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ÉconomieFrance

Commerce extérieur : le déficit avec l'Italie se creuse

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 05 juin 2015 à 14:07 - Mis à jour le 06 juin 2015 à 08:54

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le déficit commercial bilatéral entre la France et l’Italie se creuse depuis dix ans. Selon les Douanes, il s'élevait à 0,7 milliard en 2004. Dix ans plus tard, il a atteint 5,4 milliards d'euros.

On disait l'économie italienne à genoux... Et pourtant ! Selon une étude publiée ce vendredi par les services des Douanes, les entreprises de la Péninsule arrivent toujours à s'imposer en France. Ainsi, quand le déficit bilatéral entre les deux économies atteignait 700 millions d'euros en 2004, en défaveur de la France, il s'élevait à 5,4 milliards d'euros en 2014. C'est le quatrième déficit bilatéral affiché par la France, derrière ceux observés avec la Chine, l'Allemagne et la Belgique.

Plus globalement, l'Italie affiche une santé insolente à l'export. En 2004, sa balance commerciale était déficitaire à hauteur de 1 milliard d'euros. En 2014, c'est un excédent de 43 milliards d'euros que l'économie italienne enregistre. A titre de comparaison, cruelle, il faut bien l'admettre, la France déplorait un déficit commercial de 15 milliards en 2004. Il a grimpé à 71 milliards d'euros en 2014.

Peut-on en déduire que la troisième économie de la zone euro - la quatrième de l'Union européenne - se porte mieux que son partenaire et concurrent français ? Pas vraiment. L'économie italienne, elle non plus, ne s'est toujours pas remise du choc de 2008-2009.
Mercredi 13 mai, elle est enfin sortie officiellement de sa plus longue période de récession depuis l'après-guerre, récession dans laquelle elle était entrée au troisième trimestre 2011. En effet, selon l'Institut national de la statistique (Istat), la croissance a progressé de 0,3 % au premier trimestre, « bond » supérieur aux pronostics les plus optimistes des économistes.

L'économie italienne sort à la peine de la récession !

Cette " performance " est si belle que le gouvernement de Matteo Renzi a une nouvelle fois révisé à la hausse sa prévision de croissance. Il vise désormais une progression du PIB de 0,7 % en 2015 - il anticipait jusque-là une progression de 0,3% - et de 1,6 % en 2016. Pour mémoire, le PIB a reculé de 3,8% en 2012, de 1,7% en 2013 et de 0,4% en 2014. Une récession qui s'est mécaniquement et malheureusement par une envolée du nombre de demandeurs d'emplois. En mai, le taux de chômage atteignait 13,1% de la population active. Ce taux grimpe à 43,1% pour les 15-24 ans quand il ne s'élève qu'à " seulement " 25% en France !

Bref, globalement, la France et l'Italie ne sont plus, actuellement, des locomotives économiques de la zone euro.

Dans ce contexte, sachant que la structure géographique du commerce extérieur italien est à peu de choses près la même que celle de la France - près des deux tiers des exportations françaises et italiennes se concentrent vers l'Union européenne - comment expliquer cette vitalité du commerce extérieur vert blanc rouge, comparée aux difficultés des entreprises françaises à conquérir des parts de marchés à l'international ? Selon les Douanes, le déficit commercial a atteint 3 milliards d'euros en avril, en baisse - seule satisfaction - de 1,4 milliard d'euros par rapport à celui enregistré en mars.

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Les Douanes avancent plusieurs explications. La première est conjoncturelle. " Cette détérioration du solde bilatéral reflète notamment le différentiel de croissance du PIB en volume entre la France (+0,8 % par an sur dix ans) et l'Italie (-0,4 %), toujours favorable à la France ", indiquent les Douanes. Concrètement, les entreprises italiennes ont surtout profité de la résistance de la consommation des ménages français. L'inverse n'est pas vrai. Elle a progressé de 0,3% et de 0,6% en 2013 et 2014 en France. En Italie, elle a chuté de 2,8% avant de se reprendre, en signant une hausse de 0,3% l'année dernière. En outre, la récession en Italie a provoqué la baisse des importations d'hydrocarbures, rendant la facture énergétique plus légère.

La seconde explication est structurelle. Plusieurs éléments doivent être pris en compte. Si la France a pu se réjouir de l'augmentation de 1% du nombre de ses entreprises exportatrices, porté à un peu plus de 121.000 en 2014, l'Italie en possède ... le double.
La spécialisation industrielle doit également être prise en compte. " D'autres pays réussissent mieux que la France sur le marché italien, ce qui suggère que la spécialisation sectorielle joue également un rôle important dans les échanges. En effet, l'Italie dispose d'avantages comparatifs révélés pour de nombreux produits de moyenne technologie pouvant expliquer ses meilleures performances à l'exportation (moteurs, machines...) ", constatent les Douanes dans leur étude.

Le secteur aéronautique est cette fois impuissant

Les spécialisations respectives dans les deux pays expliquent en effet le déficit français. " La France a des avantages comparatifs dans les produits de haute technologie, mais voit ses excédents progressivement rognés. En revanche, malgré une amélioration depuis 2009, le creusement des déficits est net pour les produits de moyenne et faible technologie, qui constituent l'épine dorsale de la spécialisation italienne. La photographie des soldes bilatéraux par produit illustre toutefois imparfaitement les avantages comparatifs des deux pays. On retrouve bien certains points forts de la France à l'exportation, comme la pharmacie, la chimie ou les produits agricoles. Par contre, l'excédent aéronautique est minime, en raison de la faiblesse des livraisons directes à l'Italie ", explique l'étude. Si, chaque mois, les succès commerciaux d'Airbus permettent de limiter le creusement du déficit commercial global, le constructeur aéronautique est impuissant face à la dégradation du déficit bilatéral entre la France et l'Italie.

Mais cette dégradation ne relève pas seulement de la seule spécialisation des deux économies. Elle trouve également son origine dans la perte de vitesse des constructeurs automobiles français sur le marché italien. De fait, l'excédent automobile ne s'élevait plus qu'à 400 millions d'euros en 2014, contre 3 milliards en 2004. Elle s'explique également par les déficits des secteurs des biens traditionnels de faible technologie (fer et acier, caoutchouc et plastique, bois et papier), " où la France est peu compétitive ", avance les Douanes. Elle l'est d'autant plus que les coûts salariaux sont bien moins élevés en Italie qu'en France, en dépit des mesures prises par le gouvernement français pour réduire le coût du travail. Ainsi, selon les donnes compilées par COE-Rexecode, le coût de l'heure de travail dans l'industrie et les services marchands s'élevait au quatrième trimestre 27,70 euros en Italie, contre 35,71 euros en France Dans la seule industrie manufacturière, il atteignait respectivement 27,81 euros et 37,10 euros.

La France perd des parts de marché, au profit de la Chine et des Nouveaux états membres.

Sans surprise, dans ce contexte, la France cède des parts de marchés dans la Péninsule. Certes, elle reste le deuxième fournisseur de l'économie italienne. Mais ses positions, comme celles de ses partenaires européens et notamment de l'Allemagne, s'érodent au fil des années. " La Chine est la grande bénéficiaire du recul des positions européennes. Ses parts de marché sont en forte hausse pour les produits électroniques, l'habillement, les cuirs et chaussures et dans une moindre mesure pour les équipements automobiles et la chimie de base. Celles des nouveaux Etats membres (notamment la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie) progressent également, particulièrement pour les céréales, les véhicules, les équipements automobiles et les produits électroniques ", observent les Douanes.

Que faut-il retenir de cette batterie de chiffres ? On l'a vu, une économie peut être en panne et afficher pourtant un excédent commercial. La France n'y parvient pas. Est-ce si grave ? Ce ne le serait pas vraiment si les entreprises tricolores disposaient d'un terrain de chasse suffisamment vaste pour se développer, à l'instar des entreprises américaines qui peuvent rayonner sur un marché de 320 millions d'habitants, sans compter les marchés mexicains et canadiens intégrés économiquement via l'ALENA, l'accord de libre-échange nord-américain.

Mais ce n'est pas le cas. Plus qu'un déficit comptable, cette panne du commerce extérieur traduit l'incapacité des entreprises à profiter des réserves de croissance des économies les plus dynamiques. Ce qui explique en grande partie leurs inquiétudes, leurs fragilités financières et leur frilosité quand il s'agit d'investir et d'embaucher. Que peut faire l'Etat ? Ses efforts pour accompagner au mieux les entreprises à l'international, pour inciter les grands groupes à " porter " leurs fournisseurs à l'étranger n'ont pas encore permis de rééquilibrer la balance commerciale.

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On pourrait relativiser la performance italienne en rappelant que les exportations transalpines sont en grande partie composées de produits dont la valeur ajoutée est faible, voire moyenne. Certes. Mais en attendant de relever le contenu technologique de leurs produits, les entreprises italiennes entretiennent et continuent de tisser leur toile dans l'Hexagone et ailleurs. Ce qui est trop rarement le cas de leurs concurrentes françaises. Quand la France compte en grande partie sur les ETI et les grands groupes  - 3.353 entreprises réalisent 53% des exportations - pour redresser sa balance commerciale, l'Italie mise sur ses districts industriels, véritables écosystèmes composé de toutes les forces vives de ses territoires capables de " chasser en meute " à l'international. Qui fait le bon choix ?

Fabien Piliu

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