Inflation : la BCE relève ses taux pour la quatrième fois depuis juillet
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Photo d'archives d'un panneau devant le siege de la banque centrale europeenne (bce) a francfort
WOLFGANG RATTAY
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Photo d'archives d'un panneau devant le siege de la banque centrale europeenne (bce) a francfort
WOLFGANG RATTAY
Ce jeudi 15 décembre, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé un nouveau resserrement de sa politique monétaire afin d'endiguer l'inflation au sein de la zone euro (les 19 pays à avoir adopté la monnaie unique). Cette dernière a atteint les 10% en novembre sur un an, après une inflation à 10,6% en octobre dernier, grâce à une accalmie des coûts de l'énergie. Ainsi, l'institution financière a décidé d'augmenter ses taux directeurs de 50 points de base, une décision moins agressive qu'en septembre et octobre où elle avait privilégié un relèvement de 75 points de base.
Au total, depuis juillet, les gardiens de l'euro ont relevé les taux directeurs de 250 points de base pour tenter de réguler l'envolée des prix, tirés par les coûts de l'énergie. Le taux rémunérant les liquidités bancaires non distribuées en crédit remonte, ainsi, à 2% et celui sur les opérations de refinancement à court terme à 2,50%, au plus haut depuis fin 2008, a détaillé dans un communiqué la BCE.
La BCE a également indiqué qu'elle allait réduire à compter de mars 2023 son portefeuille de dette accumulée pendant les années de crise. « En ne réinvestissant pas la totalité des remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance », l'institution va donc réduire son stock d'obligations actuellement de 3.300 milliards d'euros. Cette réduction portera sur un rythme de 15 milliards d'euros par mois en moyenne jusqu'à fin juin, avant d'être ajustée à nouveau.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, avait prévenu dès septembre dernier que les taux étaient encore « loin » d'un niveau qui « aiderait à ramener l'inflation à 2% ». Il y a deux semaines, elle annonçait également que ses « meilleurs économistes (au sein de la BCE) » voient encore le risque d'une inflation « en hausse ». Dans ce contexte, les taux d'intérêt « sont et resteront le principal outil de lutte contre l'inflation ». Christine Lagarde, présidente de l'institution, a d'ailleurs annoncé ce jeudi que la BCE va procéder à des hausses de taux d'intérêt de 50 points de base « pendant un certain temps » afin de contrer l'inflation persistante.
Selon une majorité d'analystes, cette hausse des taux directeurs, moins importante que celles des deux derniers mois, était largement prévisible à l'issue du Conseil des gouverneurs. En effet, malgré la hausse de 75 points de base en octobre, l'institution n'est « en rien obligée lors de la prochaine réunion de reproduire » cette hausse, déclarait fin octobre le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Ainsi, pour lui, il est temps pour la BCE d'entamer la « seconde mi-temps » de sa politique monétaire démarrée en juillet. À savoir, de procéder à partir de janvier 2023 à des hausses de taux directeurs plus « flexibles », à un « rythme moins rapide ». Il plaidait donc pour un relèvement des taux de 0,5 point de pourcentage lors de la dernière réunion de l'année, et la réunion de ce jour de la BCE marque « un point d'inflexion, pas un point d'arrêt ».
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« Le relèvement des taux d'intérêt était attendu. En revanche, le fait qu'il puisse se poursuivre probablement au même rythme en surprendra plus d'un », a néanmoins commenté Jens-Oliver Niklasch, de la banque LBBW, avant d'ajouter qu'il s'agit « d'une décision au ton plutôt belliqueux ».
Cette annonce de l'institution francfortoise, qui devrait d'abord apaiser les marchés, pourrait cependant s'avérer néfaste pour la croissance de la zone euro. Ainsi, en rendant le crédit plus coûteux pour les ménages et les entreprises, l'institution pèse sur la croissance de la zone monétaire et fait même craindre le risque d'une récession, en particulier « à court terme en raison de la guerre contre l'Ukraine », a affirmé Christine Lagarde. L'économie devrait ainsi se contracter sur le trimestre en cours et au premier trimestre 2023, a confirmé la BCE, ce jeudi. Ainsi, elle prévoit que la croissance du PIB (Produit intérieur brut) atteigne 0,5% en 2023, contre 0,9% prévu en septembre, puis 1,9% en 2024 et 1,8% en 2025.
D'autant que l'économie européenne souffre déjà des conséquences de la guerre en Ukraine. Le 14 octobre dernier, Luis de Guindos, vice-président de la BCE, annonçait déjà qu'une interruption durable des flux de gaz russes vers l'Europe pourrait provoquer une récession de près de 1% dans la zone euro en 2023.
Sans compter que l'inflation devrait perdurer l'année prochaine. La BCE prédit, en effet, qu'elle atteindra 6,3% en 2023 avant de redescendre à 3,4% en 2024 et à 2,3% en 2025, se rapprochant enfin de l'objectif des 2% prôné par l'institution.
Mais la récession « devrait être relativement brève et modérée », a ajouté la BCE, se voulant rassurante.
La BCE n'est pas la seule à annoncer la hausse de ses taux directeurs à l'instar de la Banque centrale britannique (BoE), ce jeudi également, et la Réserve fédérale américaine (Fed), la veille. Elle semble d'ailleurs prendre exemple sur l'institution américaine. En effet, alors que la Fed augmentait ses taux directeurs de 75 points de base depuis cinq mois consécutifs, elle a annoncé le 14 décembre relever son taux de 0,5 point de pourcentage alors que l'inflation commence à ralentir dans le pays, à 7,1% en novembre sur un an, contre 7,7% en octobre. Toutefois, si l'inflation a montré un « ralentissement bienvenu » selon l'expression de Jerome Powell, le président de la Fed, il estime qu' « il faudra nettement plus de preuves pour être confiants dans le fait que l'inflation est bien sur une tendance à l'apaisement ».
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La Banque d'Angleterre a également annoncé à la mi-journée un relèvement de 50 points de base de son taux directeur porté à 3,5%, au plus haut depuis octobre 2008. Une décision prise pour contenir l'inflation qui frôle 11%, et malgré une économie britannique qui s'engage sur la voie d'une récession.
(Avec agences)
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