En Europe, cette inflation qui monte, qui monte...

L'Allemagne devrait enregistrer en mai un taux d'inflation de +2,5% sur un an. Le pays de l'orthodoxie financière et budgétaire s'éloignerait des objectifs de la BCE. Dans son sillage, plusieurs pays de la zone euro font face à une forte progression de leur indice des prix à la consommation, comme l'Espagne, qui sort du territoire déflationniste. Mais pour la Banque centrale européenne, la situation est "temporaire" et l'institution assure qu'elle répondra présente pour calmer les marchés grâce à sa politique de rachat de dette.

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Pour rappel, la Commission prévoit une inflation en zone euro de 1,7% en 2021 et 1,3% en 2022.
Pour rappel, la Commission prévoit une inflation en zone euro de 1,7% en 2021 et 1,3% en 2022. (Crédits : Arnd Wiegmann)

[Article publié le 31/05/2021 à 18:08. Mis à jour le 01/01/2021 à 11:45, avec les chiffres du mois de mai du taux d'inflation en zone euro]

L'inflation est-elle de retour ? Et si oui, faut-il la redouter ? Ces questions agitent les économistes et les sphères politiques, en Europe et outre-Atlantique, et pour le moment, seuls quelques indicateurs permettent d'envisager des premières réponses. La zone euro a enregistré une hausse du taux d'inflation de 2% sur un an, soit son plus haut niveau depuis octobre 2018, selon les chiffres publiés ce mardi 1 juin par Eurostat. Soit le seuil maximum fixé par la Banque centrale européenne.

Autre élément en date, et non des moindres, l'office fédéral allemand des statistiques a annoncé ce lundi 31 une hausse de 2,5 % (provisoire) sur un an de l'indice des prix à la consommation, après, déjà, une progression de 1,3% en février, 1,7% en mars et 2% en avril.

Cette hausse écarte l'Allemagne de l'objectif fixé par la Banque centrale européenne (BCE), à savoir un taux d'inflation proche mais inférieur à 2%. La progression des prix devrait encore accélérer "vers la fin de l'année" et "l'inflation pourrait atteindre temporairement 4%", selon un rapport de la Banque centrale Bundesbank publié le 21 mai.

Comme pour les mois précédents, ce sont les prix de l'énergie qui dopent l'indicateur allemand, avec un boom de 10% des prix (carburants et énergies domestiques). Les biens alimentaires, quant à eux, enregistrent une hausse modérée, à +1,5%.

Ailleurs en Europe, ce même lundi 31 mai, c'est l'Espagne qui a vu sa courbe inflationniste se confirmer, en progression de 2,4%. C'est le troisième mois consécutif d'augmentation de l'indice des prix à la consommation, après plus d'un an de pression déflationniste de l'autre côté des Pyrénées.

Une hausse qui se confirme depuis un an

Ces premiers résultats du mois de mai dans la zone euro confirment la tendance observée par Eurostat en avril dernier. L'organisme annonçait, pour les 19 pays de la zone euro, une progression de l'indice des prix à la consommation de 1,6 % sur un an (contre +0,3% en avril 2020). Avec +1,6%, la France s'inscrit donc dans la moyenne des pays de la zone euro.

Pour rappel, la Commission prévoit une inflation en zone euro de 1,7% en 2021 et 1,3% en 2022. Si l'on prend l'ensemble des pays de l'Union européenne, l'inflation est de 2% sur l'année écoulée (contre 0,7% un an auparavant).

Si les hausses des prix atteignent des niveaux élevés, c'est notamment en raison de l'impact des mesures monétaires et budgétaires massives mises en oeuvre depuis le début de la crise du coronavirus. Toutefois, il faut rappeler que les dix-neuf pays de la monnaie commune ont déjà connu des niveaux élevés d'inflation : en 2011 et 2012, elle était respectivement de 2,7 et 2,5%.

En dehors des pays européens, le Royaume-Uni, sixième puissance mondiale, doit également faire face à une hausse de l'inflation, à +1,5% sur un an, au plus haut depuis le mois de mars 2020. Une progression tirée par l'explosion des prix de l'immobilier résidentiel (+10%).

Aux Etats-Unis, dont plusieurs économistes redoutent que l'inflation soit « exportée » vers l'Europe, notamment via la hausse des matières premières, les chiffres sont également au plus haut. L'inflation sur douze mois s'est fortement accélérée, à 4,2% par rapport à avril 2020, contre 2,6% en mars, selon l'indice des prix à la consommation CPI publié le 12 mai par le département du Travail.

Pour la BCE, la situation est temporaire

"La poussée d'inflation observée aujourd'hui aux États-Unis et à un moindre degré en Europe est très probablement transitoire et non durable, et donc elle ne devrait pas faire apparaître de hausse visible des taux d'intérêt", a réagi ce lundi Patrick Artus, l'économiste en chef de Natixis.

Pour le moment, les responsables de la Banque centrale européenne ne semblent pas s'alarmer de ce frémissement inflationniste. Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE, a récemment soutenu dans un entretien au quotidien japonais Nikkei que la poussée de fièvre des prix à la consommation est "temporaire". Et ce lundi 31 mai, Ignazio Visco, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a annoncé que l'institution ripostera à toute remontée brutale des taux d'intérêt qui ne serait pas justifiée par les conditions économiques.

Si les prochains chiffres de l'inflation en Europe poursuivent leur envolée, la réunion de politique monétaire de la BCE prévue le 10 juin sera propice pour confronter les déclarations des gouverneurs à leurs actes. L'institution basée à Francfort pourrait bien continuer à acheter de la dette sur le marché à un rythme "nettement plus élevé" au troisième trimestre, comme elle l'a fait depuis mars pour parer à la hausse non désirée des taux obligataires.

Lire aussi 5 mnL'euro peut-il résister à l'imprévisible retour de l'inflation ?

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Commentaires 7
à écrit le 01/06/2021 à 17:14
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L'idée d'un revenu de base fait son chemin. Recevoir 1.200 euros par mois, sans condition, pendant 3 ans ? En Allemagne, 122 personnes tirées au sort parmi deux millions de volontaires, vont profiter de cette expérimentation visant à promouvoir le re...

à écrit le 01/06/2021 à 9:22
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Le meilleur moyen pour les rentiers de payer la note au même titre que ceux qui ont subit l'absence de rémunération pendant la pandémie!

à écrit le 01/06/2021 à 8:34
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C'est purement et simplement mécanique, quand on injecte massivement des milliard dans l'économie (sans emprunts) forcément a un moment on se retrouve avec beaucoup d'argent par rapport aux services offerts et donc une inflation. C'est parfois retard...

à écrit le 01/06/2021 à 8:34
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C'est purement et simplement mécanique, quand on injecte massivement des milliard dans l'économie (sans emprunts) forcément a un moment on se retrouve avec beaucoup d'argent par rapport aux services offerts et donc une inflation. C'est parfois retard...

à écrit le 01/06/2021 à 8:31
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la bce devrait arreter les betises.........je pense qu'elle devrait aller causer au vulgus pecus allemand, parce meme s'il est silencieux, il commence a s'enerver, et la derniere fois, ca a tres mal fini pour tout le monde

le 01/06/2021 à 11:39
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Le rôle ppal de la BCE, c'est bien de contenir l'inflation non ??!!! Et le rentier retraité allemand c'est qd même pas le coeur de l'Europe !!

à écrit le 01/06/2021 à 8:27
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Apres l'inflation arrive toujours son collateral, la remontee inexorable des taux. Ca va saigner. Il n'y a pas d'argent facile sauf en micronnie.

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