Barnier à Bruxelles pour convaincre l'UE de ne pas signer le Mercosur
latribune.fr
« Nous avons besoin de cette union pour discuter, pour nous faire respecter par les autres grandes puissances », a fait valoir le chef du gouvernement français.
Reuters
Barnier à Bruxelles pour convaincre l'UE de ne pas signer le Mercosur
Le Premier ministre français va rencontrer les membres de la Commission européenne, ce mercredi. Il tentera, notamment, de convaincre ses partenaires de ne pas signer l'accord de libre-échange avec les pays d'Amérique du Sud.
[Article publié le mercredi 13 novembre 2024 à 8h11, mis à jour à 13h33] Le Premier ministre français en opération séduction à Bruxelles. Ce mercredi, Michel Barnier rencontrera notamment la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui fait partie de la même famille (PPE, droite) que lui au Parlement européen.
Bruxelles constitue un passage quasi obligé pour tout nouveau Premier ministre français. Mais celui-ci a une longue expérience dans la capitale européenne, et connaît bien la plupart de ses dirigeants, comme le ministre italien des Affaires étrangères et ancien commissaire Antonio Tajani, « un ami » qu'il a revu récemment pour parler immigration. Son entourage cite aussi la présidente du Parlement européen Roberta Metsola, ou les Premiers ministres polonais Donald Tusk, grec Kyriakos Mitsotakis, ou croate Andrej Plenkovic. Il rencontrera aussi Valdis Dombrovskis, vice-président exécutif de la Commission européenne, Paolo Gentiloni, commissaire européen aux Affaires économiques, et Jean-Claude Juncker, ancien président de la Commission.
«Au-delà de la force vitale que nous donne simplement le fait d'être ensemble plutôt que d'être les uns à côté des autres, chacun chez soi (...) nous avons besoin de cette union pour discuter, pour nous faire respecter par les autres grandes puissances», a fait valoir le chef du gouvernement français en commémorant l'Armistice de 1918.
Le Mercosur au menu
Parmi les sujets de discussion, justement, Michel Barnier redira l'opposition de la France à l'accord de libre-échange négocié entre l'UE et les pays du Mercosur, qui pourrait enflammer de nouveau les campagnes françaises. Pour rappel, ce traité de libre-échange, négocié pendant 25 ans avant un premier accord conclu en 2019 mais jamais ratifié, prévoit notamment un quota d'importations de viande bovine latino-américaine de quelque 90.000 100.000 tonnes par an. Les négociations avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie) ont repris ces derniers mois sous l'impulsion de pays européens dont l'Allemagne ou l'Espagne.
« Ce traité n'est pas acceptable, tant pour des raisons écologiques que pour la concurrence déloyale qu'il induit. L'agriculture n'est pas une variable d'ajustement commercial et ne doit jamais [l']être », a rappelé ce mercredi Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, lors d'un point presse après le conseil des ministres. Elle a ainsi assuré que « le Premier ministre mettra évidemment le sujet sur la table lors de sa rencontre avec Ursula von der Leyen cet après-midi [ndlr : mercredi] ».
Une position partagée notamment par Emmanuel Macron. « Le Mercosur, en l'état, n'est pas un traité qui est acceptable», a récemment indiqué le président français. « La France dit non et la France n'est pas seule dans ce refus du Mercosur. Ce qu'il faut obtenir, c'est de quoi exercer notre veto au niveau européen (en ralliant) un maximum de pays » de l'UE, a expliqué de son côté lundi la ministre française de l'Agriculture Annie Genevard.
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Même les parlementaires s'affichent contre. Après une première tribune signée par 200 députés dans Le Figaro le 5 novembre, 600 parlementaires en ont signé une autre ce mardi 12 dans Le Monde, adressée à Ursula van der Leyen.
Les syndicats agricoles français sont eux aussi catégoriquement opposés à la signature de cet accord. Ils ont fait de cette signature « une ligne rouge » à ne pas franchir, alors qu'ils prévoient une amplification de la mobilisation dans les campagnes à partir de la mi-novembre, n'excluant pas d'aller jusqu'à Bruxelles pour le dire.
Bras de fer à Bruxelles
De l'autre côté, l'Allemagne et l'Espagne supportent vivement la signature de l'accord. « Nous avons deux dates clés (...): le sommet du G20 en novembre à Rio de Janeiro, et le sommet du Mercosur en décembre de cette année. Nous allons donc travailler à la réalisation de ce grand projet », a notamment souligné le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez.
Le bras de fer est donc intense entre les Vingt-Sept. Pour bloquer la décision, la France doit réunir une minorité de blocage au sein du Conseil, qui regroupe les Etats membres de l'UE. Or, rien n'est moins sûr. Si la Pologne ou l'Autriche ont régulièrement exprimé leur opposition, c'est insuffisant, car il faut au minimum quatre Etats pour constituer une minorité de blocage. Pourtant, certains à Bruxelles veulent y croire, jugeant que des pays comme l'Italie, l'Irlande ou les Pays-bas peuvent faire pencher la balance.
« Si la ratification du traité devait se faire contre l'avis de la France, ce serait une brèche ouverte dans la confiance que les Français ont dans l'Europe », a averti Sophie Primas, ministre française chargée du Commerce extérieur. Paris veut donc croire que ses intérêts seront pris en compte, même si la pression ne cesse de monter.
Défendre son budget
Michel Barnier défendra à Bruxelles son projet de budget pour 2025 qui prévoit 60 milliards d'euros d'économies afin de commencer à ramener la France dans les clous européens.
Car, pour rappel, la France fait l'objet d'une procédure de l'UE pour déficit excessif, avec six autres pays ayant dépassé l'an dernier la barre de 3% fixée par le Pacte de stabilité. Ils doivent prendre des mesures correctrices, sous peine de sanctions financières.
Et pour cause, la France a vu son déficit public s'envoler à 6,1% du PIB en 2024, contre 4,4% prévu par la loi de finances 2024. Paris est maintenant engagé dans un effort majeur à hauteur de 60 milliards d'euros, pour ramener le déficit à 5% du PIB en 2025. L'actuel gouvernement entend même faire redescendre le déficit public à 2,8% du PIB en 2029.