Industrie du futur : France et Allemagne adoptent une stratégie européenne, du jamais-vu depuis Airbus

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En mettant en commun leurs savoir-faire et leurs financements, la France et l'Allemagne affichent une ambition forte : elles disent vouloir être en mesure de produire des technologies de rupture et notamment devenir des leaders mondiaux de l'intelligence artificielle.
En mettant en commun leurs savoir-faire et leurs financements, la France et l'Allemagne affichent une ambition forte : elles disent vouloir être en mesure de produire "des technologies de rupture" et notamment devenir des leaders mondiaux de l'intelligence artificielle. (Crédits : Reuters)
Le premier objectif de ce projet de coopération, ouverte à tous les pays de l'Union, est de donner aux entreprises de l'UE la capacité à résister à la concurrence internationale. La première application de ce "manifeste" franco-allemand se concrétisera par le lancement (très prochainement) d'un consortium dédié à la fabrication de batteries électriques "made in UE" et doté de 1,7 milliards d'euros.

Près d'un demi-siècle  après la création du géant européen de l'aéronautique Airbus, la France et l'Allemagne ont officialisé mardi le lancement d'une nouvelle politique industrielle volontariste censée aider les entreprises européennes à résister à la concurrence internationale.

Le premier projet concret qui sera soutenu par les deux premières puissances de la zone euro concerne la production de batteries pour les véhicules électriques, ont confirmé les ministres allemand et français des Finances, Peter Altmaier et Bruno Le Maire, lors d'une conférence de presse à Berlin ce 19 février 2019.

Le "manifeste" franco-allemand conduira à la construction de deux usines de batteries, une en France et une en Allemagne, avait annoncé Emmanuel Macron mercredi dernier.

Modifier le droit à la concurrence européen pour lutter contre la Chine

En parallèle, les deux pays vont travailler à convaincre la Commission européenne de modifier le droit de la concurrence qui a empêché la création d'un géant européen du transport ferroviaire en rapprochant les groupes allemand Siemens et français Alstom pour contrer la concurrence du mastodonte chinois CRRC.

"Lorsque certains pays subventionnent massivement leurs propres entreprises, comment les entreprises opérant principalement en Europe peuvent-elles rivaliser équitablement ?", interroge le manifeste franco-allemand.

L'initiative franco-allemande sera ouverte à tous les pays européens qui souhaiteraient y participer, a précisé Bruno Le Maire. La Pologne, l'Espagne et l'Italie, "ont marqué leur intérêt", a-t-il indiqué.

"C'est un jour important pour l'industrie européenne. C'est la première fois (...) depuis des décennies que la France et l'Allemagne se mettent d'accord sur une stratégie commune en matière industrielle pour le XXIe siècle", a souligné Bruno Le Maire qui a souligné que la Chine et la Corée du Sud avaient "beaucoup d'avance" en matière de batteries électriques.

Investissement initial commun de 1,7 milliard d'euros

Pour soutenir la mise en place d'un consortium de production des batteries, la France et l'Allemagne ont prévu un investissement initial commun de 1,7 milliard d'euros.

La composition du consortium sera annoncée "très bientôt", "probablement dans les semaines à venir", a dit Peter Altmaier.

Les batteries électriques vont représenter "entre la moitié et le tiers" de la valeur des futurs véhicules, selon Bruno Le Maire. "Il est donc dangereux de dépendre de fournisseurs étrangers, en particulier les fournisseurs asiatiques".

"Garder la valeur en Europe"

Ce consortium regroupera les producteurs des matières premières nécessaires jusqu'aux fabricants des batteries, en passant par les constructeurs automobiles. Il s'agit de pouvoir "garder la valeur en Europe" et donc l'emploi, a souligné le ministre français des Finances.

Il a dit espérer que la Commission européenne, le gendarme de la concurrence en Europe, donnera une indication de son soutien à ce projet "avant le 1er avril".

En ce qui concerne la transformation des règles européennes qui sont aujourd'hui "dépassées", selon les deux ministres, la France et l'Allemagne souhaitent que le Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement ait la capacité de "revenir" sur des décisions de la Commission européenne "dans des cas bien définis" et "sous réserve de conditions strictes".

En clair, les pays européens bénéficieraient d'un droit de veto pour passer outre le refus de la Commission européenne.

Troisième volet de cette stratégie, la protection des intérêts européens face aux pratiques des pays tiers.

"Si nous avons des technologies puissantes, modernes, de pointe, nous ne voulons pas que ces technologies puissent servir à d'autres continents que le continent européen", a déclaré Bruno Le Maire. "Nous devons nous protéger avec des règles de réciprocité, d'autonomie stratégique et de protection des investissements étrangers en Europe."

En mettant en commun leurs savoir-faire et leurs financements, la France et l'Allemagne affichent une ambition forte : elles disent vouloir être en mesure de produire "des technologies de rupture" et notamment devenir des leaders mondiaux de l'intelligence artificielle

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a écrit le 20/02/2019 à 14:05 :
Très bonne nouvelle qui va dans le bon sens. Nous n'avancions plus depuis "l'Europe des Nations", idée des ringards type le Pen, Asselineau etc qui n'ont jamais rien apporté" à l'Europe et sont dépassés.
a écrit le 20/02/2019 à 13:48 :
Concurrence internationale!? De la propagande nationaliste pour détruire les nations afin de construire le mondialisme! j'appelle cela de la manipulation!
Réponse de le 21/02/2019 à 17:44 :
? Vous pouvez préciser votre pensée ? La Chine n'est pas u concurrent économique de l'UE ?
(enfin, sur un point vous avez raison, France et Chine ne sont pas concurrents, autant que le PSG n'est pas concurrent avec le club de Triffoullis les oies)
a écrit le 20/02/2019 à 12:24 :
pour l'instant nous en sommes à VENI, VIDI il manque le VICI, attendons . . .
a écrit le 20/02/2019 à 11:36 :
Enfin on se réveille mais combien de batailles perdues y compris avec les USA et la Chine l Inde ou la Russie.....mais encore faut il y arriver avec ceux qui commandent cet union européenne.... est pas gagné
a écrit le 20/02/2019 à 10:34 :
c'est sur qu'on va voir fleurir ce genre d'annonces (tout baigne en Europe) jusqu'aux élections européennes. Mais les français ne peuvent pas oublier le triste résultat de 20 ans de zone euro (désindustrialisation massive, chômage, endettement, déficit commercial, disparition des services publics, mépris des élites qui vivent sur nos impôts) car ils le vivent quotidiennement. En mai les GJ refleuriront de plus belle.
Réponse de le 21/02/2019 à 17:46 :
Tous les problèmes ont commencé avec l'euro en France ? Ah bon ?
Avant l'Euro, tout allait bien ? Vous êtes certains ?
a écrit le 20/02/2019 à 10:12 :
Allemagne:"Faites tout ce que l'on dit et tout ira très bien (pour nous)"

France:" Ok génial !"
a écrit le 20/02/2019 à 7:58 :
Et combien de centaines de milliard d'Euros sont-ils consacrés à subventionner les entreprises européennes ?
Réponse de le 20/02/2019 à 9:23 :
Ce qu'il faut pour tenir fasse aux dumpings fiscaux, sociaux, environnementaux.
a écrit le 20/02/2019 à 7:55 :
L'Europe nous raconte que le nationalisme, c'est le mal. Mais d'un autre coté elle se protège des autres. C'est quoi cette idéologie à géométrie variable ? Après tout, la Chine a accueilli nos technologies et nos produits, pourquoi pas la réciproque ?
Réponse de le 20/02/2019 à 9:21 :
Merci de vous intéresser plus sur les pratiques politiques et industrielles de ce pays.
a écrit le 19/02/2019 à 19:18 :
Dans le même temps on apprend que Juncker vient de céder au soja us porte ouverte au laminage de l' agriculture française pour permettre à Merkel de continuer d' envoyer ses grosses voitures en Amérique. Je n' ose pas parler du gaz, pour cette fois seulement! Elle est belle l' UE des intérêts divergents.
a écrit le 19/02/2019 à 18:36 :
excellente initiative
par contre tout le monde a compris que construire des batteries, c'est intensif en capital, et que la france a fait le choix de l'expulsion de grand capital
ca va donc aller en allemagne ou en pologne
en tout cas, les plans de hollande et montebourg, ca marche du feu de dieu, plus personne ne vient poser des radis en france pour se faire traiter de tous les noms, dailymotioniser, loi florangiser, ou goodyeariser
on recolte ce qu'on seme, la france de gauche seme la misere conformenet a ce que disait lenine et que maduro a bien compris

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