Un an de Brexit : la City recrute à tour de bras, les échanges commerciaux avec l'UE au ralenti

Un an après le divorce entre l'Union européenne et le Royaume-Uni, leurs échanges commerciaux ont du plomb dans l'aile. L'accroissement massif des formalités administratives a notamment perturbé les échanges dans le secteur de l'automobile, du textile et de l'aéronautique. Mais dans le même temps, l'économie du royaume affiche quelques signaux positifs. Premier état des lieux post-Brexit.

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Le secteur manufacturier britannique est optimiste et s'attend à voir son environnement s'améliorer en 2022.
Le secteur manufacturier britannique est optimiste et s'attend à voir son environnement s'améliorer en 2022. (Crédits : HENRY NICHOLLS)

La sortie du Royaume-Uni de l'Union européennes survenue le 1er janvier 2021 dernier commence à délivrer plusieurs enseignements économiques. Premier constat, les conséquences sont contrastées. D'abord, l'embouteillage et les dysfonctionnements entre les biens importés ou exportés par l'UE de son ancien partenaire n'ont pas eu lieu. Mais force est de constater que les échanges commerciaux entre les deux zones économiques ont été pénalisés. Ainsi, sur les dix premiers mois de 2021, les exportations de l'UE vers le Royaume-Uni ont baissé de 15% en valeur, tandis que les importations européennes depuis le Royaume-Uni ont chuté de 30%, selon des données communiquées par Bercy,

Un an après l'entrée en vigueur du nouvel accord commercial entre les deux parties, la baisse est indéniable en 2021, par rapport à 2019, selon le commentaire du ministère français de l'Économie, Bruno Le Maire, en marge d'une conférence ministérielle européenne à Paris dédiée au bilan du Brexit.

Réorientation des flux commerciaux

Le contraste est d'autant plus fort que tous pays confondus, les exportations et importations européennes ont, elles, dépassé sur les dix premiers mois de 2021 leurs niveaux de la même période de 2019, selon d'Eurostat. Cette différence est toutefois à prendre avec prudence, car la crise sanitaire a aussi eu un effet sur le commerce international.

Avec son ex-partenaire britannique, les secteurs où les baisses sont les plus marquées sont l'automobile, le textile et l'aéronautique. En cause, au 1er janvier 2021, le rétablissement des contrôles douaniers aux frontières, contraignant les entreprises à effectuer d'importantes démarches administratives pour transporter des marchandises. Les douanes françaises sont en première ligne, environ 80% des flux transitant par l'Hexagone, avec 3,6 millions de camions qui sont passés par la France en 2021.

Si dans les premières semaines de 2021, "un quart des entreprises n'avaient pas fait leurs formalités" en amont, "aujourd'hui 9 camions sur 10 passent sans s'arrêter", assure-t-on à Bercy, qui note aussi que ces camions sont souvent moins remplis qu'avant le Brexit, illustrant la baisse des échanges.

Mais le principe de réalité a parfois prévalu. La chaîne de distribution britannique Marks & Spencer a par exemple justifié la fermeture de plusieurs magasins en France par la complexité des procédures d'exportation.

Autre point de discorde dans ces échanges, pour garder ses avantages, le Royaume-Uni est engagé avec la France dans un âpre un bras de fer concernant les licences de pêche à attribuer aux navires français au large des îles anglo-normandes.

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Du mieux en 2022, vers les Etats-Unis ?

Du côté de l'industrie, le secteur manufacturier britannique est optimiste et s'attend à voir son environnement s'améliorer en 2022, mais plus de la moitié des entreprises craignent d'être confrontées à de nouvelles difficultés post-Brexit, selon une enquête.

Cet optimisme vaut pour tous les marchés principaux de l'industrie britannique: 40% des entreprises s'attendent à voir leurs exportations augmenter vers les Etats-Unis, et presque autant vers l'UE, selon les résultats de l'enquête.

Un quart des entreprises entrevoient des exportations en hausse vers l'Asie et un cinquième vers le Moyen-Orient. Mais pour 10% des entreprises, en revanche, le marché européen connaîtra la plus forte baisse des exportations.

A Londres, la City recrute à tour de bras

Une conséquence positive du Brexit semble toutefois voir le jour. Faisant fi de la pandémie et de la sortie de l'UE, les banques britanniques ont embauché à un niveau record en 2021, doublant le nombre d'emplois disponibles, selon une étude de la société de conseil en recrutement Morgan McKinley.

"Le Brexit n'a pas engendré le mouvement spectaculaire de professionnels de la finance quittant le Royaume-Uni que beaucoup craignaient, en particulier dans la capitale", qui a vu le nombre de postes vacants dans le secteur bancaire presque doubler en un an, a précisé le cabinet.

Les banquiers les plus demandés ont été les spécialistes de la finance d'entreprises, signe, selon le cabinet, "du dynamisme du marché des fusions et acquisitions" au Royaume-Uni.

Les emplois bancaires ont bondi l'an dernier de 129% en un an, et progressé de 85% par rapport à la moyenne des embauches entre 2017 et 2020, selon cette étude publiées avec la société d'analyse de données Vacancysoft.

"Le secteur britannique des services financiers a connu en 2021 un regain d'optimisme, ce qui suggère que l'impact négatif du Covid-19 sur les entreprises avait atteint un sommet" en 2020, a estimé Hakan Enver, directeur général de Morgan McKinley, cité dans le communiqué.

Le chômage en baisse

"Après avoir suspendu des milliers de créations de postes en 2020, les entreprises se sont senties en confiance pour embaucher à nouveau", a-t-il ajouté.

La banque américaine JPMorgan est celle qui a le plus embauché (5.338 personnes, soit une hausse de 122,1%) et la banque britannique Natwest a connu la plus forte progression de recrutements, après une année 2020 marquée par un creux dans les offres d'emplois (2.704 personnes, +287%).

Au Royaume-Uni, le taux de chômage a encore baissé à fin novembre malgré la fin des aides gouvernementales à l'emploi mises en place pendant la pandémie, retrouvant quasiment son niveau pré-Covid juste avant l'impact du variant Omicron.

Pour les trois mois achevés fin novembre, le taux de chômage a reculé à 4,1% contre 4,2% fin octobre. Juste avant le choc de la pandémie, ce taux oscillait autour de 3,9%.

Moins de fonds pour les régions britanniques

Autre conséquence, également exclusivement côté britannique. Alors que Boris Johnson affirmait lors de la campagne électorale que le fonds de rééquilibrage en faveur des régions égalerait celui apporté par l'UE avant le Brexit, ce fonds version britannique n'apporterait que 60%"de l'argent auparavant fourni par l'Union européenne", affirme un rapport de la commission parlementaire au Trésor.

Le gouvernement britannique a fait du rééquilibrage régional l'un de ses chevaux de bataille. "Si le nouveau fonds est censé être l'une des pièces maîtresses des ambitions gouvernementales, il est étonnant de voir la taille de ce fonds réduit de la sorte", écrit le rapport.

Downing Street avait notamment annoncé 7 milliards de livres fin octobre pour la rénovation des trains et bus, dont il était ressorti par la suite qu'une grande partie des fonds avaient déjà été alloués et annoncés auparavant.

Beaucoup de régions ou villes britanniques ont largement dépendu des fonds européens avant le Brexit pour leurs investissements et réaménagements, notamment les régions désindustrialisées.

(Avec AFP)

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Commentaires 2
à écrit le 27/01/2022 à 17:07
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Oups, avec la photo, j'ai cru que c’était les plusieurs convois rassemblant des centaines de camions en provenance des différentes régions du Canada qui convergent depuis plusieurs jours vers la capitale fédérale Ottawa pour protester contre la vacci...

le 28/01/2022 à 6:30
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Les fonds de rééquilibrage est une question britano-britanique. L'UE na jamais rien versé aux britanniques qui n’était déjà des fonds britanniques. Les technocrates de Bruxelles ne créent pas de richesse. Ils redistribuent seulement ce que les différ...

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