Les syndicats agricoles promettent un mois de mobilisation
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Moins d'un an après un mouvement national d'ampleur historique, les agriculteurs se remobilisent à partir de lundi.
Yves Herman
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Moins d'un an après un mouvement national d'ampleur historique, les agriculteurs se remobilisent à partir de lundi.
Yves Herman
[Article publié le mercredi 13 novembre 2024 à 10h42, mis à jour à 17h19] Les agriculteurs se remobilisent « à partir de lundi ». Le président de la FNSEA et son homologue des Jeunes Agriculteurs ont lancé ce mercredi un appel national pour « attirer l'attention des pouvoirs publics » et réclamer du « soutien ». Ils ont promis de tenir la mobilisation « jusqu'à mi-décembre » avec des manifestations ponctuelles dans les départements, pour dénoncer des traités de libre-échange, les « contraintes » imposées aux agriculteurs et demander un soutien sur la « question du revenu ».
Cette mobilisation devrait cesser à la mi-décembre « pour ne pas prendre en otage la période de Noël, une période de consommation de nos produits », a déclaré le président de la FNSEA, précisant que la mobilisation pourrait repartir si besoin « en janvier ».
Pour l'heure, les deux syndicats ne prévoient pas de bloquer les autoroutes, comme cela avait été le cas l'hiver dernier. En revanche, « on sera sur les ronds-points et boulevards d'Europe pour dénoncer cette incohérence européenne déclenchée par l'annonce du Mercosur », a promis Pierrick Horel, président du syndicat Jeunes agriculteurs (JA), invité sur RTL.
« Cette mobilisation est là pour exprimer la colère des agriculteurs », a résumé Pierrick Horel, qui précise qu'« on ne veut pas prendre les citoyens français en otage », faisant ainsi écho aux propos d'Arnaud Rousseau, pour qui l'objectif de cette mobilisation n'est ni « de bloquer », ni « d'affamer » la France. Les actions prévues seront détaillées plus tard dans la journée, lors d'une conférence de presse dans l'après-midi.
Les syndicats majoritaires semblent soucieux de ne pas s'aliéner le reste de la population en ayant l'air de défendre des intérêts catégoriels. Ils mettent ainsi en tête de leurs revendications le rejet de l'accord avec le Mercosur, au motif que les Français trouveraient dans leurs assiettes davantage de produits dont ils disent ne pas vouloir - cultivés avec des pesticides interdits dans l'UE, élevés avec des antibiotiques activateurs de croissance.
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Ils comptent dans leur lutte sur la mobilisation de « l'ensemble » des agriculteurs européens contre ce traité, que l'UE semble déterminée à signer d'ici la fin de l'année. Pour rappel, il s'agit d'un accord de libre-échange avec les pays latino-américains du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie). Ce traité, négocié pendant 25 ans avant un premier accord conclu en 2019 mais jamais ratifié, prévoit notamment un quota d'importations de viande bovine latino-américaine de quelque 90.000 100.000 tonnes par an. « Ça paraît peu, mais c'est suffisant pour déstabiliser toute la filière », avertit Céline Imart, eurodéputée française, élue des Républicains et agricultrice. Les négociations entre les deux parties ont repris ces derniers mois, sous l'impulsion de pays européens dont l'Allemagne ou l'Espagne.
L'appel des syndicats majoritaires devrait en tout cas être suivi d'effet. « On fait (ndlr : actuellement) de petites actions symboliques, des petite piqûres de rappel, mais dès que nos travaux sont finis sur le champ, nous reviendrons », a assuré le président du syndicat belge Fugea, Philippe Duvivier. Et d'ajouter : « Nous serons beaucoup plus déterminés, nous bloquerons les frontières, que ce soit avec les Allemands, que ce soit avec le Luxembourgeois, les Allemands et même les Hollandais ».
De leurs côtés, les autres syndicats français conduisent leurs propres actions, sans s'aligner tout à fait sur le calendrier de la FNSEA et des JA. La Coordination rurale, deuxième syndicat représentatif, promet « une révolte agricole » à compter du 19 novembre, avec un « blocage du fret alimentaire ».
Le syndicat minoritaire Confédération paysanne a participé mercredi à plusieurs manifestations contre l'accord de libre-échange entre l'UE et les pays du Mercosur, seul ou avec d'autres organisations. Notamment dans le quartier européen de Bruxelles, devant le ministère français de l'Économie et des Finances à Paris et dans l'Aveyron. « Le but, c'était aussi de sortir un peu avant les autres syndicats pour se différencier et dire qu'on n'est pas contre les normes mais contre le libre-échange et qu'on l'est depuis 25 ans », a expliqué à l'AFP Sascha Vue, coporte-parole de la Confédération paysanne dans le département.
Les agriculteurs peuvent en tout cas déjà compter sur le soutien des interprofessions, à savoir les organisations rassemblant notamment agriculteurs et industriels. Ceux de la viande bovine (Interbev), de la volaille (Anvol), des céréales (Intercéréales) et du sucre (AIBS) ont dit ce mercredi, lors d'une conférence de presse, vouloir « donner plus de force » à ce mouvement, en disant « non » d'une « seule voix » à cet accord.
Les filières affirment qu'elles ne peuvent pas à se battre à armes égales contre les productions latino-américaines. Car le coût du travail y est plus bas et que les pays sud-américains concernés peuvent utiliser des antibiotiques activateurs de croissance et des pesticides interdits dans l'UE.
Sur cinq représentants de ces interprofessions ayant pris la parole, quatre sont des agriculteurs issus des rangs de la FNSEA. L'éleveur bovin et vice-président d'Interbev Patrick Bénézit a appelé à mettre « aux oubliettes le plus rapidement possible » cet « accord d'un autre temps ». « La France doit s'opposer fermement et trouver des alliés » dans l'UE pour être en mesure de peser contre une ratification, a souligné Alain Carré, pour la filière sucre.
C'est justement ce que le Premier ministre Michel Barnier va tenter de faire ce mercredi lors d'un déplacement à Bruxelles. Il rencontrera notamment la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Ce sujet du Mercosur sera « évidemment » sur la table, a assuré la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. Et d'appuyer : « Ce traité n'est pas acceptable, tant pour des raisons écologiques que pour la concurrence déloyale qu'il induit. L'agriculture n'est pas une variable d'ajustement commercial et ne doit jamais [l']être ».
Pour bloquer la décision, la France doit réunir une minorité de blocage au sein du Conseil, qui regroupe les États membres de l'UE. Il faut au minimum quatre États pour la constituer. Or, rien n'est moins sûr. L'Allemagne et l'Espagne poussent de tout leur poids en faveur du traité. Et, si la Pologne ou l'Autriche ont régulièrement exprimé leur opposition, c'est insuffisant. Pourtant, certains à Bruxelles veulent y croire, jugeant que des pays comme l'Italie, l'Irlande ou les Pays-bas peuvent faire pencher la balance.
Pour rappel, les agriculteurs avaient connu des avancées après la mobilisation de l'hiver dernier. Ils avaient obtenu du gouvernement l'abandon de la hausse prévue de la taxe sur le gazole non routier (GNR), carburant des tracteurs, et l'application en juillet de cet avantage fiscal dès la livraison, sans avoir besoin d'en demander le remboursement.
Le gouvernement de Gabriel Attal avait annoncé « 70 engagements » pour le secteur et débloqué des aides d'urgence en soutien de filières en difficulté : 50 millions d'euros pour les élevages touchés par la maladie hémorragique épizootique MHE, 35 millions d'euros pour les exploitations affectées par des inondations et tempêtes, 80 millions d'euros pour la viticulture, 90 millions d'euros pour la filière bio. Avait aussi été annoncée une enveloppe de 150 millions d'euros d'exonérations fiscales pour les éleveurs bovins ainsi qu'un plan de soutien à la filière du blé dur.
Par ailleurs, le projet de loi d'orientation agricole (LOA) votée par l'Assemblée avant la dissolution - et qui reviendra le 14 janvier en séance publique au Sénat - a vu plusieurs demandes de l'alliance majoritaire FNSEA et JA satisfaites.
Ce texte place l'agriculture au rang d'« intérêt général majeur », met en place un guichet unique pour l'installation de nouveaux agriculteurs, facilite la construction de bâtiments d'élevage ou de réserves d'eau, et prévoit une réglementation simplifiée pour les haies.
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Le Premier ministre Michel Barnier a par ailleurs annoncé début octobre la création d'un fonds d'urgence de 75 millions d'euros pour les éleveurs victimes de la fièvre catarrhale ovine de sérotype 3, une nouvelle épizootie, ainsi que des prêts garantis par l'Etat, à des taux réduits. La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a enfin annoncé un « contrôle administratif unique », pour limiter les visites à une par an et par exploitation - hors contrôle fiscal, judiciaire ou du respect des arrêtés sécheresse.
(Avec AFP)
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