Le PIB de l'Allemagne a encore reculé
latribune.fr

Un drapeau allemand flotte devant le batiment du reichstag a berlin, allemagne
JOACHIM HERRMANN
latribune.fr

Un drapeau allemand flotte devant le batiment du reichstag a berlin, allemagne
JOACHIM HERRMANN
L'économie allemande a bel et bien calé au deuxième trimestre. Son produit intérieur brut (PIB) s'est contracté de 0,1% au deuxième trimestre, selon l'estimation définitive publiée ce mardi par Destatis. Ces chiffres confirment une première estimation publiée fin juillet qui avait surpris négativement les prévisionnistes, y compris la Banque fédérale d'Allemagne, qui anticipaient une légère croissance entre avril et juin.
« Le modèle allemand subit les conséquences de la guerre en Ukraine et de l'augmentation des prix de l'énergie », expliquait à La Tribune Christopher Dembik, économiste chez Pictet AM, fin juillet. « Le ralentissement en Chine est aussi un gros bémol pour l'économie allemande », complète-t-il.
Dans le détail, le trimestre dernier, la production du secteur manufacturier a diminué de 0,2%. Le secteur souffre depuis plusieurs trimestres de coûts énergétiques élevés, d'une faible demande intérieure et des difficultés du commerce international dans un contexte géopolitique tendu. La baisse est encore plus significative dans la construction (-3,2%) au sortir d'un hiver doux qui avait donné un coup de pouce au secteur.
Les investissements en équipements - notamment en machines, appareils et véhicules - ont chuté (-4,1%) par rapport au trimestre précédent et dans une moindre mesure dans le bâtiment (-2,0%). Le coût élevé du crédit et l'incertitude politique, alimentée par les divisions internes au sein du gouvernement entre Verts, libéraux et sociaux-démocrates sur la politique budgétaire, freinent notamment la confiance nécessaire pour investir. Le commerce extérieur n'a de son côté pas aidé, les exportations ayant reculé de 0,2% sur le trimestre.
Les dépenses de consommation ont globalement reculé de 0,1%, offrant un tableau contrasté : recul chez les ménages mais progression pour la consommation publique, par rapport au trimestre précédent et en données corrigées des variations saisonnières.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Les difficultés de l'Allemagne sont d'autant plus flagrantes que le reste de l'Europe voit son économie rebondir. La croissance économique de la zone euro a été plus élevée que prévu au deuxième trimestre avec un PIB en hausse de 0,3% par rapport aux trois mois précédents, confirmant son rebond depuis janvier, a annoncé fin juillet Eurostat. Les analystes interrogés par Bloomberg et Factset s'attendaient en moyenne à un léger ralentissement de la croissance à 0,2% entre avril et juin.
Pour rappel, au premier trimestre, la zone euro avait déjà affiché une progression du PIB de 0,3%, s'extirpant de la stagnation enregistrée au deuxième semestre de l'an dernier (0%). Et entre avril et juin, certaines économies européennes ont de nouveau tiré vers le haut la croissance européenne. C'est notamment le cas du PIB espagnol (+0,8% au deuxième trimestre), grâce au dynamisme des exportations et à une consommation des ménages solide.
Quant à la France, le PIB a atteint 0,3%, une hausse plus forte que celle anticipée par l'Insee. L'activité économique a été soutenue par le commerce extérieur et un rebond des investissements des entreprises. Cette première estimation de la croissance est également supérieure à la prévision de l'Insee d'une hausse de 0,1% par rapport au premier trimestre. La Banque de France s'était montrée plus optimiste, avec une anticipation de 0,3% conforme au niveau de croissance effectif.
A quelle échéance l'économie allemande repartira-t-elle? Cela devrait prendre encore un peu de temps. Les derniers indicateurs de confiance des chefs d'entreprise, des investisseurs et des ménages prévoient une seconde moitié d'année difficile.
Le gouvernement allemand prévoit une croissance de 0,3% pour l'ensemble de l'année, bien en deçà des 0,8% attendus par Bruxelles pour la zone euro. L'économiste croit néanmoins que « la plus forte augmentation des salaires réels depuis plus d'une décennie » peut « ouvrir les portefeuilles des consommateurs allemands » sur le reste de l'année, tandis qu'une « petite amélioration des commandes industrielles » pourrait alléger les stocks des entreprises.
Mais les espoirs d'une prochaine reprise tirée par la consommation n'est pas encore gagnée. Le moral des consommateurs en Allemagne devrait nettement retomber en septembre après une embellie en août, l'élan créé cet été par le Championnat d'Europe de football en Allemagne étant vite retombé, selon le baromètre GfK publié ce mardi.
À lire également
En outre, des données peu rassurantes émergent sur « la sécurité de l'emploi », ce qui rend les consommateurs « encore plus pessimistes », observe Rolf Bürkl, expert du GfK. Il en veut pour preuve la « légère augmentation du chômage », de 200.000 personnes sur un an selon l'Agence pour l'emploi, et de celle des « faillites d'entreprises et (des) plans de réduction des effectifs » frappant diverses entreprises du pays.
(Avec AFP)
latribune.fr