En Europe, l'économie repart... en ordre dispersé

Les moteurs de l'économie européenne redémarrent progressivement. Selon les derniers indices Markit, l'activité dans le secteur privé (industrie et services) a rebondi entre juin et juillet. En dépit de ce rebond, la récession qui frappe violemment certains pays de la zone euro déjà fragilisés (Italie, Espagne, Grèce), risquent d'accroître les déséquilibres macroéconomiques sur le Vieux Continent.
Grégoire Normand

5 mn

L'activité du secteur privé dans la zone euro a retrouvé le chemin de la croissance en juillet, à un rythme modéré, avec l'assouplissement des restrictions mises en place pour freiner la propagation du coronavirus mais le rebond dans le secteur des services a été moins important qu'attendu.
L'activité du secteur privé dans la zone euro a retrouvé le chemin de la croissance en juillet, à un rythme modéré, avec l'assouplissement des restrictions mises en place pour freiner la propagation du coronavirus mais le rebond dans le secteur des services a été moins important qu'attendu. (Crédits : CHARLES PLATIAU)

Les signaux verts de l'économie européenne se multiplient. Selon le dernier indice composite de l'institut Markit publié mercredi 5 août, l'activité du secteur privé est passée de 48,5 à 54,9. Au dessus de 50, l'économie est en phase d'expansion. C'est la première fois que cet indicateur dépasse ce seuil depuis le mois de février et qu'il connaît sa plus forte accélération depuis deux ans.

"Accompagnant un rebond de la production dans le secteur manufacturier, le retour à la hausse de l'activité dans le secteur des services laisse espérer une reprise de la croissance économique de la région au troisième trimestre après l'effondrement sans précédent de l'activité globale observé au deuxième trimestre", explique Chris Williamson, chef économiste chez Markit.

La levée progressive des mesures de confinement et d'endiguement a permis à la plupart des activités de repartir dans des conditions sanitaires et sociales parfois complexes.

En dépit de cette embellie, le PIB de l'économie européenne s'est contracté à un niveau record. Les dernières estimations de la direction statistique de la Commission européenne (Eurostat) indiquent que le PIB a reculé de 12,1% au cours du second trimestre après une première chute de 3,6% entre janvier et mars.

En outre, la vitesse de la reprise va dépendre de la propagation du virus dans les prochaines semaines et des avancées de la recherche pour trouver un vaccin. "Toute consolidation de la reprise sera avant tout déterminée par l'évolution du virus, et les signes récents de remontée du nombre des cas de contamination posent un risque particulier sur tout un pan du secteur des services, comprenant les secteurs du voyage, du tourisme et de l'hospitalité", ajoute Chris Williamson.

Si la Banque centrale européenne (BCE) devrait continuer d'appliquer une politique monétaire accommodante dans les mois à venir, les mesures de soutien budgétaire des États vont se réduire alors que la crise risque de provoquer des effets en cascade sur le tissu productif et le marché du travail.

> Lire aussi : L'économie de la zone euro dans la tourmente

Une reprise en ordre dispersé

En Europe, la plupart des pays ont été touchés par la pandémie mais ils n'ont pas forcément subi le même choc économique et les mêmes mesures de confinement.  Parmi les grands pays étudiés dans l'enquête de Markit, la France connaît le plus important rebond du secteur privé au cours du mois de juillet à 57,3. C'est un plus haut de 29 mois. L'économie hexagonale est suivie de l'Allemagne (55,3), de l'Espagne (52,8) et de l'Italie (52,5).

Pour ces deux derniers pays, la pandémie a entraîné une catastrophe sanitaire désastreuse avec des pics de mortalité rapportés à la population historiques. Surtout, certaines régions en Espagne comme la Catalogne, très dépendantes du tourisme, ont été obligées de prendre de nouvelles mesures de confinement drastiques alors que ce secteur pèse énormément dans l'économie locale.

> Lire aussi : En Europe, la reprise en ordre dispersé menace la croissance

Le spectre des déséquilibres macroéconomiques

Après la grande crise de 2008, la zone euro a subi une redoutable récession alimentant de forts déséquilibres macroéconomiques. Alors que 16 pays sur 19 de la zone euro ont dépassé la limite des 3% en 2009, le cadre budgétaire en vigueur a éclaté, ravivant d'âpres débats entre les partisans d'une discipline budgétaire accrue et les promoteurs d'une solidarité européenne approfondie. La crise des dettes souveraines en 2012 et les plans d'austérité qui ont suivi ont plombé la croissance dans certains pays d'Europe du Sud.

Plus de 10 ans après cette crise, les États européens ont adopté quelques leçons en adoptant rapidement des mesures pour limiter la casse économique et sociale (prêts garantis par les États, chômage partiel) sans réelle coordination. La Commission a également suspendu les règles de discipline budgétaire rattachées au pacte de stabilité et de croissance (PSC).

Malgré ces évolutions et cette plus grande réactivité, le plan de relance de 750 milliards adopté à la fin du mois de juillet, après d'houleuses négociations entre les pays dits frugaux (Pays-Bas, Suède, Danemark, Autriche) et les autres, doit encore être ratifié par les parlements nationaux et ne devrait entrer en application qu'à partir de 2021. Une échéance qui est jugée tardive par de nombreux économistes alors que les pays du Sud s'enfoncent dans une crise profonde.

Selon les prévisions de la Commission européenne publiées au début du mois de juillet, le produit intérieur brut en Italie (-11,2%), en Espagne (-10,9%), en Grèce (-9%) ou au Portugal (-9,8%) devrait amplement reculer en 2020. Ces pays, qui gardent les cicatrices de la crise de 2008 et des plans de rigueur, risquent d'avoir de grandes difficultés pour rebondir.

Les risques du chômage de masse

La violente et brutale récession qui frappe actuellement la zone euro de plein fouet risque de provoquer une hausse du chômage dans les pays les plus touchés. En France, le taux de chômage pourrait dépasser les 11,5% de la population active à la mi-2020 selon les projections de la Banque de France même si de nombreux aléas subsistent. En Italie, le taux de chômage pourrait passer de 9,6% en 2020 à 10,2% en 2021 selon l'institut de statistiques Istat. La Grèce, qui est paralysée par une croissance atone depuis des années, devrait connaître une flambée du chômage à 19,6% selon les dernières projections de l'OCDE.

À l'inverse, des pays comme l'Allemagne (4,5%), l'Autriche (5,8%), les Pays-Bas (5,9%) devraient limiter les dégâts toujours selon l'OCDE.

Les moyens mis en oeuvre par les États (chômage partiel notamment) risquent de ne pas suffire pour préserver les emplois les plus fragiles. En effet, les emplois précaires (CDD, intérim, emplois saisonniers...) risquent de passer à travers les mailles des filets de sécurité.

Grégoire Normand

5 mn

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Commentaires 6
à écrit le 16/06/2022 à 7:37
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L'économle en Europe et aux USA est entrée dans une spirale stagflationiste infernale. Le reste c'est de la propagande.

à écrit le 08/08/2020 à 6:31
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Encore une preuve que la théorie du ruissellement du plus riche vers le plus pauvre n'est qu'une vaste blague. C'est tout l'inverse qui se produit : les plus riches vampirisent les autres.

le 09/08/2020 à 12:06
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de surcroit nos énarques parlent pour ne rien dire ! pernicieux

à écrit le 07/08/2020 à 11:54
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C'est encourageant surtout pour le monde industriel, même si de nbreuses suppressions de postes st annoncées, avec le rebond en vue de groupes comme PSA avec FCA, Renault avec l'alliance et un marché automobile en fort rebond, un bon niveau de cdes d...

à écrit le 07/08/2020 à 10:29
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Le consortium européen financier ayant fait de l'UE un déséquilibre permanent, aucune surprise donc. "Quand l'Europe ouvre la bouche, c'est pour bailler" Mitterrand

le 10/08/2020 à 9:31
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@ multipseudos: "Ah, qu'est ce qu'il a pu dire comme stupidités, Miterrand... " Oui surtout quand il s'est couché devant les riches en 1983 nous affirmant qu'on ne pouvait pas faire autrement, on a bien rigolé ce jour là aussi c'est vrai...

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