Coronavirus : pourquoi l'Allemagne se prépare à la récession

 |   |  725  mots
(Crédits : POOL New)
Le Produit intérieur brut allemand du premier trimestre, publié vendredi, devrait donner un avant-goût du choc infligé par la pandémie de coronavirus à la première économie européenne, avant un plongeon bien plus brutal au printemps.

Même en débutant mi-mars, peu avant la fin du trimestre, les mesures de restriction suffisent à déprimer l'activité: les experts cités par l'outil d'analyse financière Factset prévoient une chute de 2,1% de l'économie allemande sur cette période par rapport au trimestre précédent, et de 2,5% sur un an, du jamais vu depuis la crise financière de 2008. Comme l'ensemble des pays européens, l'économie allemande a subi un choc multiforme, puisque le confinement décrété face à la crise sanitaire a paralysé la production de nombreux secteurs, fortement ralenti les échanges et bridé la consommation.

Et le deuxième trimestre, entre début avril et fin juin, devrait connaître un plongeon de 10% du PIB allemand sur un an, inédit depuis cinquante ans, selon des projections communes des principaux instituts économiques publiées début avril. L'espoir d'un rebond rapide après quelques semaines de ralentissement s'est dissipé et, malgré l'assouplissement des restrictions en mai, la pandémie devrait peser sur l'économie tout au long de l'année.

Pour 2020, le gouvernement allemand prévoit une récession de 6,3%, la plus forte depuis le début des calculs en 1970. Et la pandémie devrait amputer de près de 100 milliards d'euros les recettes fiscales par rapport à la précédente prévision d'octobre, a précisé jeudi le ministre des Finances.

Lire aussi : COVID-19 : comment l'Allemagne et les Allemands gèrent la crise économique

Industrie en souffrance

"Après dix ans de croissance, les conséquences de la pandémie" posent "un grand défi économique et politique", a déclaré fin avril le ministre de l'Economie Peter Altmaier. L'industrie exportatrice, pilier du modèle économique allemand, est particulièrement en souffrance, après avoir déjà été plombée en 2019 par les tensions commerciales et les inquiétudes liées au Brexit.

En mars, la production industrielle a reculé de 9,2% sur un mois, du jamais vu depuis 1991, selon l'office fédéral des statistiques Destatis. Le secteur automobile est sinistré: les immatriculations se sont effondrées en mars de 37,7% sur un an, la pire chute depuis 30 ans. En avril, l'Allemagne a produit 97% de voitures en moins sur un an. Les conglomérats industriels sont également à la peine, Thyssenkrupp et Siemens ayant vu un fort recul de leurs résultats nets en début d'année, victimes d'une baisse de la demande dans de nombreux secteurs clients, dont l'automobile.

Lire aussi : Covid-19 : pourquoi le taux de mortalité en Allemagne est l'un des plus faibles au monde ?

La compagnie allemande Lufthansa, premier groupe européen aérien, perd actuellement un million d'euros "par heure" à cause de la chute du trafic aérien, quand le numéro 1 mondial du tourisme TUI, s'apprête à supprimer 8.000 emplois.

Quel rebond ?

Avec la réouverture en mai des magasins et de nombre de lieux publics, l'objectif est désormais d'accélérer la relance économique. Berlin prévoit un rebond dès 2021, avec une croissance attendue de 5,2%, espérant renouer en 2022 avec les niveaux de production de 2019. "L'Allemagne sortira de la crise plus rapidement et plus vigoureusement que les autres pays occidentaux", car elle a "dépensé plus d'argent pour sauver son économie", et a été "moins touchée" par le virus, prédit Carsten Brzeski, de la banque ING.

Pour faire face à la crise, Berlin a tourné le dos à la rigueur budgétaire, adoptant un plan ambitieux de garanties publiques de prêts et d'aides directes aux entreprises, représentant un volume de 1.100 milliards d'euros. Mais l'économie "ne pourra reprendre que si les principaux partenaires commerciaux" de l'Allemagne, dont "ses voisins européens", la Chine et les Etats-Unis, "renouent avec la croissance", souligne Jens-Oliver Niklash, économiste pour la banque LBBW.

Une condition d'autant plus délicate à remplir que le coronavirus attise les tensions sino-américaines, qui pourraient, comme en 2019, plomber le commerce mondial, et l'activité de l'industrie exportatrice allemande. L'Allemagne est d'ailleurs "structurellement plus faible" qu'il y a dix ans, lors de la "crise de 2008-2009", estime Carsten Brzeski. Avant même la pandémie, le PIB n'a progressé que de 0,6% en 2019, freiné par les difficultés de l'industrie. Signe des incertitudes de la reprise, le constructeur Volkswagen a annoncé mercredi interrompre pour quelques jours certaines lignes de montage, tout juste rouvertes en mai, en raison d'une faible demande automobile.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 17/05/2020 à 16:27 :
Je pense que pas mal de commentaires sur ce sujet doivent etre pris au moins au ......3eme degré!
Quand je lis que l'Allemagne est au plus mal ,et que bientot la France devra venir l'aider , je souris ....pour etre gentil ..
a écrit le 16/05/2020 à 18:15 :
Dissolution de l Europe purement et simplement une arnaque pour les contribuables les député européen de la magouille ils sert Arian l Europe aux frontières naturelles
a écrit le 15/05/2020 à 15:22 :
Je pense qu'en France on est moins mal lotis qu'en Allemagne, notre activité est très diversifiée, parfois bringueballantes mais quand 1 plonge l'autre réagit, la France se relèvera bien plus vite.
a écrit le 15/05/2020 à 15:14 :
"un grand défi économique et politique"

Politiciens français et allemands, les mêmes grandes phrases pleines de vide ah moins comme je le soupçonne de plus en plus qu'ils se parlent à eux-mêmes, cherchant un courage qu'ils n'ont jamais eu et n'aurons probablement jamais.
a écrit le 15/05/2020 à 13:06 :
A la vitesse où évoluent les choses, les grandes économies européennes Espagne, Italie , France doivent se préparer à aider l´Allemagne ou alors lui conseiller le Dexit...
Réponse de le 15/05/2020 à 13:22 :
Fantasmer. Vous verrez bien qui en 2022 aura récupéré le plus vite et avec le moins de dégâts.
Curieux tous ces gens qui il y a encore quelques années citaient l'Allemagne comme le pays à suivre, et qui maintenant, passent leur temps à la critiquer. Mais on n'était pas sur le même quinquennat.

O,n était sur le quinquennat où il fallait absolument réduire le déficit laissait par d'autres, quitte à casser la croissance.
Réponse de le 15/05/2020 à 14:58 :
"Curieux tous ces gens qui il y a encore quelques années citaient l'Allemagne comme le pays à suivre, et qui maintenant, passent leur temps à la critiquer. "

Ah moi jamais hein ! Promis !
a écrit le 15/05/2020 à 12:49 :
L'Allemagne a beaucoup perdu de sa superbe économique des années 70/80 sous parapluie Américain , ils avaient le meilleurs pouvoir d'achat d' Europe, d'ailleurs leurs vacanciers envahissaient nos plages et celles de l'Espagne presque plus nombreux que nos propres résidents . C'est la descente aux enfers malgré son industrie de pointe mais ne correspondant au marché des prix bas .
a écrit le 15/05/2020 à 11:11 :
et on a encore rien vu à l est de l Allemagne, grand sous-traitant industriel à bas cout de la grande allemagne, et de la france pour ce qui est de l automobile
a écrit le 15/05/2020 à 10:35 :
l'Allemagne était déjà quasiment en récession fin 2019, malgré l'effort d'investissement public de ces dernières années. la production automobile a largement plongé depuis 2017 (VDA ; Bloomberg, 09/2019). avec cette crise, cela devrait être encore plus dur pour les pays dépendant de la demande extérieure. l'Allemagne doit impérativement se rééquilibrer. il faut qu'elle arrête d'être un boulet. la France ne peut pas continuer à soutenir l'Eurozone/l'UE toute seule.
a écrit le 15/05/2020 à 10:07 :
Il y a longtemps que l'Allemagne est le malade de l'Europe sous des airs de bonne santé apparente. Tributaire de ses exportations vers la Chine et les USA, elle profite au maximum du marché Européen par sa position centrale et surtout par l'exploitation des travailleurs de l'Est. La machine est enrayée sur le terrain des exportations, les surcapacités deviennent évidentes, avec toutes les conséquences qui en découlent, dont les moindres ne seront pas celles sur les frontières Est.
a écrit le 15/05/2020 à 10:03 :
2.5%, a comparer aux 8% de la france pour commencer, peut etre 12...
et avec des marges de manoeuvre sans commune mesure
Réponse de le 15/05/2020 à 11:37 :
Vous comparez un chiffre trimestriel allemand avec un chiffre annuel pou la France.
a écrit le 15/05/2020 à 9:56 :
Si frau merkel cale, le reste de "l'union" va se trouver mal.
De Gaulle ne s'etait pas trompe au sujet de ce projet. Les taxes et impots vont pleuvoir.
a écrit le 15/05/2020 à 9:56 :
" L'Allemagne est d'ailleurs "structurellement plus faible" qu'il y a dix ans, lors de la "crise de 2008-2009"

Ces gens qui guident l'UE qui s'écroule, ne changeons surtout pas une équipe qui perd.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :