Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a alerté sur cette menace alors que Donald Trump, qui sera investi lundi, prévoit d'imposer des surtaxes douanières de 10 à 20% sur tous les produits étrangers à destination des Etats-Unis.
Les menaces de droits de douane que ne cesse de proférer Donald Trump inquiètent au plus haut point en Europe. Si bien que, pour la Banque centrale européenne (BCE), une guerre commerciale avec les Etats-Unis « est très probable » sous la présidence du nouveau chef d'Etat dont l'investiture est prévue lundi.
Les droits de douane ont joué « un rôle central dans la communication de Donald Trump », par conséquent, « il est très probable qu'une guerre commerciale éclate », a ainsi déclaré Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, dans un entretien sur la chaîne Youtube du site allemand de conseil financier Finanztip.
Avant même son retour au pouvoir, Donald Trump a promis d'imposer, dès son arrivée à la Maison Blanche, des surtaxes douanières de 10 à 20% sur tous les produits étrangers à destination des Etats-Unis. Elles s'élèveront même à 25% sur tous ceux en provenance du Mexique et du Canada, le républicain invoquant la lutte contre l'entrée de drogues et de migrants. La Chine, qui avait déjà été ciblée lors de son premier mandat, pourrait également voir ses taxes augmenter de 10%.
Quant à la zone euro, elle est également dans le viseur du milliardaire, notamment l'Allemagne qui détient l'excédent commercial le plus élevé avec les Etats-Unis. « J'ai dit à l'Union européenne qu'elle devait combler son énorme déficit avec les États-Unis en achetant à grande échelle notre pétrole et notre gaz », écrivait-il dans un message sur son réseau social Truth, mi-décembre, menaçant : « Sinon, ce sont les TARIFS DOUANIERS jusqu'au bout !!! ». Les importations américaines de biens en provenance de l'UE s'élevaient à 553,3 milliards de dollars (533,17 milliards d'euros) en 2022, tandis que les exportations des Etats-Unis vers les Vingt-Sept représentaient 350,8 milliards de dollars (338,04 milliards d'euros), selon les chiffres américains. Soit un déficit commercial de 202,5 milliards de dollars (195,13 milliards d'euros) entre les États-Unis et l'Europe.
Le vin, déjà ciblé pendant le premier mandat de Trump
La France serait particulièrement impactée, les Etats-Unis étant le quatrième client de l'Hexagone selon les chiffres de 2023. Selon une note du Cepii, une telle décision de Donald Trump ferait baisser les exportations françaises « de 0,5% et son PIB de 0,1% ».
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D'autant que cette menace ravive de mauvais souvenir, en particulier pour le secteur des vins français. En 2020, dans le cadre du litige de longue date entre Airbus et Boeing, il avait, en effet, annoncé des droits de douane supplémentaires de 25% sur des produits européens, notamment les vins (hors vins effervescents comme le champagne) et cognacs.
Depuis 2019 déjà, les États-Unis imposaient un droit de douane de cette ampleur sur les vins tranquilles de moins de 14 degrés, vendus en contenants de moins de deux litres. Une taxe qui avait ainsi été étendue un an plus tard à l'ensemble des vins tranquilles, y compris en vrac, et aux spiritueux à base de vin, comme le cognac. Le manque à gagner pour la filière française était alors estimé à 600 millions d'euros.
Mais en 2021, après l'arrivée au pouvoir de Joe Biden, un sommet entre l'UE et les États-Unis avait abouti à la suspension pour cinq ans de ces sanctions tarifaires.
Un répit qui pourrait donc prendre fin et aboutir à des mesures de rétorsion de la part de l'UE, prévient Isabel Schnabel, le tout conduisant à « une augmentation des prix à l'importation ».
Dans l'immédiat, l'incertitude actuelle est « un poison pour la conjoncture » en freinant la consommation et l'investissement, a-t-elle regretté. En règle générale, les droits de douane entraînent des pertes de prospérité à l'échelle mondiale, selon la banquière centrale : si la mondialisation a apporté des gains importants de richesse à l'Europe, « il est possible que nous devions désormais nous préparer à voir au moins une partie de ces gains s'inverser », a-t-elle déclaré à Finanztip.