La BCE met en garde contre la fragilité économique de la zone euro, malgré l'éloignement de la récession
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Luis de Guindos (Photo d'archives)
WOLFGANG RATTAY
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L'incertitude est toujours le maître-mot pour la BCE. Une grave récession économique en zone euro cette année semble moins probable mais les tensions géopolitiques rendent « fragiles » les perspectives sur la stabilité financière, sur fond d'élections majeures à venir, prévient la Banque centrale européenne dans un rapport publié ce jeudi.
« Le risque à court terme d'une profonde récession accompagnée d'une hausse du chômage - une source d'inquiétude majeure il y a six mois - est bien moindre dans la perspective actuelle, et la désinflation s'est poursuivie en parallèle », note le vice-président de la BCE Luis de Guindos en avant-propos du rapport semestriel de l'institution. Ainsi, le mois dernier, la gardienne de l'euro avait affirmé s'attendre à une croissance du PIB (produit intérieur brut), de 0,6% en 2024. A titre de comparaison, la croissance américaine devrait se maintenir à 2,1% en 2024 selon la Réserve fédérale américaine.
Ce contexte renforce les risques de mauvaises surprises économiques et financières et les perspectives restent donc « fragiles » pour la stabilité financière. Les marchés exigent certes des primes de risque réduites à ce jour par rapport aux normes historiques, relève le rapport.
Ce sentiment de calme peut donc « changer rapidement », prévient la BCE, qui met en avant l'environnement géopolitique incertain et la dénommée « évaluation à la perfection » des actifs par les investisseurs, comme si le risque d'accroc majeur était ignoré. Cette situation « crée le potentiel de réactions importantes du marché à des nouvelles décevantes », selon Luis de Guindos.
En juin se tiendra notamment les élections européennes, où les partis d'extrême droite semblent bien positionnés et pourraient donc modifier les politiques européennes dans le cas où ils remporteraient de nombreux sièges.
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Outre-Atlantique, les yeux sont aussi rivés sur les élections américaines qui auront lieu en novembre. Cet affrontement entre Joe Biden et Donald Trump a notamment poussé l'actuel président américain à augmenter les droits de douanes sur certains produits chinois, cette semaine, ce qui pourrait ranimer la guerre commerciale entre les deux puissances et perturber le commerce mondial.
La stabilité financière de la zone euro dépend également de la capacité d'absorption des chocs par différents acteurs économiques. Les ménages et entreprises, de même que les banques, ont dans l'ensemble bien résisté au cycle de taux d'intérêt élevé pour combattre l'inflation, note la BCE. Ce pourrait moins être le cas de grandes sociétés immobilières et des ménages à faible revenu qui sont « plus vulnérables à la hausse des taux d'intérêt », au fur et à mesure que leur dette doit être remboursée.
Cela vaut aussi pour les Etats dont les finances publiques « restent vulnérables aux surprises de croissance négative ». La BCE pointe à cet égard les risques de « dérapage budgétaire » à la lumière d'un programme électoral chargé en 2024-25 tant au niveau national qu'européen, et les « incertitudes autour de la mise en œuvre exacte du nouveau cadre budgétaire de l'UE ».
Le tout pourrait conduire les acteurs du marché à « réévaluer le risque souverain » avec un spectre de la crise de la dette resurgissant en zone euro.
Dans ce constat de croissance faible et d'inflation proche de son objectif de 2%, l'institution de Francfort prévoit de réduire ses taux directeurs - actuellement situés entre 4% et 4,75% - dans les prochains mois. Selon le compte-rendu d'une réunion parue ce vendredi, la Banque centrale européenne (BCE) a jugé « plausible » en avril de commencer à baisser ses taux directeurs en juin.
En avril déjà, sa présidente, Christine Lagarde avait, en effet, annoncé pour la première fois lors d'une conférence post-réunion que « si l'évaluation actualisée par le Conseil des gouverneurs (...) devait renforcer encore sa confiance dans la convergence durable de l'inflation vers l'objectif, il serait approprié de réduire le niveau actuel de restriction de la politique monétaire ». Alors qu'elle estimait encore, lors de sa conférence de début mars, que « nous progressons bien vers notre objectif d'inflation », la banquière centrale avait néanmoins reconnu ne pas disposer «de toutes les informations pertinentes ». « En agissant ainsi, nous risquerions d'ajuster notre politique trop tardivement », avait-elle ajouté.
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La directrice du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva reste prudente pour l'économie mondiale malgré l'espoir d'un atterrissage en douceur, a-t-elle affirmé lors d'une conférence lundi à Zurich. « L'inflation est sur le déclin » et de nombreuses banques centrales « sont en train de faire des plans pour réduire leurs taux d'intérêts (ou) ont commencé à les réduire », a-t-elle expliqué lors d'une conférence aux côtés de Thomas Jordan, président de la Banque nationale suisse (BNS) qui a abaissé son taux d'intérêt de référence d'un quart de point mi-mars.
Et on entend le terme « atterrissage en douceur » resurgir, ce qui est « le dénouement probable cette année », a-t-elle poursuivi. « Mais accrochez vos ceintures car nous n'avons pas encore tout à fait atterri », a-t-elle ajouté. « L'inflation est en baisse mais elle n'est pas éliminée », a-t-elle argumenté lors de cette conférence organisée par l'Institut suisse de recherches internationales à l'Université de Zurich.
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