Grèce : des élections pour quoi faire ?

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Le retour des Grecs aux urnes est-il une solution pour résoudre la crise ?
Le retour des Grecs aux urnes est-il une solution pour résoudre la crise ?
Depuis le report des échéances du FMI, on parle beaucoup d'élections anticipées en Grèce. Mais comment pourraient-elles arriver et qu'en sortirait-ils ?

Avec le report de l'échéance du FMI à la fin du mois de juin et le blocage des positions entre créanciers et gouvernement grec réapparaît la perspective de nouvelles élections. Ce vendredi 5 juin, le ministre délégué à la Sécurité sociale, Dimitris Stratoulis, a indiqué qu'en cas d'échec des discussions avec les créanciers, des élections anticipées pourraient être convoquées. Ce ministre est réputé être un « dur » de Syriza. Mais ces élections anticipées sont désormais de plus en plus évoquées par les observateurs internationaux comme une « option » pour résoudre la crise. Reste à répondre à ces deux questions : comment peuvent survenir ces élections  et à quoi serviront-elles ?

Le respect du mandat populaire

Le gouvernement Tsipras se considère comme dépositaire d'un mandat populaire qui vise à changer le cours de la politique économique tout en demeurant dans la zone euro. Son ambition est donc d'obtenir un assouplissement des mesures d'austérité et des conditions fixées par les créanciers pour « rééquilibrer » la politique économique en assurant un développement de la demande interne. La proposition des créanciers transmise mercredi à Athènes ruine entièrement cette possibilité, pour l'instant. Le gouvernement grec a fixé des « lignes rouges » qui lui font estimer sa mission remplie : aucun assouplissement des conditions de licenciements, pas de coupes dans les pensions et des objectifs d'excédent budgétaire réduits.

Eviter la trahison

« Les élections ne viendront que comme une conséquence de l'accord ou du manque d'accord, ce n'est pas un objectif en soi du gouvernement », précise une source gouvernementale à Athènes. « Si le gouvernement estime qu'il n'a pas le mandat d'appliquer les propositions des créanciers et que ces derniers ne veulent plus négocier, alors il faudra nécessairement revenir vers les électeurs », ajoute la même source. Alexis Tsipras a en effet une obsession du mandat populaire. Ne pas trahir ses engagements de base (ce qui ne signifie pas, par ailleurs, de refuser toute concession) a, pour lui, une valeur centrale. Syriza a en effet gagné les élections de janvier 2015 sur le rejet des partis politiques traditionnels. Les années de crise ont en effet ruiné la crédibilité de la classe politique en mettant en lumière le clientélisme des années précédentes et l'impuissance des gouvernements soumis aux « diktats » de la troïka. Syriza proposait de rétablir cette crédibilité. Le retour devant le peuple est donc nécessaire pour éviter toute « trahison. »

Référendum ?

Quelle forme prendra ce retour devant le peuple ? Deux options sont ouvertes : le référendum et les élections anticipées. Le référendum pourrait en théorie porter sur la question de l'acceptation de la proposition des créanciers. En théorie, le référendum est interdit sur les projets de loi budgétaire par l'article 44-2 de la constitution grecque. Mais ici, on ne soumettra pas une loi au peuple, mais un accord avec les créanciers, autrement dit « une question nationale grave », ce qui est autorisé par la constitution. « Le référendum sera une possibilité en cas d'ultimatum des créanciers sur des propositions inacceptables », explique une autre source gouvernementale grecque. En cas de défaite de la position gouvernementale, il sera logique alors de dissoudre le parlement, la Vouli et de convoquer de nouvelles élections. Si l'on en croit les sondages, le résultat d'un tel référendum sera sans doute assez serré. Un récent sondage Alco réalisé les 3 et 4 juin indique que 50 % des Grecs interrogés estiment que le gouvernement devrait faire marche arrière face aux créanciers si les propositions grecques sont refusées, 41 % jugeant qu'il faut tenir.

Le problème des élections après le référendum

Mais l'affaire pourrait alors se compliquer : si Syriza s'est affaiblie dans les sondages récemment, ce qui n'est guère étonnant compte tenu de la dégradation de la situation économique, elle reste largement en tête. Le dernier sondage Metrisi réalisé du 27 au 29 mai donne encore 37,8 % des intentions de vote à Syriza, contre 27,8 % à Nouvelle Démocratie. Les alliés de Syriza, les Grecs Indépendants, sont donnés à 6 %, tandis que, au centre-gauche, les gains de Potami (7,2 %) compensent les pertes du Pasok (3,5 %). Le sondage Alco déjà cité va dans le même sens : Syriza est donné à 31,3 % et Nouvelle Démocratie à 20,4 %, avec 13 % d'indécis. Au final, la coalition sortante pourrait donc récupérer sa majorité. Mais alors que pourra faire un gouvernement Tsipras reconduit tout en étant désavoué par un référendum ?

L'enjeu de la campagne

Les Grecs, sans doute lassés de plus de quatre mois de négociations, sont critiques envers le gouvernement et veulent voir le bout du tunnel. Mais ils ne souhaitent pas, pour autant, redonner leur confiance à la « vieille garde » pro-européenne dirigée par l'ancien premier ministre Antonis Samaras. Pas davantage que l'on voit surgir To Potami, le parti préféré des milieux bruxellois, dans les sondages. Syriza incarne encore le renouvellement de la politique grecque. Tous ces sondages doivent donc être pris avec précaution : si Syriza présente une acceptation des conditions des créanciers comme le prélude au retour des vieux partis, le résultat n'est pas acquis. Mais il demeure qu'il existe un danger de blocage selon cette procédure.

Des élections sans référendum ?

En passer donc par un renouvellement du mandat électoral via des élections anticipées, sans référendum, serait donc plus simple. Syriza devrait alors prendre acte de l'impossibilité de son programme de remise en cause de l'austérité dans la zone euro et proposer une alternative aux électeurs en insistant sur la lutte inconditionnelle contre l'austérité, par exemple. Ou au contraire en proposant un discours beaucoup plus modéré insistant sur le maintien dans la zone euro. Le mandat dont disposera alors le nouveau gouvernement si Syriza l'emporte sera alors remis à jour et permettra de prendre des mesures plus audacieuses, comme le défaut, si le blocage persiste. Dans ce cas, Alexis Tsipras pourrait également chercher à « unifier » autour de sa propre ligne les députés Syriza par la constitution « épurée » des listes du parti. Ce processus permettrait de donner un mandat renouvelé qui éviterait de se retrouver dans une position de contrepied avec le résultat d'un référendum qui, rappelons-le, se déroulera sous la pression d'un système bancaire en lambeaux et d'une économie au martyr. Constitutionnellement, il faut au moins 30 jours pour organiser une élection. La Grèce peut disposer d'un tel délai, dans la mesure où si elle ne paie pas le 30 juin le FMI, le pays aura 30 jours de délai de grâce avant d'être déclaré officiellement en « défaut technique. »

Un "oui" de Tsipras et un "non" du parlement ?

Reste enfin un dernier scénario : le gouvernement parvient à arracher un compromis qu'il juge acceptable, mais qui est rejeté par la Vouli en raison de la défection de membres de Syriza. Ce scénario est peu probable. La majorité du gouvernement est de 11 sièges, mais Pasok et To Potami ont annoncé qu'ils soutiendraient un accord, ce qui amène la majorité à 41 sièges. On voit mal, par ailleurs, Nouvelle Démocratie rejeter un accord qu'elle aurait accepté si elle était au pouvoir. La majorité pourrait donc être encore plus large. Dans les deux cas, il faudra alors dissoudre le parlement, mais Alexis Tsipras pourra alors constituer un groupe parlementaire plus unitaire tout en faisant campagne sur la défense du compromis et du respect de ses engagements. Dans ce cas, il semble qu'il soit en position de pouvoir l'emporter.

Unité de Syriza

En réalité, le cœur du problème, comme on le voit, est l'unité et la ligne de Syriza. Mais de ce point de vue, il convient de briser le mythe souvent développé par les médias occidentaux d'un Alexis Tsipras désireux de « tout accepter » mais « pris en otage » par son aile gauche. Rien ne correspond moins à la réalité. « Les modérés du gouvernement sont déjà allés à la limite de ce qu'ils pouvaient accepter », estime une source gouvernementale grecque déjà citée. L'interview du négociateur en chef, le très modéré Euclide Tsakalotos par Paul Mason, de Channel 4, jeudi 4 juin montre cela fort bien. Il est très remonté contre les propositions des créanciers.

Syriza est une ancienne coalition électorale fort lâche regroupant des partis d'horizons diverses qui, à l'origine, étaient soudés par un double rejet : celui du réformisme du Pasok et de l'intransigeance du Parti communiste (KKE), notamment sur la construction européenne. A partir de 2009, Alexis Tsipras est parvenu, non sans mal, à resserrer les liens internes à cette coalition, au point d'en faire un parti. Il a alors modéré le programme de Syriza et l'aile gauche avait déjà des raisons d'être déçu du programme de Thessalonique de septembre dernier. Mais la grande force d'Alexis Tsipras a toujours été de savoir construire des compromis avec son opposition interne. Il a, du reste, fait entrer au gouvernement quelques grandes figures de l'aile gauche, comme Panagiotis Lafazanis, ministre de l'Energie. Alexis Tsipras est donc très attaché à l'unité de son parti. Et il n'est pas sûr qu'il entende la sacrifier pour satisfaire les créanciers.

Naturellement, il existe encore des sensibilités très différentes dans le parti et les concessions accordées par Alexis Tsipras ont été fortement critiqués par la « plate-forme de gauche », l'aile la plus radicale du parti. Mais ces critiques ne signifient pas que cette aile gauche est prête à quitter Syriza. Comme elles ne signifient pas davantage qu'Alexis Tsipras est prêt à rompre avec elle. Syriza a une tradition de pluralité interne qui s'est construite aussi sur le rejet du monolithisme du KKE. Il y a certes eu des ruptures avec certaines formations dans les années 2000, mais la situation était différente, Syriza était alors une alliance électorale de deuxième ordre. Cette fois, Syriza est au pouvoir et la scission signerait la mort politique du parti et l'impossibilité de l'aile gauche même d'intervenir sur la politique du pays. Le maintien d'une opposition interne sans rupture n'est donc pas impensable, même si des défections individuelles peuvent se produire. En réalité, Alexis Tsipras cherche en permanence à éviter la rupture interne. C'est la politique des « lignes rouges » qui permet de sauvegarder la crédibilité politique du parti et son unité.

Prise de risque des créanciers

Le blocage des créanciers pourrait donc conduire à l'inverse de ce que visent ces derniers : renforcer l'unité de Syriza. Si les propositions des créanciers ne changent pas, Alexis Tsipras ne cherchera sans doute pas, comme le rêve à voix haute les responsables européens, à s'allier à To Potami et au Pasok. Il cherchera une ligne acceptable par l'ensemble du parti et la défendra devant les électeurs, sans doute sans passer par un référendum. Cette ligne pourrait alors être plus dure que celle qu'il cherche à imposer depuis le 25 janvier. Les créanciers prendraient alors un risque considérable.

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Commentaires
a écrit le 08/06/2015 à 20:51 :
C'est peut-être une solution...mais il faudra que les électeurs grecs aient le courage de le virer.
a écrit le 07/06/2015 à 11:34 :
Et le cirque continue ! Il est totalement contradictoire de vouloir sortir la Grèce du marasme tout en restant dans l'UE/Euro en raison de la totale inadéquation de l’économie, du tissu industriel, et du corps social grecs (minilien.fr/a0nv00). M.Tsipras a depuis longtemps confirmé dans de multiples cénacles internationaux et huppés sa vision totalement pro-européenne et n'est sûrement pas, on le voit bien maintenant, la nouvelle terreur qui fait trembler l'UE comme l'ont prétendu les médias.
a écrit le 07/06/2015 à 11:00 :
On ne voit pas ce qu'un retour aux urnes qui reconduirait Syriza changerait à la situation économique et financière de la Grèce, sauf si finalement ce mouvement accepte enfin d'appliquer sans conditions l'indispensable politique de réduction des dépenses publiques et sociales, accompagnée d'une amélioration de l'efficacité de la collecte de l'impôt et d'un train significatif de privatisations.
a écrit le 07/06/2015 à 5:59 :
vous êtes sûr de parler de la Grèce ???
a écrit le 06/06/2015 à 22:45 :
Bon, soyons clairs: Syriza n'a pas besoin d'un nouveau mandat, parce que son mandat est deja parfaitement clair: en finir avec l'austerite. Si la Grece ne veut pas sortir de l'euro, elle n'a qu'une chose a faire: le garder. Il est clair que l'Etat Grec est en faillite. Il lui suffit donc de faire defaut. Les epargnants vont paniquer? Gel des retraits. Les banques grecques sont en faillite? La belle affaire, inutile d'avoir des banques solvables pour des controles de capitaux, c'est meme genant. L'Etat peut les nationaliser d'un trait de plume sans depenser un centime puisqu'elles ne valent rien. Mais emettre une monnaire parallele pour payer les fonctionnaires, les retraites et les fournisseurs?... Les rentrees fiscales suffisent deja pour payer les fonctionnaires et les retraites, les fournisseurs se contentent deja de delais de paiement d'au moins 6 mois (=IOU="monnaie parallele). Mais la BCE? Le programme ELA de 100 milliards est deja entierement prive de garantie de la BCE, il fonctionne sur le bilan seul de la banque centrale grecque. Mais elle sera en faillite? Pas du tout: elle appartient a l'Etat, au meme titre que les banques, donc l'Etat se doit 100 milliards, donc il ne se doit rien.
Resultat: le gel des retraits reste en place tant que les creanciers europeens n'acceptent pas de restructurations massives de leurs prets, le FMI et la BCE etant offerts d'etre rembourses a 100% (l'Allemagne et les autres payant donc pour eux). Faute d'accord, la Grece ne rembourse rien. Oui mais les creances TARGET? Des elucubrations d'ultra-conservateurs europhobes allemands. Ils sont insignifiants puisque la Grece garde l'euro et la BCE veut garder l'euro.
Réponse de le 07/06/2015 à 17:08 :
Il me semble au contraire que la Grèce ne peut plus faire défaut, car‎ son excédant primaire s'est évaporé depuis l'arrivée de Syriza. La fin de l'austérité se fera donc à crédit. Qui veut prêter à la Grèce avec la quasi certitude de ne jamais revoir son argent ? Les banques ont déjà donné et y ont déjà laissé des plumes. Gel des retraits : trop tard. Il n'y a bien que Mme Michupoulos pour ne pas encore avoir converti son bas de laine en cash. Et pour mémoire, elle vote. Ce ne sera pas non plus le FMI, qui insiste pour que la BCE prête, et sécurise ainsi ses échéances (on n'arnaque pas les américains !). Ce sera donc la BCE ou les assignats (ce que vous appelez les IOU). Initialement,‎ Alexis Tsippras était pour la seconde solution. Mais, finalement il a vendu du rêve : réclamer le beurre et l'argent du beurre. La cremière grince des dents, ce ne sera pas possible (pas sans un semblant de sérieux budgétaire, car elle aussi est élue). Voila pourquoi le mandat doit être remis en jeu : pour choisir entre beurre et argent du beurre.‎
a écrit le 06/06/2015 à 21:16 :
« Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a refusé de prendre au téléphone le Premier ministre grec Alexis Tsipras samedi après que celui-ci a durement rejeté les propositions des créanciers d'Athènes."Je peux confirmer qu'il y a eu une demande pour un appel téléphonique (...) il n'a pas eu lieu ce samedi", a indiqué une porte-parole de la Commission ».

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, le n° 1 dans l’union européenne donc. Oui et pour notre bien sans doute :

https://www.youtube.com/watch?v=XPgiI46FCDU
a écrit le 06/06/2015 à 20:23 :
Un peu tordu comme concept ! Les politiques ne songent qu'à être élus pour se remplir rapidement les poches (en Grèce comme ailleurs). Une nouvelle élection ne résoudrait donc rien du tout, mais permettrait à la Cerise d'éviter un désaveu massif en faisant passer les créanciers pour des mécréants et donc de se faire réélire sur cette base. Le jeu est toutefois dangereux, car les mécréants se sentant perdus demanderont alors un grexit pur et simple qui mettra la Grèce dans une situation de crise interne. La sortie de la Grèce n'est pas un problème économique puisque ce pays ne représente rien économiquement (et encore moins si on considère la dette de 320 milliards), mais un problème politique parce que Bruxelles craint que ce grexit fasse des émules...ce qui signifierait en effet la fin de l'UE si plusieurs pays importants partaient.
a écrit le 06/06/2015 à 10:15 :
les articles de monsieur Godin sont toujpours aussi bien documentés bien éclairants.
(((0)))(((0))) ...^^... Merci de la part d'un lecteur fidèle de ses articles. On a assez de la dictature de la finance. L'Euroope humaine d'aboerd. Biensur les Grecs partent à la retraite à 50 ans mais on a oublié une chose qu'ils travaillaient tous à 8 ans cà fait 42 ans ils se cotisent à la caisse de la retraite. Eh oui les envieux ^_^
Réponse de le 07/06/2015 à 11:15 :
Vous oubliez juste une chose, c'est qu'il ne cotisent pas. Et leurs retraites sont payer par vos impôts. Espérons que, quand on vous demanderas de travailler jusqu'à 70 ans, pour cause de déficits et que vous toucherez trois euros et six cent, vous vous rappèlerez de vos commentaires. A moins que vous faite parti de régime de retraite spéciaux, financé par les autres!!'nn
a écrit le 05/06/2015 à 21:05 :
La réponse est dans le titre. De nouvelles élections et/ou un référendum ne seraient pas utiles puisque ce gouvernement a été démocratiquement élu il y a six mois sur un programme. Je suppose (mais je n'en sais rien) que les problèmes actuels ont été abordés pendant la campagne puisque la coupure des aides est bien antérieure à l'élection.
Mon sentiment est qu'un accord bancale va être trouvé et tout le monde sauvera la face. Le problème capital qui va ensuite se poser, c'est le retour de la Grèce sur les marchés financiers (autre que BCE et FMI) à des taux "normaux" et cela, ce n'est pas gagné du tout.
Cordialement
a écrit le 05/06/2015 à 20:48 :
Comme toujours une analyse très fine. Merci.
a écrit le 05/06/2015 à 19:27 :
J’entends dire par certains économistes que la sortie de l’euro provoquerais une catastrophe humanitaire en Grèce sans préciser exactement pourquoi. On peut essayer de le deviner, même si ces économistes ne disent pas le pourquoi. Au point de départ il y a sans doute la situation calamiteuse préalable de la Grèce aggravée ces derniers mois par le bras de fer avec les créanciers. Dans ce contexte si la Grèce sort de l’euro, que va-t-il se passer ?

Les grecs sont informés que leurs avoirs en banques ou en espèces sont transformés en monnaie nationale sur la base d’un euro pour une drachme et que le nécessaire serait fait pour que les billets et pièces de monnaie soient le plus rapidement possible dans la monnaie nationale. Les créanciers sont informés du défaut sur la dette publique et d’une demande de renégociation de celle-ci. Cotée dans le régime des changes flottants, le taux de change de la monnaie nationale grecque, par rapport aux autres monnaies, s’effondre totalement après la sortie de l'euro. Cet effondrement du taux de change provoque à son tour une grave poussée de l’inflation car le pays importe beaucoup plus qu’il n’exporte. La banque centrale grecque est contrainte d’augmenter fortement les taux d’intérêt pour tenter de limiter la poussée de l’inflation et remonter le taux de change de la monnaie. Cette hausse des taux d’intérêt aux particuliers et aux entreprises intervenant dans une économie exsangue provoque une grave récession, en même temps que l’inflation diminue le pouvoir d’achat de salaires déjà bas.

Oui mais déjà est-ce que le crédit aux entreprises et aux particuliers fonctionne à plein régime aujourd’hui en Grèce ? Ça m’étonnerait. En sortant de l’euro, la banque centrale grecque va retrouver le droit, qu’elle n’a pas actuellement, de faire des quantitatives Easing, pour soutenir la dette d’Etat, les banques et le crédit aux entreprises, de ce fait on peut déjà prévoir que, pour l’État, les taux d'endettement vont pouvoir être contenus. Donc il y a sans doute des moyens pour contrebalancer le problème prévisible de baisse excessive du taux de change et de hausse excessive de l’inflation, si le gouvernement grec a réfléchi à un plan détaillé de sortie de l’euro.

Quant aux élections et ou à un référendum, s’il y en a, ça va encore être une perte de temps et d’argent. De toute façon la Grèce n’obtiendra jamais, en restant dans l’euro, une restructuration de la dette à la hauteur de ses besoins car les créanciers sont maintenant, en majorité, les autres pays de la zone de l’euro dont les gouvernements ne peuvent pas dire à leur population qu’ils ont perdu beaucoup d’argent sur des prêts octroyés à la Grèce. Donc ces créanciers essayeront de rendre la dette grecque viable, autrement que par une restructuration importante, en pariant que la Grèce n'osera jamais sortir de l’euro pour éviter une catastrophe humanitaire.
Réponse de le 05/06/2015 à 20:26 :
Les économistes sont incapables de dire de quoi sera fait demain alors au sujet de la Grèce !!!!!!!!!
Il faut de toute façons qu'ils sortent pour réussir.
Réponse de le 05/06/2015 à 21:28 :
lefigaro.fr « En rentrant de son dîner mercredi soir avec Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, Alexis Tsipras a choisi de se ranger du côté de son aile gauche, quitte à risquer la rupture dans les négociations. «Une sortie de la zone euro est techniquement, économiquement et politiquement gérable», veut croire l'influent député Kouvelakis, par ailleurs professeur d'économie au King's College de Londres. »

Kouvelakis, est membre du comité central de Syriza. Le point de vue du Ministre grec des finances Yanis Varoufakis, est différent. Selon lui la sortie de l’euro aboutira à une catastrophe pour la Grèce.
Réponse de le 07/06/2015 à 9:49 :
il y a une faute dans votre argumentation.
vous dites que si la Grèce sort de l'euro (je vais pas tout réciter)mais au final vous dites qu'il y aura beaucoup d'inflation ce qui est logique. En revanche si elle fait marche le crédit en faisant un QE ce sera encore pire en terme d'inflation.... la planche à billet dans ses moments là n'est pas la solution. ( cf venezuela = planche à billet pour rembourser la dette dans une période d'inflation pré existante 144% d'inflation pour 2014)... pas évident pour relancer une économie
Réponse de le 07/06/2015 à 18:52 :
Enfin , en attendant, la Grece est prise dans une spirale deflationiste au sein de la zone euro qui conduit a des faillites d'entreprise et a un report de la consommation.
Réponse de le 07/06/2015 à 21:40 :
Vis-à-vis de ce problème d’inflation, ils ne pourront pas indexer les salaires sur les prix, sauf à prendre un risque considérable. Par contre, Si avec la souveraineté retrouvée, la banque centrale grecque fait un LTRO en faveur des banques grecques, après éventuellement que celles-ci les aient nationalisées pour rien si la sortie de l’euro et les évènements passés les ont mis en faillite, ça ne devrait pas avoir de gros effets inflationnistes. La monétisation de la dette publique peut être faite si elle ne dépasse pas en volume financier quelque chose comme 5% du PIB par an. Il suffit que la banque centrale ait le droit de faire cette monétisation pour que ça calme l’envolée des taux souverains. Lors de la crise de 2007-2008, le Royaume-Uni avec le trio : QE, forte Baisse de la monnaie et austérité, a fini par s’en sortir quelques années plus tard après une violente récession initiale et sans jamais connaître une envolée énorme du chômage comme en Espagne ou en Grèce . Mais j’admets que pour la Grèce ça sera plus dur.
a écrit le 05/06/2015 à 19:05 :
Monsieur Godin, le 30 juin n'est pas seulement la date a laquelle la Grece doit rembourser ses echeances du mois de juin au FMI, elle est surtout la date-butoir du plan d'aide. En clair, une fois passée cette date, la Grece ne pourra plus faire de demande de financement externe. Donc, en cas de referendum sur l'accord, il faudrait qu'il ait lieu avant le 30 juin, voire la semaine prochaine. C'est tout simplement irréaliste!
Je conseille au gouvernement grec de garder son sang-froid. Il est en position de force vu le niveau de la dette qu'il doit payer. La febrilite est plutôt du côté des créanciers.
a écrit le 05/06/2015 à 18:54 :
Tout ce pavé pour retenir que Mr TSIPRAS est adepte du double language entre ce qu'il dit au parlement grec et ce qu'il dit aux créanciers.
"Il paiera quand il le voudra", on a compris le message.
Mr GODIN, pas la peine d'en pondre 3 tartines, le message est bien passé.
a écrit le 05/06/2015 à 18:22 :
hahaha !
personne n'est dupe que le coup de l'election c'est pour renvoyer ca aux calendes grecques, histoire d'avoir le plus de poids nuisible possible en recevant des fonds ' en attendant les elections' ( certainement reportees quelques dizianes de fois ' pour des raisons techniques') , ce qui renforcerait la prise d'otages
a titre perso, je n'ai jamais vu le gign apporter des grenades et du c4 a des preneurs d'otages
sinon, les grecs etant en faillite fin de mois apres un dernier tour de magie avec le fmi, sachant qu'il n'aurait pas le temps de les organiser, on ne voit pas a quoi ca sertt

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