Les 22 États membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) ont trouvé un accord pour soutenir financièrement Ariane 6 et Vega-C afin d'assurer la compétitivité des deux seuls lanceurs disponibles à partir de 2024 (en principe). L'Allemagne arrache l'ouverture à la concurrence dans le domaine des lanceurs avec déjà en ligne de mire dans une dizaine d'années la succession d'Ariane 6.Six mois de négociations pour parvenir à un bel « happy end » à l'américaine au sommet spatial de Séville (6 et 7 novembre). Six mois de psychodrames et de crises de nerfs entre l'Allemagne, la France et l'Italie pour repartir vers Paris, Berlin et Rome en se réjouissant d'avoir protéger au mieux les intérêts de leur industrie spatiale nationale dans le domaine des lanceurs. Les trois pays partenaires (un peu) mais rivaux (beaucoup) repartent tous avec « la banane » de Séville.
« Il sort toujours quelque chose de neuf et de positif de la crise que nous avons connue au cours des derniers mois, des échanges parfois difficiles, longs, que nous avons eus avec nos partenaires, sort aujourd'hui une nouvelle ambition spatiale européenne pour le XXIᵉ siècle, avec un lanceur lourd dont le financement et les technologies sont validés », s'est réjoui lundi soir le ministre de l'Économie Bruno Le Maire en charge de l'espace.
Lanceurs : une pluie de bonnes nouvelles
Pour résumer, la France a obtenu une somme significative pour couvrir les frais fixes de l'exploitation d'Ariane 6 à partir de 2026 (340 millions d'euros par an pour financer les lancements entre le 16e et le 42e vol) à la grande satisfaction mais aussi soulagement d'ArianeGroup ; l'Allemagne a décroché son Graal en arrachant à Rome et Paris l'ouverture à la concurrence dans le domaine des lanceurs avec déjà en ligne de mire dans une dizaine d'année la succession d'Ariane 6 ; et l'Italie a réussi à désarrimer son champion Avio, qui conçoit les lanceurs de la famille Vega, de l'orbite commerciale d'Arianespace. Et, tout comme ArianeGroup, Avio obtient également une aide publique pour l'exploitation de Vega-C mais beaucoup moins significative (21 millions d'euros par an entre le 26e et le 42e vol).
Par ailleurs, le conseil ministériel de l'Agence spatiale européenne (ESA) a réaffirmé que l'accès indépendant et autonome de l'Europe à l'espace dépendra fortement durant les dix prochaines années des lanceurs Ariane 6 et de Vega-C, puis de Vega-E. Dans ce cadre, Ariane 6 se verra confier un minimum de quatre lancements institutionnels européens par an tandis que Vega C en aura au moins trois par an. L'accord tripartite prévoit également que les trois pays s'engagent à contribuer au financement d'Ariane 6 au-delà des trois ans actés par l'ESA pour au moins 18 mois supplémentaires au-delà du 42e vol.