait aussi dit avant l'été étudier la possibilité de reprendre les expulsions de délinquants vers la Syrie, suspendues depuis 2012 en raison de la guerre civile dans ce pays.