L'activité économique de la zone euro a fortement reculé en octobre, celle de la France stagne

Pour le quatrième mois consécutif, l'activité du secteur privé en zone euro a subi en octobre sa plus forte contraction depuis près de deux ans, la crise du coût de la vie rendant les consommateurs plus prudents, ce qui affecte la demande. En France, si l'activité du secteur privé résiste davantage, « les perspectives s'assombrissent » toutefois, avertit Joe Hayes, économiste chez S&P Global.
Pour la zone euro, l'indice PMI composite, qui regroupe le secteur des services et celui de l'industrie manufacturière, est en repli pour le quatrième mois consécutif.
Pour la zone euro, l'indice PMI composite, qui regroupe le secteur des services et celui de l'industrie manufacturière, est en repli pour le quatrième mois consécutif. (Crédits : Ralph Orlowski)

Les nuages annoncés au-dessus de l'économie européenne s'amoncellent. Dans le secteur privé, le recul de l'activité économique en zone euro s'est fortement accéléré en octobre selon l'indice PMI Flash publié ce lundi par S&P Global. Cet indice, calculé sur la base de sondages d'entreprises, est tombé à 47,1, son plus bas niveau depuis 23 mois, contre 48,1 en septembre et 48,9 en août. Un chiffre inférieur à 50 signale une contraction de l'activité, tandis qu'un indice supérieur à ce seuil marque une progression de l'activité.

C'est le quatrième mois consécutif de repli de cet indice pour la zone euro, renforçant la crainte d'une récession en Allemagne comme pour l'ensemble de la région sur fond de flambée des prix. « L'accélération du repli de l'activité et la dégradation de la demande en octobre préfigurent une contraction de l'économie en zone euro au quatrième trimestre et une récession de l'économie de la région semble de plus en plus inévitable », a prévenu dans une note Chris Williamson, économiste S&P Global Market Intelligence.

Le recul de l'indice PMI flash d'octobre correspond selon lui à une baisse trimestrielle du produit intérieur brut (PIB) d'environ 0,2% au 4e trimestre. « La demande recule à un rythme soutenu et les entreprises s'inquiètent du niveau élevé de leurs stocks et de ventes plus modestes qu'anticipé à l'approche de l'hiver », explique l'économiste de S&P Global Market Intelligence.

« Le risque que la contraction de l'activité s'accentue encore dans les prochains mois apparaît élevé », met-il en garde, anticipant aussi l'effet d'un probable resserrement monétaire Banque centrale européenne. La BCE s'apprête, en effet, à frapper fort jeudi en relevant à nouveau ses taux d'intérêt, malgré le risque d'une récession dont elle s'accommode désormais face à l'urgence d'endiguer l'inflation.

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 L'Allemagne enregistre la plus forte contraction

Si les tensions sur les approvisionnements se sont nettement atténuées, la flambée persistante des prix de l'énergie et la dépréciation de l'euro alimentent les tensions inflationnistes, grevant les coûts des entreprises et entraînant une baisse de la production manufacturière, observe S&P Global. « La crise du coût de la vie et le climat d'incertitude économique générale » pèsent également sur les dépenses des consommateurs, alimentant notamment une nouvelle chute de l'activité dans le secteur des services, ajoute l'institut.

Parmi les pays de la zone euro, l'Allemagne a de nouveau enregistré la plus forte contraction de l'activité en octobre, tant dans le secteur manufacturier que dans celui des services, avec une chute de son PMI à 44,1, soit son plus faible niveau depuis juin 2009 si l'on excepte les mois de pandémie de Covid-19. Ce repli « s'ajoute aux signes croissants d'une récession imminente dans la plus grande économie de la zone euro (...) Les entreprises signalent une réticence croissante de la part des clients en raison de contraintes budgétaires accrues », tandis que « les coûts élevés de l'énergie affectent directement la production des usines » en Allemagne, commente Phil Smith, autre expert de S&P Global.

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L'économie française plus robuste

De son côté, l'économie française a stagné en octobre, selon l'indice PMI Flash. Toutefois, l'indicateur qui s'est établi à 50, après 51,2 en septembre, se situe à son niveau le plus bas depuis 19 mois en raison d'une contraction de l'activité dans le secteur manufacturier.

L'indice de l'industrie manufacturière s'est replié à 47,4 en octobre, renouant avec un plancher qui n'avait plus été atteint depuis 29 mois. Le secteur manufacturier a été particulièrement pénalisé par une chute brutale des nouvelles commandes.

Selon les 750 entreprises sondées par S&P Global, « la hausse des prix, des conditions défavorables sur les marchés et le niveau élevé des stocks chez les clients ont dissuadé ces derniers de passer (des) commandes ». Le secteur des services a, lui, connu une expansion de son activité (51,3 contre 52,9 en septembre), mais « trop faible, en octobre, pour compenser le fort repli de la production du secteur manufacturier », souligne S&P Global. En outre, « si le secteur des services français continue de faire preuve d'une certaine robustesse face à la dégradation générale de la conjoncture, il lui sera toutefois bientôt impossible de continuer à porter, à lui seul, la croissance de l'ensemble de l'économie », conclut le cabinet.

Le cabinet souligne toutefois «une note plus positive » concernant le marché du travail : « la croissance de l'emploi s'est poursuivie dans le secteur privé français en octobre, portant ainsi l'actuelle période d'expansion à vingt-deux mois».

L'activité du secteur privé britannique continue de ralentir

Au Royaume-Uni, alors que la crise politique que traverse le pays exacerbe les inquiétudes concernant l'inflation et la hausse des taux d'intérêt, l'activité économique dans le secteur privé est restée en contraction en octobre, selon les résultats préliminaires de l'enquête mensuelle de S&P Global auprès des directeurs d'achats.

L'indice PMI composite, qui regroupe le secteur des services et celui de l'industrie manufacturière, a reculé à 47,2 après 49,1, au plus bas depuis 21 mois, alors que le consensus Reuters le donnait en repli moins marqué, à 48,1. Le PMI 'flash' du secteur des services est passé en contraction pour la première fois en 20 mois à 47,5, après 50,0 en septembre, et celui de l'industrie manufacturière a baissé à 45,8 après 48,4.

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La confiance des entrepreneurs a également chuté à des niveaux rarement atteints depuis la création de l'enquête il y a 25 ans, ce qui illustre leur désarroi face à la crise politique. « En plus de l'effondrement de la stabilité politique, des tensions sur les marchés financiers et de l'effondrement de la confiance, les coûts d'emprunt plus élevés vont renforcer les spéculations sur une récession britannique d'une gravité inquiétante », a commenté Chris Williamson.

(Avec AFP et Reuters)

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Commentaires 7
à écrit le 25/10/2022 à 6:56
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Le boomerang vous dis-je!

à écrit le 25/10/2022 à 5:50
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Avec 10 millions de fonctionnaires qui ne travaillent que 25 heures/semaine, et l'assistanat généralisé pourquoi travailler ?

à écrit le 24/10/2022 à 19:08
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Pas assez de minijobs en Allemagne pour relancer l'économie des riches mais en France on a trouvé la solution en imposant des minijobs privés subventionnés par la CAF (cf. RSA) par solidarité avec le CAC 40...

à écrit le 24/10/2022 à 16:56
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Les salaires et les retraites n'étant pas indexés sur l'inflation, il vaut mieux diminuer sa consommation et économiser pour faire face aux lendemains désenchanteurs.

à écrit le 24/10/2022 à 13:05
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Pas besoin de s'appeler Mmme Irma pour comprendre que nous plongeons dans la stagflation

à écrit le 24/10/2022 à 12:28
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On peut toujours se consoler en se disant que produire et consommer moins "mais mieux" est bon pour le climat. N'est ce pas un objectif prioritaire le climat?

le 24/10/2022 à 21:46
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On sent le marcheur, "le quinquennat sera écologique ou ne sera pas" a dit ton maitre. Ce qui ne veut rien dire "en même temps"..

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