SPECIAL EUROPÉENNES - 7/15. Avec un coût entre 650 et 1000 milliards d’euros par an, la transition écologique de l’Europe va nécessiter de gros besoins de financements. Mais certains politiques, à l’image d’Emmanuel Macron, accusent la Banque centrale européenne de freiner les investissements avec son objectif d’inflation de 2%. Faut-il alors changer le mandat de cette dernière ?A quelques jours des élections européennes, le rôle de la Banque centrale européenne est remis sur le devant de la scène... en particulier celui qu'elle doit jouer dans la transition écologique de l'Europe.
Or, pour certains politiques européens, la gardienne de l'euro n'en fait, pour l'instant, pas assez. C'est du moins l'avis d'Emmanuel Macron. Rappelant, lors d'une conférence à La Sorbonne, fin mars que les investissements pour la décarbonation de l'Europe nécessiteront entre « 650 à 1.000 milliards d'euros en plus par an, qu'on ne peut pas remettre à demain », le président français avait pointé l'incompatibilité entre les objectifs monétaires de la BCE et ces financements.
«On ne peut pas avoir une politique monétaire dont l'objectif est uniquement un objectif d'inflation, qui plus est dans un environnement économique où la décarbonation est un facteur de hausse structurelle des prix», avait-il précisé.
Après plus de vingt ans d'existence, l'institution de Francfort a, en effet, gardé pour seule et unique mission « de maintenir la stabilité des prix (avec) un taux d'inflation de 2% à moyen terme », dans ses statuts.
Une transition écologique inflationniste
Or, « la transition écologique sera probablement inflationniste », assure Patrick Artus, conseiller économique de Natixis, interrogé par La Tribune. Entre la taxe carbone qui va augmenter les prix des biens carbonés pour les consommateurs, les financement de capacités massives de production d'énergies renouvelables et les investissements dans des équipements, machines et autres bâtiments moins émetteurs de CO2, le monde de demain devrait être plus cher que celui d'aujourd'hui estiment nombre d'économistes.
Une dynamique qui pousserait alors «la BCE à augmenter ses taux directeurs à chaque fois que l'inflation dépasserait les 2% pendant un certain temps, ce qui augmentera le coût du crédit et donc, par ricochet, des investissements publics et privés dans la transition écologique», explique Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste spécialiste de la politique monétaire et Maîtresse de conférences à l'Université Paris 1.