Quel bilan tirer de l'Exposition universelle 2015? Comment en assurer la suite? Des questions qui se posent désormais à Milan et dans l'Italie toute entière, ce samedi 31 octobre, jour de la clôture officielle de l'événement international qui avait démarré le 1er mai.
Accouchée dans les polémiques et les scandales, l'Expo 2015, consacrée au thème "Nourrir la planète", n'aura du moins pas été le fiasco que certains de ses détracteurs annonçaient. S'il est sans doute encore trop pour dresser un bilan fiable, quelques chiffres sont disponibles qui poussent déjà organisateurs et membres du gouvernement italien à se féliciter des résultats de cette aventure de six mois.
Quelque 21 millions de visiteurs -dont 25% d'étrangers- auront passé les tourniquets: c'est le nombre qui était attendu au moment de l'ouverture. Une affluence qui s'est concentrée surtout au deuxième trimestre.
"Nous aurions pu atteindre les 30 millions de visiteurs si pendant les premiers mois nous nous étions moins concentrés sur les polémiques et plus sur sur la promotion de l'événement", observe d'ailleurs le fondateur du concept-store de produits italiens Eataly, Oscar Farinetti, présent lundi 26 octobre à Milan.
L'Italien, qui depuis la création de sa chaîne en 2004 à Turin a ouvert 27 épiceries-restaurants dans cinq pays, affirme avoir réalisé à l'Expo, grâce à ses stands représentant les vingt régions italiennes, 31 millions d'euros de chiffre d'affaires: une dizaine de plus que prévu.
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Selon une étude de l'assureur Euler Hermès publiée le 28 octobre, l'Expo aurait généré 6 milliards d'euros de flux touristiques en Italie, à comparer avec les quelque 3 milliards d'euros de coûts des infrastructures (partagés entre l'Etat, les collectivités locales et les pays participants) mais aussi avec d'autres "coûts indirects" non encore estimés. L'Expo devrait contribuer à hauteur de 0,1% au PIB italien au cours du troisième trimestre, lit-on dans l'étude.
Milan a particulièrement bénéficié de la dynamique engendrée par l'Expo: la mairie évalue à 83 millions d'euros les retombées économiques. La "capitale italienne des affaires" a pu redorer son image: classée par le New York Times en juillet à la première place des endroits à visiter en 2015, elle a enregistré une augmentation des réservations d'hôtels de 35,9% au mois d'août. Pendant la même période, les arrivées de touristes (dont 54% étrangers) ont crû de 49% par rapport au même mois de l'année précédente, a relevé la mairie.
Mais au-delà des chiffres et de leur interprétation, l'événement a sans doute finalement suscité l'enthousiasme, voire l'orgueil, des Italiens, qui ont afflué de tous les coins de la péninsule malgré les heures de queues nécessaires, les derniers temps, pour accéder à la grande majorité des pavillons.
"A Milan on respire un nouvel air de confiance", observe Roberto Burdese, de l'association Slow Food. "Cette aventure, à laquelle ont participé 2 millions d'enfants, peut produire un effet de long terme sur l'Italie", estime ainsi Oscar Farinetti, pour qui l'Expo est la preuve qu'"un esprit citoyen existe dans le pays".
Oscar Farinetti a relevé le défi d'assurer une suite à l'Expo avec le projet "la Fabrique italienne paysanne" (Fabbrica italiana contadina, Fico), qui ouvrira ses portes à Bologne en 2016 et dont le nom "international" sera Eataly World.
A Eataly World, "parc alimentaire" inédit de 80.000 mètres carrés, les six millions de visiteurs attendus -dont deux d'étrangers- trouveront de "vrais" champs et animaux, ainsi que des laboratoires de production, des salles de classes, mais aussi des restaurants et des magasins. Un élargissement du concept d'Eataly lui-même, avec en ce cas l'objectif assumé de faire comprendre l'élaboration des principales spécialités italiennes, avant de permettre les déguster et les acheter à kilomètre zéro. Et une vitrine pour l'Italie comme pour Eataly: ce n'est pas un hasard si comme "directeur artistique" a été choisi Massimo Bottura: le chef d'un établissement classé deuxième par le World's 50 Best Restaurants -et où le Premier ministre italien Matteo Renzi a d'ailleurs convié François Hollande en septembre lors d'une visite du président français en Italie.
Pour la ville de Bologne, ce projet, initié en 2012 par le doyen de la faculté d'agronomie, Andrea Segré, est une aubaine: il devrait impliquer la création de 700 emplois directs et 3.000 indirects, pour ne pas compter les retombées attendues de ce nouveau tourisme. Farinetti parie aussi sur l'effet de levier de ce type d'initiatives pariant sur l'agro-alimentaire italien: "Nous pouvons multiplier par cinq nos exportations dans l'agro-alimentaire", est-il convaincu. Un secteur déjà "à preuve de crise", puisque en 2014 ces exportations ont atteint le montant record de 34 milliards d'euros.
D'autres "héritiers" de l'Expo apparaîtront sans doute. Présent à Milan lors de la présentation de Eataly World, le ministre italien des Politques agricoles, alimentaires et forestières Maurizio Martina l'a d'ailleurs explicitement déclaré:
L'avenir du site de 1,5 million de mètres carrés de l'Expo, à la périphérie de Milan, est encore incertain. La plupart des pavillons seront en effet démontés -dont celui français, qui selon le commissaire général Alain Berger, cité par Le Monde, "sera cédé de gré à gré" tout en gardant sa "destination de promotion de l'image de la France". L'idée de la création d'une "cité de l'innovation et de la connaissance", regroupant diverses facultés italiennes, semble s'affirmer. Selon le ministre Maurizio Martina la thématique commune devrait être celle de l'allongement de l'espérance de vie et de ses conséquences.
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Slow Food, association active depuis 1986 dans la promotion d'une alimentation "bonne, propre et équitable", et qui avait choisi d'être présent à l'Expo malgré ses réserves sur la conception de l'événement, le souligne toutefois:
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