Brexit : le scénario noir d'un "no deal" pour les exportations européennes

Le manque à gagner pour les entreprises exportatrices européennes serait de l'ordre de 33 milliards d'euros selon une récente étude de l'assureur-crédit Euler Hermes. Pour la France, les pertes sont estimées à 3,6 milliards d'euros.
Grégoire Normand
La note serait bien moins lourde en cas de soft Brexit, avec un manque à gagner pour les exportateurs européens estimé à -18 milliards d'euros en un an explique Euler Hermes.
"La note serait bien moins lourde en cas de soft Brexit, avec un manque à gagner pour les exportateurs européens estimé à -18 milliards d'euros en un an" explique Euler Hermes. (Crédits : Reuters)

Les nuages s'amoncellent au-dessus de la Manche. Alors que l'échéance approche à grand pas, les négociations se sont à nouveau envenimées la semaine dernière entre les négociateurs lors d'un sommet européen à Bruxelles. Les 27 pays de l'UE ont exigé des concessions de Londres pour arriver à un accord de libre-échange à temps pour l'appliquer l'année prochaine, quand les règles européennes cesseront de s'appliquer au Royaume-Uni. De son côté, le Premier ministre Boris Johnson a alors déclaré les pourparlers "terminés" et demandé aux Britanniques de se préparer à un "no deal", une perspective potentiellement dévastatrice pour des économies déjà ébranlées par la pandémie de Covid-19. Dans ce contexte dégradé, les économistes d'Euler Hermes dans une récente étude évaluent qu'un Brexit sans accord pourrait faire baisser les exportations européennes de 33 milliards d'euros environ dès la première année de sortie du Royaume des traités commerciaux européens. "Même si le Royaume-Uni a baissé ses tarifs à l'organisation mondiale du commerce (OMC), la hausse des barrières non-tarifaires et la dépréciation de la livre pourraient avoir de fortes répercussions sur les échanges entre le Royaume-Uni et les pays de l'Union européenne" a expliqué la directrice de la recherche macroéconomique chez Euler Hermes, Ana Boata, interrogée par La Tribune.

L'Allemagne, les Pays-Bas et la France en première ligne

Parmi les pays les plus touchés par un "hard Brexit", arrive en premier lieu l'Allemagne avec des pertes estimées à 8,2 milliards d'euros sur une année et 4,215 milliards dans le cadre d'un "soft Brexit". Sans surprise, l'industrie allemande qui est un poids lourd dans les échanges avec le Royaume-Uni, devrait subir de lourdes pertes, notamment dans le matériel de transport, les machines et équipements électriques ou encore les produits chimiques. En outre, l'appareil productif germanique est fortement intégré aux échanges mondiaux et reste très exposé aux soubresauts du commerce mondial. La mise en oeuvre de nouvelles barrières tarifaires et non-tarifaires pourrait venir déstabiliser le circuit des échanges.

Les Pays-Bas arrivent en seconde position sur le podium des pays les plus exposés. Avec un divorce sans accord, les entreprises exportatrices pourraient perdre environ 4,82 milliards d'euros et 2,57 milliards avec un accord. Les ventes de machines et équipements électriques, de produits chimiques et de produits minéraux seraient particulièrement affectés.

La France arrive en troisième position des pays les plus touchés en cas de Brexit dur. Les pertes pour les entreprises exportatrices sont évaluées à 3,6 milliards d'euros et 1,9 milliard d'euros dans le cadre d'un Brexit souple. "L'Allemagne a déjà beaucoup perdu depuis le référendum en 2016. La France s'en sort mieux grâce au stock de contingences. Elle limite la casse grâce à l'agroalimentaire par exemple" explique Ana Boata.

Le scénario noir d'un Brexit sans accord pour le Royaume-Uni

Du côté du Royaume-Uni, les perspectives économiques s'annoncent bien sombres. Selon les calculs des économistes d'Euler Hermes, la récession économique pourrait se prolonger en cas de "hard brexit" avec un PIB à -10,9% en 2020 et -4,8% en 2021. Les exportations pourraient connaître une chute spectaculaire (-13,8%) l'année prochaine si ce scénario se confirme. "Avec une sortie dure, la crise risque de mettre encore plus de temps à se résorber. Une sortie dure en plus du Covid-19 pourrait plonger l'économie du Royaume-Uni en récession" ajoute Ana Boata. La recrudescence de l'épidémie et le renforcement des mesures de restriction pèsent sur les chances d'un rebond rapide de l'activité. "On s'attend à une croissance négative au 4eme trimestre avec les mesures de restriction mises en oeuvre au Royaume-Uni" ajoute-t-elle.

L'incertitude des barrières non tarifaires

Après plusieurs décennies de libre-échange, les pays de l'Union européenne s'interrogent sur l'impact des barrières non tarifaires sur les échanges de biens et services. "La principale incertitude repose sur les barrières non tarifaires. Cette incertitude a un impact [...] La mise en place de barrières non-tarifaires, avec la hausse des procédures administratives et des télédéclarations, peut avoir des conséquences sur le coût des intrants. Le temps de transport de marchandises s'allonge et cela peut avoir des répercussions sur les chaînes de valeur. Tout va dépendre de la technologie mise en oeuvre au passage des frontières et de la nature de l'accord conclu" déclare l'économiste. Même si le gouvernement français tente de rassurer les transporteurs et les entreprises qui réalisent des échanges avec nos voisins outre-Manche, les difficultés rencontrées en début d'année 2020 pourraient à nouveau s'amplifier si le divorce ne se règle pas à l'amiable. En outre, "cette sortie arrive dans un contexte sanitaire très dégradé. Il y a des compromis des deux côtés. Les discours alarmistes au Royaume-Uni, dans la distribution par exemple, incitent à des compromis" conclue-t-elle. Pour le gouvernement britannique, la sortie de crise s'annonce périlleuse.

Grégoire Normand

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Commentaires 25
à écrit le 22/10/2020 à 19:29
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et 90 milliards de pertes pour la GB!...à qui s' appliquera en plus des droits de douane 5-30% pour entrer sur le continent.. étonnant que vous n' en parlez pas! si la compensation de l' euro quitte Londres ( un comble qu' elle y soit vu que la ...

le 22/10/2020 à 22:01
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Et l' UE qui coure après la City qui affiche un e santé insolente, ça vous dit qqe chose ?

à écrit le 22/10/2020 à 19:26
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et 90 milliards de pertes pour la GB!...à qui s' appliquera en plus des droits de douane 5-30% pour entrer sur le continent.. étonnant que vous n' en parlez pas!

à écrit le 22/10/2020 à 10:14
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L'UE a "ses membres" attachés dans le dos par un dogme, ce qui ne lui permet pas de s'adapter et de ne voir qu'un avenir sombre!

à écrit le 22/10/2020 à 9:33
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"Le manque à gagner pour les entreprises exportatrices européennes serait de l'ordre de 33 milliards d'euros" Bah ils s'en foutent nos dirigeants européens que l'argent vienne d'europe, des états unis ou de chine tant qu'il tombe en grand quantit...

à écrit le 22/10/2020 à 8:35
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Les européens courent après la GB et ils ont bien raison . Le problème frontalier est a leur détriment , ils s en apercoivent , et comprennent qu ils n auront plus la main de fer , contre ceux qui les copieront à l avenir . Quid du transport ibéri...

à écrit le 21/10/2020 à 22:00
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Une majorité de Français se déclare favorable au protectionnisme, selon un sondage OpinionWay pour le Printemps de l'économie et l'Inseec U. Un chiffre en forte augmentation depuis la crise du Covid-19 et il s’agit là d’une tendance de fond qui pour...

à écrit le 21/10/2020 à 13:57
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Pas d'accord veux mieux qu'un mauvais accord, surtout pour l'Europe ! les Anglais n'ont fait qu'affaiblir l'Union, en l'exploitant uniquement pour leurs interrêts. Saluons le courage des négociateurs Européens qui refusent de se prostituer devant le...

à écrit le 21/10/2020 à 13:50
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Il est grand temps que cette comédie cesse. Chacun poursuivant son chemin sans accord ne sera pas un drame. Les conséquences d'une absence d'accord de libre échange seront une goutte d'eau comparées à celles induites par la pandémie. Les grands pe...

à écrit le 21/10/2020 à 13:24
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Et de l'autre côté 'du' Manche :-) "Le manque à gagner pour les entreprises exportatrices GB serait de l'ordre de" ? C'est plus élevé pour 27 pays qu'un seul mais ça va poser des problèmes aussi en Grande-Bretagne, j'imagine. Déjà de dépendre des im...

à écrit le 21/10/2020 à 13:07
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La Grande Bretagne « un petit pays «  ???? Il va falloir retourner en classe !

à écrit le 21/10/2020 à 12:17
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sur le papier , la France s'en tire toujours mieux que l'Allemagne et autres pays européens majeurs .pourtant la réalité nous est presque toujours défavorable . qu'en sera t'il avec le Brexit avec ou sans accord ?

à écrit le 21/10/2020 à 11:16
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C'est du terrorisme intellectuel que vous rajouter a tout les déboires que subissent les peuples européens par le simple fait d'une administrations a Bruxelles! Soyez optimiste que diable! Et sortez de votre dogme pour mieux vous adapter!

à écrit le 21/10/2020 à 11:04
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Et soudain on comprend pourquoi le Brexit est une catastrophe, pas pour les British mais bien pour les continentaux du 4ème Reich

le 21/10/2020 à 19:44
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Étonnant que les journalistes et les commentateurs ne mettent pas en face ce que va perdre le royaume uni : 90 milliards d export sur lequel des taxes de 15 a 30 %vont s appliquer

à écrit le 21/10/2020 à 10:45
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Depuis le début on nous explique qu'on va punir les britanniques pour avoir décidé démocratiquement de sortir de l'union. Ensuite, on s'est rendu compre que ce petit pays désormais seul et qui selon la théologie européiste ne pouvait pas s'en sortir...

le 21/10/2020 à 11:09
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La GB sera plus pénalisée avec une sorties ans accord : baisse du PIB, de la livre et hausse de l'inflation. La France sera moins touchée que l'Allemagne et les Pays-Bas sur les exportations. L'UE est unie derrière Barnier dans les négociations. Sans...

le 21/10/2020 à 13:11
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La Grande Bretagne «  Un petit pays «  ??? Il va falloir retourner en classe !

le 21/10/2020 à 13:58
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cher marc, les flux de biens et services sont connus depuis le début de cette histoire. Il y a plus de flux depuis l'UE vers l'Angleterre que l'inverse, notamment les exportations allemandes qui sont plus importantes que les importations de biens...

le 21/10/2020 à 18:22
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Entièrement d'accord avec septic : qui de mieux placés que nous, français, pour savoir que les anglais ont toujours été de redoutables négociateurs, de tous temps, contrairement à nous ( à la seule exception notable lorsqu'il s'agit des renégociati...

à écrit le 21/10/2020 à 10:44
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Alors ça ça m'étonnerait hein ! Notre classe politico-affairiste européenne nous affirme depuis des années maintenant que ce sont les anglais qui vont tout perdre et pas nous !

à écrit le 21/10/2020 à 9:47
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Si dès le début du processus, la France et d'autres européens n'avaient pas tout fait pour "pourrir" la décision du peuple britannique, on n'en serait pas là. La peur de l'effet domino a conduit à penser que les anglais n'iraient pas jusqu'au bout, ...

le 21/10/2020 à 11:29
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cher monsieur c est les britanniques qui ont choisi pas nous et bon depuis qu ils nous pourrissent l union depuis des décennies remettons les pendules a l heure

le 21/10/2020 à 12:03
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Calamar, C'est faire insulte aus anglais que de croire que le vieux continent peut influer sur leurs décisions. Ils n'ont eu besoin d'aucun activisme étranger pour se mettre dans cette situation. Le "pourrissement" est largement dû aux démagogue...

le 21/10/2020 à 12:06
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Calamar, C'est faire insulte aux anglais que de croire que le vieux continent peut influer sur leurs décisions. Ils n'ont eu besoin d'aucun activisme étranger pour se mettre dans cette situation. Le "pourrissement" est largement dû aux démagogue...

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