En Italie, le fardeau de la dette du gouvernement Meloni

La dette italienne continue de peser fortement sur le budget italien alors que le gouvernement Meloni navigue en pleine tempête inflationniste. La première ministre, qui souhaite appliquer son programme politique, doit néanmoins faire face à l’héritage de ses prédécesseurs.
Il y a un peu plus d'un an, Giorgia Meloni devenait la présidente du conseil des ministres en Italie, le 22 octobre 2022.
Il y a un peu plus d'un an, Giorgia Meloni devenait la présidente du conseil des ministres en Italie, le 22 octobre 2022. (Crédits : GUGLIELMO MANGIAPANE)

Une bonne nouvelle pour l'Italie ? Vendredi 10 novembre, Fitch, qui évalue la solvabilité des pays, a laissé inchangée son évaluation sur la dette souveraine italienne, à la note de BBB. Une note qui, si elle traduit « un risque de défaillance faible », selon l'agence de notation, induit néanmoins que des conditions commerciales ou économiques défavorables sont plus susceptibles d'altérer la capacité de paiement des engagements financiers du pays concerné.

D'autant que l'Italie affiche une dette atteignant plus de 140% du PIB, soit la deuxième plus importante de la zone euro, après la Grèce. En comparaison, celle de la France s'élève à un peu plus de 109% du PIB.

«Ce poids qu'elle porte depuis plus de 30 ans apporte une vulnérabilité budgétaire au pays », explique Andreas Eisl, chercheur senior à l'institut Jacques Delors. D'autant plus que l'Italie, depuis les années 2000, « a réussi à retrouver un équilibre budgétaire, et même à dégager du surplus », c'est-à-dire à obtenir des recettes supérieures à ses dépenses, complète le chercheur pour qui elle serait davantage une bonne élève sans ce fardeau.

Or, dans un contexte où les taux d'intérêt ont augmenté, avec les multiples hausses décidées par la BCE pour contenir l'inflation, l'Italie se retrouve fragilisée. L'inflation, qui a durement touché le pays du fait de sa dépendance énergétique au gaz, pèse sur sa dette et sur ses finances publiques. « Face à une hausse des taux, il peut y avoir un effet boule de neige », relève Raul Sampognaro, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), avec le risque que le pays s'endette toujours plus pour rattraper son déficit, l'obligeant à emprunter à des taux à chaque fois plus élevés.

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Des marchés à fleur de peau

Les marchés sont aussi très sensibles aux moindres secousses qui touchent l'Italie. Pour preuve, lorsque la Première ministre italienne a changé ses prévisions de déficit public pour 2024, passant de 3,7% à 4,3%, les taux d'emprunt italien ont soudainement augmenté. Le spread, cet écart entre les taux d'intérêt allemand à dix ans, qui font office de référence, et ceux italien, a même dépassé les 200 points de base en octobre, au plus haut depuis janvier. Un résultat qui reste cependant bien inférieur aux 600 points atteints lors de la crise de la zone euro en 2011.

Une pression donc importante pour le gouvernement Meloni, étant donné qu'il devient toujours plus coûteux pour le pays de se refinancer sur les marchés. De son côté, Giancarlo Giorgetti, le ministre de l'Economie, s'est alarmé mi-septembre :

« Ce qui me fait peur, ce ne sont pas les avis de la Commission européenne, mais ceux des marchés qui achètent la dette publique. Tous les matins, je me réveille et j'ai un problème : je dois vendre de la dette publique et je dois convaincre les gens d'avoir confiance ».

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Une croissance atone

« Or, l'un des leviers pour se débarrasser d'une dette importante, c'est d'avoir de la croissance », renchérit Andreas Eisl de l'institut Jacques Delors. Mais là encore, ce n'est pas gagné. Car l'économie italienne se caractérise par une stagnation de sa productivité et de son PIB depuis les années 1990. « C'est le point noir de l'Italie, qui la met en première ligne et la fragilise face aux crises », note Raul Sampognaro de l'OFCE.

Pourtant, au sortir de la crise sanitaire, l'économie italienne a fait preuve d'une certaine résilience par rapport à ses voisins européens. Si pendant les trente dernières années, sa productivité et son PIB sont restés à l'arrêt, elle a retrouvé le chemin de la croissance. En 2021, après avoir été fortement touché par le Covid-19, le pays connaissait ainsi un rebond de 6,7%, puis 3,7% en 2022. « L'Italie semble avoir laissé derrière elle la crise du Covid grâce à des gains de productivité qui peuvent surprendre », analyse l'économiste.

Mais pour 2023, les prévisions ont été abaissées courant octobre, passant de 1,3% à 0,7%. L'Italie évite néanmoins de justesse une récession au troisième trimestre avec une croissance à zéro. Marqué par une économie fortement industrialisée, composée majoritairement de PME et de petites entreprises, le pays subit les agitations de ses partenaires commerciaux, notamment l'Allemagne, et reste dépendant de sa demande intérieure pénalisée par un pouvoir d'achat en berne.

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Un gouvernement qui essaie de juguler ses dépenses

Dans ce contexte économique serré, le gouvernement Meloni se retrouve sous le feu des critiques et doit manœuvrer pour satisfaire à la fois son électorat, l'Europe et les marchés. Or, ces derniers ont réagi négativement au nouveau budget dévoilé mi-octobre, reprochant à Giorgia Meloni un certain relâchement budgétaire et beaucoup de promesses en comparaison avec celui présenté un an plus tôt, dans les traces de son prédécesseur Mario Draghi. Le nouveau budget prévoit, en effet, 24 milliards d'euros pour des mesures de soutien aux ménages et aux entreprises telles que des baisses d'impôts, des exonérations de cotisations sociales ou encore des baisses de charges.

Des dépenses imposées par le contexte inflationniste depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022. « Avec les impératifs actuels, il a fallu poursuivre des mesures de soutien face à l'inflation, et en prendre au fil de l'eau, ce qui a pesé sur le budget », complète Sofia Tozy, économiste au groupe Crédit Agricole, spécialisée sur la question italienne. Le gouvernement hérite également de mesures mises en place par le passé tel que le « Super bonus », une aide très coûteuse qui porte sur la rénovation énergétique. L'exécutif a néanmoins entrepris de réduire son ampleur.

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À l'inverse des marchés, le budget présenté par la présidente du Conseil des ministres semble s'inscrire dans les règles édictées par Bruxelles. Sur la scène européenne, « le gouvernement Meloni n'a pas non plus cherché la confrontation avec les acteurs européens dans le cadre du programme de stabilité, ils semblent donc suivre les critères européens pour réduire leur déficit et stabiliser, voire réduire, leur endettement », confirme Andreas Eis de l'institut Jacques Delors. Le déficit italien devrait d'ailleurs repasser sous la barre des 3% du PIB en 2026 conformément aux règles du Pacte de stabilité européen.

Quant à la dette, elle devrait légèrement diminuer et passer sous la barre des 140% en 2026. « Dans notre prévision, on s'attend à un effacement progressif des mesures de soutien, ce qui va améliorer les indicateurs de déficit et contenir la dette », confirme Raul Sampognaro de l'OFCE. Moody's, l'agence de notation, doit également rendre son évaluation sur la dette souveraine italienne dès le 17 novembre. Une note actuellement à Baa3, juste au-dessus de la catégorie où les titres de dette sont exposés à un risque de crédit important.

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Commentaires 6
à écrit le 13/11/2023 à 8:53
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On peut écrire un article très similaire en remplaçant Italie par France

à écrit le 11/11/2023 à 20:34
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Je propose qu'on leur prête... Non! leur donne notre Grand Argentier et beau parleur. On pourrait nommer à la place quelqu'un de sérieux qui ne soit surtout ni Enarque ni Inspecteur des Finances; puisque les écologistes en ont contre P. P. de TotalEn...

à écrit le 11/11/2023 à 18:46
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"En Italie, le fardeau de la dette..." des politiciens depuis des décennies, merci de ne pas alimenter les insupportables délires de persécution de l'extrême droite et cette obsession de sans cesse se lamenter sur leur sort alors qu'ils ont le c.. da...

à écrit le 11/11/2023 à 18:19
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On ferait bien de se faire petit en France. La faillite se rapproche à grand pas. Pas d'excédents budgétaires, 285 milliards d'emprunts pour faire tourner la boutique en 2024 ...

le 11/11/2023 à 18:49
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Ca fait combien de temps que tu nous dis ça stp ? Fillon l'a dit il y a 15 ans déjà. Heureusement que je connais un Damien bien plus expressif !

à écrit le 11/11/2023 à 17:55
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Pauvre Italie, pauvre Grèce et pas, effectivement pauvre France ? Ah non car plus il y a d'inflation plus nos 3.043 milliards de dettes vont s'affaiblir en rapport du PIB. Euréka.

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